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PHOBIE - Notre journaliste a rencontré une arachnologue pour vaincre sa peur et pouvoir enfin rentrer dans une pièce sans hurler. Même en voyant une araignée goliath.

40 % de la population française déclare avoir peur des araignées. Vous en faites partie ? Moi aussi. La moindre vue d'une araignée dont le corps est plus gros qu'un petit pois me fait partir en hurlant.

Pourtant, des araignées, il y a en a partout, et nos maisons n'y échappent pas. Dans les coins obscurs, sous l'évier, dans le placard à balais, au plafond, dans le grenier…

Pas moins d'une vingtaine d'espèces peuplent nos maisons et appartements, que l'on vive à la campagne ou à la ville. Elles ont un rôle bénéfique pour nos intérieurs, notamment celui d'agir comme un insecticide naturel. C'est pour cela qu'il ne faut pas les tuer !

Après un plaidoyer en faveur des araignées que nous avons publié sur notre site il y quelques temps, je voulais écrire un article sur la façon de les repousser gentiment, mais sûrement, de la maison, sans leur faire de mal, bien entendu.

Renseignement pris, il n'existe aucun moyen de les empêcher de rentrer sans les blesser. Soit. Mais que faire si on meurt de peur rien qu'à la vue de l'une d'entre elles ? Eh bien, il existe des séances de désensibilisation.

C'est Christine Rollard, chercheuse et arachnologue de profession, qui les offre bénévolement. Celle que l'on surnomme spider woman m'a convaincue d'en faire une. Rendez-vous est pris dans son laboratoire au Museum national d'Histoire naturelle de Paris.

Comme une envie de rester chez moi

Tu es un peu blanche, tu n'es pas malade ?”. Je ne suis pas encore partie pour le rendez-vous que la peur se lit sur mon visage. À quelle sauce vais-je être mangée ? La question me taraude depuis que j'ai calé le rendez-vous.

Nous arrivons à 14 heures devant son bureau accompagnée d'Anthonia, notre journaliste vidéaste, qui n'est pas franchement plus détendue que moi. Mais elle fera bonne figure, car si elle flanche, c'est l'image qui flanchera aussi. Pour voir notre aventure en vidéo c'est ici :

Christine est une personne extrêmement accueillante, qui fait penser à une gentille prof de SVT, à la différence près qu'elle est parée de bijoux en forme d'araignées. Elle m'explique que la première partie de notre entretien se déroule dans une pièce neutre, et la suite dans “sa pièce”, que j'imagine “décorée” d'araignées en tout genre.

On s'installe autour d'une table pour discuter, dans une sorte de bibliothèque pleine de vieux bouquins. Je me sens en confiance, presque rassurée.

Bon au début, ça se passe bien

Elle commence par me poser plusieurs questions à propos de ma peur. Je lui raconte une anecdote : étant petite, j'avais vu un épisode de la série MacGyver où son acolyte se faisait engloutir par des centaines d'araignées.

Christine m'explique que justement, certains films, comme Harry Potter ou le Seigneurs des Anneaux, présentent les araignées sous leur mauvais jour, en les faisant passer pour des chasseuses, voire d'horribles monstres mangeurs d'humains.

Ce qui nous pousse à trouver les araignées effrayantes, parce qu'elles sont mise sur un pied d'égalité avec un vilain vampire, un tueur en série ou une catastrophe naturelle. Résultat : la peur d'être attaqué-es, mordu-es ou de se faire sauter dessus nous empêche de rentrer dans une pièce.

© Anthonia Rakoto

Christine répond à tout un tas de questions. Plein d'infos super pour se la raconter en soirée :

  • Il existe plus de 47 800 espèces découvertes dans le monde, et pas moins de 1 750 en France.
  • Le corps d'une araignée fait en moyenne 5 mm.
  • Elle a généralement entre 6 et 8 yeux.
  • Non, l'araignée n'est pas un insecte, mais elle appartient à la famille des arthropodes, car elle a 8 pattes.
  • Elle n'a pas de vilains poils. Elle a ce qu'on appelle des soies sur tout le corps, ce qui lui permet d'avoir des sens très développés.
  • Les araignées ne rentrent pas dans nos maisons parce qu'elles ont froid en automne, contrairement à ce que raconte Lucas, la gentille mascotte à huit pattes. Certaines le font parce que c'est la période où les mâles recherchent les femelles pour s'accoupler.

D'ailleurs, il parait que les araignées sont très soyeuses au toucher, et sont des êtres extrêmement sensibles. Je me surprend à dire, pleine d'empathie, que finalement c'est une petite chose fragile.

Je souris, mon estomac s'est détendu. On sort de la petite bibliothèque, je marche d'un pas décidé vers la suite de la séance, dans “la pièce”.

L'expérience presque surnaturelle avec de grosses araignées noires

Partout, des araignées, sous toutes les formes. Sur des affiches, en forme de peluche, dans de l'alcool, empaillées et surtout… vivantes. Christine ne me laisse pas vraiment le temps de laisser traîner mon regard alentour, elle me montre une affiche où sont dessinées les différentes races, en taille réelle.

Elles ont l'air si inoffensives, de toutes les couleurs. Une porte des cornes, une autre ressemble à un poulpe orange… l'araignée paon capte toute mon attention (le paon est mon animal préféré). "Elle est jolie". À ce moment, je commence clairement à dire n'importe quoi...

On se retourne, et je tombe nez à nez avec des spécimens qui flottent dans de l'alcool. On les croirait vivantes. Heureusement qu'elles sont enfermées dans des flacons en verre !

Il est temps d'affronter le coin de la pièce qui me trouble depuis mon entrée. Là, d'énormes spécimens réellement vivants sont paisiblement suspendus dans des vivariums. Certains ouverts.

© Anthonia Rakoto

Dans ma tête je répète en boucle pour me calmer la phrase de Christine : “une araignée n'attaque pas l'humain, elle ne saute pas et nous repère à peine ; ses champs de vision et sensoriel ne s'étendent que sur une petite distance”.

Christine fait fi de mon corps crispé et m'emmène devant une loupe qui ressemble à un microscope. Elle me propose de regarder de plus près trois spécimens, morts, conservés dans de l'alcool. Une toute petite, une plus grosse toute noire avec un corps tout rond, et une encore plus grosse, un peu rougeâtre, qu'elle place dans une petite soucoupe.

© Anthonia Rakoto

Les voir de si près est un exercice plutôt génial, on dirait des images qu'on observe par un trou de serrure. Leurs petits yeux luisent. J'ai l'impression d'être une exploratrice en Amazonie (sauf que les espèces que je zieute sont d'authentiques spécimens qu'on trouve en France).

Le pire moment de la séance

À ce moment de la séance, je pose beaucoup de questions (technique classique pour distraire l'adversaire et ainsi éviter ce qui va suivre, inévitablement). "Tu vas prendre l'araignée avec la pince, par la patte, et tu vas la poser dans le creux de la main", dit-elle en avançant sa propre main pour illustrer son propos. "Dans… dans la vôtre ?" je bégaie. "Ah non, LA TIENNE", s'amuse Christine. Gloups.

Je n'en mène pas large. Après un temps de blocage, je souffle un bon coup. Je pose tour à tour les 3 spécimens (morts je précise) dans le creux de ma main. Pas tout à fait au milieu. Christine s'amuse à me le faire remarquer. J'imagine que je ne suis pas la seule à appliquer cette technique. Je suis fière de moi. Même si je sursaute lorsque je fais malencontreusement tomber l'une d'entre elles à côté du récipient.

Finalement, le fait de les avoir sur moi ne provoque absolument rien, pas même la sensation d'un poids au contact de ma peau, tout juste une légère fraîcheur due au liquide.

Après ça, toucher des mues de mygales (comme les serpents, les araignées "changent de peau" et laissent tomber "leurs vieilles combinaisons") fut un jeu d'enfant. Je vous assure, elles sont aussi douces qu'un chaton.

Christine nous présente ensuite ses colocataires, cette fois-ci bien vivantes. La première est une mygale, celle à qui appartient les mues. Elle a plus de vingt ans. Elle a été ramenée à la spécialiste après une saisie de douanes, sans doute destinée à l'élevage.

© Anthonia Rakoto

Christine enlève la brique sous laquelle elle se cache, la mygale reste sans bouger dans sa boîte. Je suis plutôt contente qu'elle ne s'anime pas, elle est quand même aussi grosse qu'un petit hamster.

La deuxième colocataire de la scientifique est beaucoup plus vivace. C'est une araignée de Madagascar qui ressemble à celles qu'on pourrait avoir dans notre maison, version XL. Elle vit dans un grand vivarium, que Christine laisse ouvert toute la journée. "Ce matin, elle avait disparu, je l'ai retrouvée dans le vivarium d'une autre !"

La scientifique présente sa main à l'araignée pour qu'elle y monte. La bestiole galope plusieurs minutes le long de ses bras. Sans doute consciente que je surmonte à peine ma peur, Christine ne me propose pas de servir de support à cet animal quand même imposant. Je la regarde sans broncher. La spécialiste s'adapte à celles et ceux qui viennent la voir, et ne force jamais. Pour cette raison, elle propose parfois plusieurs séances.

© Anthonia Rakoto

Prendre une araignée vivante sur ma main : fait !

Déjà deux heures que dure cette séance. Je suis épuisée, mais une dernière épreuve m'attend. Christine sort une petite fiole dans laquelle se languit une araignée, identique à celles que l'on retrouve sur nos plafonds. Mon sort est scellé : je vais devoir accepter qu'elle se balade sur moi...

Christine ouvre la fiole, et propose à l'araignée de se promener sur la table. Je n'ai jamais vu une araignée courir aussi vite ! Elle s'agite dans tous les sens, on dirait qu'elle panique. “Non, une araignée n'a pas de sentiment”, m'explique gentiment la scientifique. “Elle recherche juste un endroit où se poser.”

Vient le moment où je dois lui présenter ma main.

Elle est plus petite et plus fine que les autres spécimens. Il faut croire que les épreuves précédentes ont déjà porté leurs fruits. Je pose ma main sans hésiter. La bête me marche dessus, sans se préoccuper de savoir si c'est moi, un caillou ou un mur.

Je ne bronche pas. Je n'ai pas peur. En fait, je ne l'ai même pas sentie sur mon bras, c'est comme s'il ne s'était rien passé.

On clôture la séance, Christine me dit qu'elle est fière de moi. Moi aussi. Le soir même, je remarque une araignée qui s'est nichée dans un coin de mon plafond. Cette fois, je ne demande à personne de l'enlever, je la laisse faire sa vie, et je continue de faire la mienne.

Je suis vaccinée ! (au moins pour les petits spécimens)...

À retenir

Christine Rollard a écrit avec Abdelkader Mokkedem l'ouvrage Je n'ai plus peur des araignées (éditions Dunod, 2018) dans lequel elle donne des conseils pour ne plus avoir peur.

Elle propose des séances de désensibilisation gratuitement, en fonction de ses disponibilités.

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