PORTRAIT - Timothée Boitouzet est un jeune architecte récemment primé par le MIT pour son innovation : un bois augmenté, dont une des particularités est d'être translucide.

Mise à jour du 20 septembre 2017 :

Timothée Boitouzet et son entreprise Woodoo ont remporté le mardi 19 septembre 2017, le prix EDF Pulse dans la catégorie smart-city (ville intelligente). Remis en mains propres par le président-directeur général du groupe EDF, Jean-Bernard Lévy, le prix comprend un chèque de 60 000 euros, mais surtout un accompagnement en recherche et développement par les équipes du groupe ainsi q'une large campagne de publicité auprès des médias français. 

 

Lorsque l'on demande à Timothée Boitouzet, élu jeune innovateur français de l'année 2016 par le MIT Technology Review, si quelque chose en particulier l'a poussé à s'intéresser au bois, la réponse fuse dans un sourire entendu, “c'est sans doute un héritage familial, je m'appelle Boitouzet, je devais être destiné à faire ça !

Si le ton est rieur, le jeune homme de 29 ans retrouve quelques instants plus tard un sérieux qui ne le quittera plus tout au long de l'entretien. Les mots seront précis et choisis avec soin. Quelques anglicismes viendront se glisser çà et là. Sans doute vestiges de ses deux années passées aux États-Unis. 

Car si Timothée, originaire de Dijon, vit et travaille désormais en France, ses études l'ont poussé vers les États-Unis et le Japon, un pays qui a fait naître son intérêt pour le bois et aiguisé son sens de l'écologie.

Il y a là-bas de nombreuses références à la nature, une attention du détail, une sensibilité pour l'éphémère, mais aussi une véritable fascination pour la matière” s'enthousiasme Timothée avant de poursuivre “je devais finir mon diplôme, sinon je ne serai jamais rentré.

C'est là-bas qu'il découvre le bois, “seul matériau de construction qui pousse tout seul, 100% renouvelable et qui stocke le carbone au lieu de l'émettre.

Le projet d'une vie

A 23 ans, le jeune prodige est admis dans le brillant triptyque Princeton, Harvard et Columbia. Il choisira Harvard, où en plus de son cursus d'architecture, il se frottera à la biologie moléculaire.

En face de mon bâtiment, il y avait le labo de biologie moléculaire, j'ai donc traversé la route et suis parti à la rencontre des chercheurs. Très vite l'idée d'un partenariat était évidente”, confie Timothée, tout en reposant sa tasse de thé.

C'est l'exemple typique qui explique le personnage”, révèle Jean-Jacques Terrin, un de ses professeurs à l'université et tuteur de diplôme. “Plutôt que de rester dans son coin, il est allé se frotter à l'inconnu. Il s'accroche et fini par rendre possible quelque chose qui n'était, à la base, par forcement évident. Quitte à bouleverser les codes établis.

Le jeune trublion n'a alors désormais plus qu'une idée en tête : concevoir du bois augmenté. “Je savais que c'était le projet de ma vie. Faire mon travail d'architecte à l'échelle moléculaire.

Pour y parvenir, il travaille sur la lignine, un élément qui permet de tenir les fibres du bois ensemble. En la retirant, il se rend alors compte que le bois est composé à 70 % d'air. “J'ai donc réfléchi à une manière de le fonctionnaliser”, explique Timothée, en prenant soin de s'assurer qu'on ait bien compris de quoi il retournait. Il y injecte des monomères, une substance organique qui va solidifier le bois et par ailleurs le rendre translucide.

© Hugo Passarello-Luna

Une entreprise de quatre personnes

Mais parvenir à un résultat satisfaisant n'a pas été sans effort, “je me levais toutes les deux heures la nuit, et ce, pendant deux ans, afin de vérifier que la transformation du bois se passait convenablement. J'ai mis du temps avant de parvenir au résultat escompté. L'essentiel du boulot du chercheur, c'est l'échec. Mais à terme, je suis arrivé à créer un matériau qui comprend la nature tout en servant les besoins humains”, livre Timothée.

Une détermination saluée par Charles Trottmann, ami du jeune entrepreneur depuis le collège, devenu depuis son associé “Timothée cherche toujours à aller vers l'excellence. Il repousse sans cesse les limites pour créer quelque chose de nouveau.”

Depuis le mois de décembre 2015, Timothée a créé sa propre entreprise Woodoo, entouré d'une équipe de trois personnes qu'il coordonne afin de développer le matériau qu'il a imaginé et breveté.

Revalorisation des bois non nobles

Ce “bois augmenté” peut être créé à partir de tous les types de bois, mais c'est davantage les bois non nobles qui intéressent l'architecte. “De base, on ne peut rien en faire, car ils sont trop poreux et fragiles. En France, 50% de ces types de bois sont inutilisés. Je viens donc les revaloriser”, indique Timothée, dont les connaissances tant en matière de bois que d'écologie sont aussi pointues qu'étendues.

Car avec le processus qu'il a développé, en plus d'être translucide, le bois devient imputrescible et plus résistant au feu, grâce à sa plus grande densité. Il est également trois fois plus rigide. De quoi, selon lui, pouvoir bâtir les villes de demain. 

Ce bois répond au besoin de la ville du futur qui sera verticale. Si, actuellement il est impossible de construire plus de douze étages en bois, il sera désormais possible d'atteindre les 30 voire 40”, détaille Timothée. Une bonne manière de mêler à la fois économie et écologie.

Néanmoins, une chose est certaine, si le jeune primé estime que le travail ne fait que commencer puisqu'il n'a “pas encore rempli (sa) mission”, il aimerait, à l'avenir continuer sur la voie qu'il a commencé à tracer : créer “d'autres matériaux révolutionnaires, toujours à partir de matériaux naturels afin de les rendre plus performants”. 

A peine l'entretien terminé son téléphone sonne, “une université bordelaise qui me propose un partenariat” prend la peine de préciser Timothée, déjà en train d'échafauder de nouveaux projets. Gageons que l'on entendra de nouveau le nom de Boitouzet faire parler de lui dans les années à venir.