|

BON VOISINAGE - La Fête des voisins a 20 ans cette année, mais vous hésitez à participer… Cette fête n'est-elle pas devenue un peu ringarde ?

C'est tellement l'angoisse la Fête des Voisins, lâche Vincent, propriétaire d'un appartement à Nogent-sur-Marne. Si tu as le malheur de rentrer chez toi et qu'il y a un pot en cours, tu n'as pas d'autre choix que de dire que tu es dispo, de faire genre tout le monde est beau et gentil alors que tu détestes tes voisins qui font trop de bruit.

Pas très sociable ? Ce trentenaire décomplexé assume sans problème : “ « Faire la fête » avec des gens que tu n'as pas forcément envie de connaître et avec qui tu n'as en commun que le « qui vote contre le projet de ravalement de façade à 150 000 euros », ce n'est pas vraiment mon délire.Ça a le mérite d'être franc. Mais avouez-le, vous n'êtes pas non plus franchement emballé-e à l'idée d'aller boire du jus de pomme avec ceux dont vous essayez habituellement d'oublier l'existence.

Et pourtant, pour les 20 ans de la Fête des Voisins, 10 millions de participants sont attendus le 24 mai prochain dans toute la France, contre 3,5 millions en 2005. Comment cet événement peut-il être à la fois aussi mal aimé et aussi populaire ?

La Fête des Voisins, c'est comme l'eau de la piscine

Même l'initiateur de la Fête des voisins, par ailleurs conseiller de Paris les Républicains, Atanase Périfan, le concède : “Oui, parfois, c'est la corvée. Même moi, à l'approche de la date, quand je me dis qu'il faut je l'organise, alors que je suis explosé, je travaille 60 heures par semaine, ça me gonfle un peu.” Mais il enchaîne très vite : “Et pourtant, quand je suis sur place, c'est génial. C'est comme l'eau de la piscine, il faut se jeter dedans.”

C'est exactement ce qu'a vécu Mélanie, 30 ans, qui vit à Paris. “A chaque fois, j'essaie d'esquiver et une fois, mes voisins ont été surpris par la pluie et se sont réfugiés dans le hall. Du coup, en rentrant du restaurant, je tombe sur eux, impossible d'éviter le truc. Eh bien franchement, c'était super cool et je me suis fait des bons potes.”

Amitié intéressée ou solidarité de proximité, question de point de vue

Faut-il absolument aimer ses voisins ? Une grande question, que nous avions déjà explorée dans un article précédent. La philosophe et psychanalyste Hélène L'Heuillet, autrice de Du voisinage : réflexions sur la coexistence humaine (Ed. Albin Michel, 2016), nous avait rassurés : il est plutôt humain d'avoir du mal à les supporter, surtout dans un contexte d'habitat de masse.

Mais il y a un mais. “Si l'on n'entretient pas un minimum de relation, comme dire bonjour par exemple, il sera difficile de franchir l'obstacle de la timidité quand on aura besoin de demander un service”, avait ajouté Hélène L'Heuillet.

On vous voit, derrière votre écran, vous résoudre à participer à la Participer à la Fête des Voisins dans l'espoir que quelqu'un accepte de nourrir votre chat pendant votre prochain week-end !

Ne vous inquiétez pas, cela ne fait pas de vous une personne horrible. Après tout, Atanase Périfan lui-même vante cette solidarité de proximité. “Prêter une perceuse, aller chercher des médicaments, ce sont des prétextes tout simples qui facilitent la vie et rendent heureux. Ce que l'on veut tous, c'est aimer, être aimé, et se sentir utile.

La fête des bobos et des ringards ?

Pour Pierre, 26 ans, cette fête a aussi le mérite d'être “hyper authentique”. Plus efficace aussi que d'installer une application mobile (Smiile, Share Voisins…) ou de passer par les réseaux pour demander des services à ceux qui habitent la porte d'à côté. Et si, aujourd'hui, personne ne prend l'initiative d'organiser un pot dans son immeuble, il est nostalgique de la Fête des Voisins “où tout le monde ramenait sa popote” dans son village près de Nantes, quand il était petit.

Tous ces bons sentiments font-ils de la Fête des Voisins une fête ringarde ? Atanase Périfan s'amuse de la question : “Au début, on la moquait dans la presse, et c'était assez drôle. Minute (un journal d'extrême-droite, ndlr.) demandait “et pourquoi pas la fête des cons ?”, quand Le Nouvel Obs (à la ligne éditoriale plutôt à gauche, ndlr.) titrait “Atanase le bobo lance la Fête des voisins” ! En réalité, ce n'est ni con, ni bobo. C'est une rencontre. Est-ce qu'une rencontre est ringarde ?” Pas mieux ! Il ne vous reste plus qu'à aller acheter des cacahuètes.