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SOLIDARITÉ - Chacun peut déposer de la nourriture dans ce réfrigérateur installé dans la rue. Les personnes sans-abri, comme toutes celles qui sont dans le besoin, se serviront gratuitement.

"Chaque année en France, l'équivalent de 137 kilos de nourriture par personne est jeté à la poubelle." Pour l'inauguration du tout premier "Frigo Solidaire" de Paris, Margaux Nasreddine, membre de l'association CAP ou Pas Cap, commence son discours de présentation avec une phrase choc.

"Alors qu'il y a des gens qui crèvent de faim devant les magasins", complète un peu plus tard J.S., sans-abri et ambassadeur de l'association Le Carillon, l'autre association à l'origine de ce projet de "Frigo Solidaire".

Il en existe déjà d'autres dans le monde et en France, comme celui de Marseille par exemple, mais celui-ci, installé dans la rue devant le restaurant La Cantine du 18e, est le tout premier installé à Paris.

"C'est un frigo de riche, ça pourrait être un frigo que tout le monde a chez soi", commente J.S. en retrouvant le sourire. Pour le moment, on y trouve des boissons et des fruits donnés par des commerçants du coin. Mais il ne demande qu'à être rempli par tou-tes.

La soirée d'inauguration du Frigo Solidaire dans le 18e arrondissement de Paris, le 8 juin 2017.

La soirée d'inauguration du Frigo Solidaire dans le 18e arrondissement de Paris, le 8 juin 2017. © Lisa Hör

Un réfrigérateur en accès libre, pour les personnes dans le besoin

Depuis le 8 juin 2017, les habitants du 18e arrondissement peuvent donc lutter à leur échelle contre le gaspillage alimentaire. "Par exemple, demain si je pars en week-end et qu'il me reste deux yaourts, des fruits, des légumes, je peux les déposer dans ce frigo", explique Margaux Nasreddine.

C'est en même temps un geste de solidarité, puisque chacun pourra se servir librement. "Pas seulement les sans-abri, détaille J.S., il y a aussi les étudiants fauchés, peut-être des familles qui sont dans la misère, qui vont en profiter."

Pour lui, cela peut aider des personnes isolées qui n'osent pas se rapprocher des associations ou venir lors d'une distribution de nourriture. "Ça sera plus discret", estime-t-il.

Les ambassadeurs du Carillon préparent des smoothiers avec des fruits invendus, donnés par les commerçants.

Les ambassadeurs du Carillon préparent des smoothiers avec des fruits invendus, donnés par les commerçants. © Lisa Hör

Renforcer les liens entre les habitants du quartier

J.S. est venu pour animer cette soirée d'inauguration, en préparant des smoothies à partir de fruits invendus. Mais aussi, tout simplement, pour discuter.

"Le Carillon est un réseau solidaire de commerçants, habitants et personnes sans-domicile dont l'objectif premier est vraiment de recréer du lien social de quartier", explique Mélanie Lochkareff, coordinatrice de l'association dans le 18e arrondissement.

Les commerçants du réseau s'engagent à rendre des services aux personnes sans-abri, comme donner un verre d'eau, par exemple.

En échange, ces dernières organisent des évènements, comme des "soupes impopulaires". À l'inverse des soupes populaires, ce ne sont pas des bénévoles qui y distribuent la nourriture, mais les personnes sans-abri qui cuisinent pour les habitants du quartier. Ce soir, ce sont des smoothies.

Frigo Solidaire, mode d'emploi pour donner sans risque

Le Frigo Solidaire, s'inscrit également dans la logique des boîtes à partage, à l'image de celle installée par Cap ou Pas Cap dans le 12e arrondissement de Paris. Chacun peut déposer des objets dont il n'a plus besoin et se servir, librement là aussi.

Sauf que cette fois, il y a bien sûr des règles sanitaires à respecter.

"Nous prenons la responsabilité s'il y a une intoxication", rassure Dounia Mebtoul, co-fondatrice avec sa mère Malika Mebtoul de la Cantine du 18e. "Chaque matin et chaque soir, nous allons relever la température, comme on le fait dans les réfrigérateurs du restaurant."

Elles s'occuperont aussi de rentrer le réfrigérateur dans leur restaurant chaque soir, et vérifierons les dates de péremption.

Les commerçants peuvent apporter leurs invendus ou des plats préparés, s'ils inscrivent la date de dépôt sur une étiquette. Les particuliers, eux, ne peuvent déposer que des aliments non transformés, dans leur emballage d'origine non ouvert, avec une étiquette indiquant la date limite de consommation.

Cette idée va-t-elle essaimer et connaître le même succès que les boîtes à dons et les bibliothèques de rue, qui servent à échanger des livres ? Les ambassadeurs du Carillon l'espèrent.

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