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ÉCOLOGIE - Ce collectif d'architectes et d'urbanistes, entre autres, organise des formations solidaires pour promouvoir le travail des femmes dans la transition écologique.

Nous sommes tous des bâtisseuses, hommes et femmes”, nous lance Eugénie Ndiaye, initiatrice et co-fondatrice du collectif les Bâtisseuses.

Rencontrées à l'occasion du Fab City Campus à la Villette en juillet dernier alors qu'elles avaient la main dans la terre, les membres du collectif Les Bâtisseuses avaient tout de suite capté notre attention, tant les problématiques qui sont les leurs sont rejoignent les nôtres.

Le collectif vise à avoir une action au sein de la transition écologique à travers les matériaux écologiques et locaux, et en valorisant les femmes dans l'acte de construire”, explique-t-elle.

Le collectif les Bâtisseuses, a été fondé par 10 actrices de la transition énergétique (architectes, urbanistes, ingénieures et artistes) en 2017 qui se sont rencontrées à la suite du festival d'architecture expérimentale Bellastock consacré en 2017 à la terre. Il rassemble aujourd'hui une cinquantaine de membres engagés dans la valorisation des matériaux biosourcés qui ont misé sur un matériau phare : la terre crue.

© 18h39

Replacer les femmes au coeur de la construction

Pour mettre en œuvre concrètement leur vision de la construction, le collectif propose, entre autre, des formations. Bien que mixte, le projet ne devait à l'origine, s'adresser qu'aux femmes. Mais très vite Eugénie et les bâtisseuses ont vu que les femmes se mettaient elles-mêmes des bâtons dans les roues. Construire ne correspond pas à l'image qu'elles se font de ce que doit être une femme.  

Des femmes se disaient qu'elles n'avaient pas leur place dans cette formation. Elles préféraient trouver une formation pour garder des enfants ou apprendre à faire la cuisine.

Cette formation est un investissement contraignant dans la mesure où elle n'est pas rémunérée, dure 9 mois et nécessite de bien maîtriser le français pour savoir lire les panneaux sur les chantiers. Elle accueille à ce jour une dizaine de personnes, et une majorité d'hommes.

Le choix d'un matériau local et écologique : la terre crue

Construire oui, mais pas question de faire appel à n'importe quel matériau : les Bâtisseuses valorisent les matériaux “éco-locaux”, comprenez écologique et locaux. Pour ce faire, elles utilisent par exemple, lors de la formation qu'elles donnent actuellement, la terre excavée des travaux du Grand Paris pour en faire “de l'enduit et des peintures écologiques.

Pourquoi ce matériau plutôt qu'un autre ? “Tout le processus de la terre crue est naturel”, insiste Eugénie Ndiaye. Et en plus d'être un élément de construction fiable, c'est un matériau naturel que l'on trouve sous nos pieds (nous vous avions montré comment faire de l'enduit avec la terre de votre jardin). De plus, il “régule de façon saine l'humidité à l'intérieur”, précise-t-elle. 

La terre crue est surtout un matériau qu'il est facile de maîtriser : “c'est un matériau proche de nous. Un mur enduit par exemple, on peut le réparer seul”, explique Eugénie Ndiaye.

Demain, peut-on imaginer des villes construites à base de terre crue ? “C'est déjà le cas !”, nous répond Eugénie Ndiaye. “Dans le centre de Lyon, il y a beaucoup de maisons en terre. Il existe aussi une école à Nanterre. Il va y en avoir de plus en plus, et j'espère aussi dans les intérieurs”, ajoute-t-elle.

Mur en terre construit au Fab City Campus. © 18h39

Un projet solidaire pour venir en aide aux réfugié-es

Ces convictions ne sont pas seulement l'émanation de convictions écologistes et féministes pour Eugénie Ndiaye, c'est aussi un moyen pour cette urbaniste de formation d'origine sénégalaise, de mettre en avant une culture qui lui est chère. D'une part parce que la construction écologique ancestrale en Afrique est peu valorisée, “les cases sont dénigrées”, explique-t-elle, au profit des bâtiments plus “modernes” en béton.

D'autre part, parce que le territoire africain est tenu par les femmes : “ce sont les actrices économiques, souvent de manière informelle, mais elles ont une ingéniosité qui m'a toujours bluffé”, précise-t-elle.

La formation du collectif s'adresse d'ailleurs aux personnes réfugié-es. En participant à la rénovation d'un espace à Montrouge, en banlieue parisienne, ces 12 participant-es se familiarisent à l'utilisation de la terre dans la construction.

Cette formation "permet d'oublier l'administratif" mais ouvre surtout des "perspectives de travail en France et pourquoi pas dans leur pays d'origine dans certains cas", souligne Eugénie Ndiaye. Bâtir sa maison est un moyen de reconstruire sa vie, de se mettre à l'abri. 

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