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MINIMALISME - Certains décident de partir un an autour du monde, en voilier ou dans un van. Eux ont choisi de quitter leur grande maison pour une vie plus simple et zéro déchet dans 30 m².

Le rêve de la "famille Sardine", comme ils se surnomment eux-mêmes aujourd'hui, a d'abord été très classique. Une grande maison, un jardin, une piscine, de la place, du confort. La demeure dans laquelle Olivier et Bérengère ont emménagé il y a 6 ans avec leurs 3 enfants remplissait tous ces critères, et ce, en plein cœur de Lyon. Que demander de plus ?

Du temps pour en profiter ! "Qui dit beaucoup de surface, dit beaucoup de charges, un crédit démesuré, se souvient Olivier, 41 ans. On s'en sortait bien mais ce n'était pas de tout repos, il fallait faire rentrer beaucoup d'argent." La maison fait chambres d'hôtes, il y a sans cesse du passage, et les enfants n'ont alors pas accès à la piscine.

Et puis, Olivier tombe sur le livre L'homme sans argent, de Mark Boyle (2014, éditions Les Arènes) : l'histoire vraie d'un homme d'affaires britannique qui décide de tout plaquer pour vivre dans une caravane, avec ce qu'il trouve et ce qu'il cultive. "Ça a appuyé là où ça faisait mal, ça n'avait pas de sens la façon dont on vivait", se souvient le père de famille. Il propose alors à sa femme de vendre leur maison, elle accepte "du tac au tac".

En mars 2018, le couple décide de troquer ses 240 m² contre un appartement de 30 m², pour un an.  Une petite boîte à sardines, pour un grand projet : montrer aux enfants une vie simple et écolo, en adéquation avec leurs valeurs, qu'ils n'arrivaient pas totalement à mettre en pratique jusque-là.

Kalista, Antoine et le lit cabane dans leur nouvelle chambre. © La famille Sardine

Cohabiter à 5 dans un T2

Leur premier défi, s'adapter à leur nouvel espace. "Les enfants étaient très amusés, sauf la grande, qui était assez sceptique", reconnaît Olivier. Avant, elle disposait de tout le sous-sol de la maison, soit 50 m². À 17 ans, la voici contrainte de partager une chambre avec son frère et sa sœur.

Comment se passe la cohabitation ? "On est des sanguins, il y a toujours autant d'ambiance, mais pas plus, sourit Olivier. On est plus à l'écoute les uns des autres." Comme Charlotte prépare son bac et des concours, la famille lui laisse parfois l'appartement pour qu'elle travaille dans le calme. Moins d'espace, c'est aussi plus d'activités à l'extérieur. Le lac remplace opportunément la piscine dans le jardin , comme le raconte Olivier sur son blog.

Si lui et sa femme se voient bien vivre longtemps comme ça, il admet que pour les enfants, cela "pourrait devenir pesant". Ça tombe bien, l'expérience va bientôt toucher à sa fin. La famille a acheté une bâtisse des années 30. Une fois retapée, elle fera 90 m2, un juste milieu entre leur appartement actuel et leur ancienne grande maison.  

Ne rien acheter de neuf pour leur future maison

Pour aménager ce nouveau cocon, ils se sont lancé un second défi : ne rien acheter de neuf (oui, comme ce que propose l'association Zero Waste France). Mais très vite, ils doivent faire face à une grosse tuile : un dégât des eaux dans la cave où ils stockaient leurs anciens meubles, en attendant leur futur emménagement. Rien n'est récupérable !

Loin de les décourager, cette mésaventure renforce leur détermination : "La perte des objets matériels ne nous a pas pesé, mais ça a été très compliqué avec les assurances." En n'achetant rien de neuf, ils s'assurent de "ne plus jamais revivre un tel truc".

Le nouvel appartement. © La famille Sardine

Pour s'équiper à nouveau, encore mieux que l'occasion, ils misent sur la récup' sur l'appli de dons Geev, sur le Bon Coin, sur les encombrants trouvés dans la rue. "On a trouvé des meubles, un aspirateur, un évier, une plaque de cuisson, un four...", énumère Olivier. En un an, ils ont le temps de collecter tout le nécessaire. L'ameublement et l'équipement de la maison ne devraient leur coûter au final que 200 euros.  

Tout cet argent économisé, ils l'investissent dans la rénovation de leur maison, en choisissant des matériaux parfois plus coûteux, mais plus écologiques, et en faisant appel à des professionnels. Ils optent par exemple pour l'isolant Métisse, un isolant fabriqué à partir de jeans recyclés, et pour de la laine de bois.

Faire preuve d'imagination

S'il est "très compliqué" de faire des travaux zéro déchet, c'est bien cette philosophie que la famille applique au quotidien, et compte poursuivre. Pour gaspiller et jeter moins, leur inventivité est leur meilleure arme.

Comme lorsque la famille cuisine des soupes avec du vert de poireaux récupéré sur les marchés, ou qu'Antoine, le petit dernier, aimerait "un vrai sapin", à la place de leur vieux sapin en plastique. Plutôt que d'en acheter un tout frais, Olivier en a récupéré un dans un point de collecte après Noël, pour prolonger sa vie comme "sapin de l'Épiphanie".

Aucun regret par rapport à leur vie d'avant, assure Olivier. Ni aucune frustration. Au contraire, "c'est très libérateur". Pour ce bénévole à l'association Habitat et Humanisme, qui œuvre en faveur du logement et de l'insertion des personnes en difficulté, cette expérience aura eu un principal mérite : leur apprendre à vivre avec ce qu'ils ont, sans en vouloir toujours plus.

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