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TENDANCE - Bienvenue dans l'ère du partage. Première étape, prêter sa perceuse à celui qui vit sur le même palier. Et peut-être même lui parler. On saute le pas ?

Elle était simplement venue apporter un lit pour bébé dont elle n'avait plus besoin. Un café et quelques confidences plus tard, Aurélie Lever est repartie avec une piste pour un travail : sa voisine connaissait quelqu'un qui recrutait. Et quelques semaines après, la voici embauchée. C'est le genre de surprises que réserve Autour de Toi, un site internet de partage d'objets et de services pour les habitants de Maisons-Laffitte (Ile-de-France) et des environs.

Elle est loin d'être la seule à se laisser séduire par cette nouvelle forme d'économie du partage. En effet, d'après un sondage réalisé par Explorimmo en mai 2015, 84% des Français interrogés sont prêts à rendre de petits services à leurs voisins. À l'heure où l'on fait confiance à des inconnus pour faire du covoiturage ou échanger sa maison le temps des vacances, partager avec ses voisins semble une évidence à Sophie Gastinel, la fondatrice du site Autour de Toi.

Échanges entre voisins : la clé, c'est la confiance

Cette Anglaise expatriée à Maisons-Laffitte a été inspirée par la bible de la consommation collaborative publiée par Rachel Botsman en 2010, What's mine is yours (Ce qui est à moi est à vous, ndlr.) Selon cette approche, inutile d'acheter de nouveaux biens quand d'autres peuvent nous les prêter gratuitement. Un principe repris également par le site Share Voisins, qui propose à toute la France de partager sa perceuse ou son aspirateur autour de chez soi.

Prêter sa perceuse à son voisin, gratuitement, pourquoi pas ?

© Prêter sa perceuse à son voisin, gratuitement, pourquoi pas ? Pumpipumpe

Avec sa plateforme lancée il y a un an, Sophie Gastinel mise quand à elle sur l'hyperlocal. Pour devenir membre, il faut habiter dans la petite ville des Yvelines et avoir reçu une invitation. Ensuite, chacun peut poster gratuitement des petites annonces pour donner une pile de magazines ou de livres, vendre son vieux canapé ou proposer des heures de soutien scolaire. De quoi convaincre déjà plus de 800 utilisateurs.

 

Le fait d'être entre voisins rassure, raconte Aurélie. Je ne raconterais pas ma vie à une personne à qui je vendrais quelque chose sur Le Bon Coin et que je croiserais sur le quai d'une gare pour l'échange. Avec Autour de toi, on crée du lien.

Tout repose sur la confiance : pour le moment, le site ne prévoit pas d'assurance particulière pour les objets prêtés. “Mais les choses pourraient évoluer, si les adhérents en exprimaient le besoin”, précise Sophie Gastinel.

Site internet ou autocollants sur la boîte aux lettres ?

Faut-il obligatoirement passer par un site internet pour rencontrer son voisin, comme le raconte cet article de Rue 89 ? Pourquoi ne pas simplement toquer à sa porte pour faire connaissance ? “Ces réseaux sociaux créent un environnement qui permet de restaurer une distance de sécurité”, explique Nathan Stern, sociologue et concepteur de réseaux sociaux.

Proche, mais pas trop. Surtout quand on subit déjà la promiscuité d'un immeuble. “On n'a pas forcément envie de devenir ami avec ses voisins immédiats, et à raison : on ne peut pas clore la relation si on se fâche.” La plateforme internet, avec ses règles, permet donc de poser un cadre à cette relation très codifiée. “On a besoin d'une tiers de confiance qui nous protège, qui nous garantisse que notre voisin va bien nous rendre notre perceuse.

Les autocollants à poser sur sa boîte aux lettres pour partager avec ses voisins.

Les autocollants à poser sur sa boîte aux lettres pour partager avec ses voisins. © Pumpipumpe

Ailleurs en Europe, d'autres initiatives se passent du web pour provoquer la rencontre. À Berne en Suisse, l'association Pumpipumpe vend des autocollants à placer sur sa boîte aux lettres. Une jolie façon de dire à ses voisins que l'on est prêt à partager sa perceuse ou son vélo.

À Amsterdam, le projet Bankjes Collectief propose aux habitants de coloniser les bancs devant chez eux pour encore plus de sociabilité. 250 bancs ont déjà été transformés en “cafés à ciel ouvert” aux pieds des immeubles de la capitale néerlandaise. Le principe : “adopter” un banc et proposer aux passants de partager un pique-nique ou un cours de salsa. Chiche, on importe cette idée chez nous ?

 

Les sites pour passer à l'action :