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RÉSILIENCE - Faire revenir la nature en ville permet au sol d'absorber l'eau de pluie. Une stratégie gagnante pour adapter les villes au changement climatique.

Lorsqu'il pleut beaucoup au parc Guillaume de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, les pelouses sont inondées, sous 50 cm d'eau.

Pas de panique, c'est fait exprès ! Et c'est même une très bonne chose. Le parc a été pensé pour retenir les eaux de pluie et faire en sorte qu'elles s'infiltrent dans la terre, avant rejoindre les nappes phréatiques.

Multiplier les espaces verts et faire revenir la nature en ville, par petites touches, plutôt que bétonner à tout-va : c'est la stratégie que choisissent de plus en plus de villes pour réduire les risques d'inondation.

© Marc Barra

Des espaces verts plutôt que des bassins en béton pour retenir l'eau

On a beaucoup bétonné et imperméabilisé les sols en Seine-Saint-Denis après la guerre”, observe Ronan Quillien, ingénieur à la direction de l'eau et de l'assainissement du département. Ce qui était en fait une mauvaise idée.

Les eaux de pluie ruissellent sur tout ce béton. Elles terminent leur course dans les canalisations, qu'elles risquent de faire déborder. C'est pourquoi de nombreux bassins d'orage, qui retiennent le trop-plein d'eau en cas de fortes précipitations ont été construits (et sont toujours construits actuellement).

Mais ces infrastructures coûtent cher, plusieurs millions d'euros, et lorsqu'elles sont à ciel ouvert, n'ont rien d'esthétique.

© Jonathan Flandin

Depuis les années 90, la Seine-Saint-Denis encourage donc des solutions naturelles, moins chères à mettre en place et intégrées aux lieux de vie, pour ne pas avoir à multiplier encore les bassins d'orages à mesure que l'on construit de nouveaux logements.

On essaie de gérer le plus possible en amont pour que l'eau s'infiltre au plus près de là où elle tombe”, explique Ronan Quillien. “Si on ne fait pas ça pour toutes les nouvelles opérations immobilières, on aura des débordements.”

S'adapter au changement climatique en plantant des arbres

Il s'agit de protéger les habitants d'aujourd'hui, mais aussi les générations futures. Car le changement climatique pourrait bien entraîner plus de pluies et augmenter le risque d'inondation dans certaines régions.

Strasbourg. © Hélène Natt

Il est possible que l'Île-de-France, comme dans tout le Nord de la France, connaisse des pluies plus intenses, ce qui pourrait entraîner des crues rapides, selon les scénarios des climatologues, comme nous l'explique Jérémie Jaeger, chargé d'étude à l'Agence Parisienne du Climat.

C'est la raison pour laquelle Paris, membre du réseau des villes résilientes, s'est dotée d'un plan pluie en mars 2018. “Il y a un grand plan de végétalisation, qui prévoit de rendre 40% de la surface du sol perméable ou végétalisé d'ici 2050, de créer 30 nouveaux hectares d'espaces verts et de planter 2000 arbres d'ici 2020”, détaille Jérémie Jaeger.

Faire reculer le béton et laisser l'eau s'infiltrer dans la terre passe par de nombreuses autres solutions : “zones de pleine terre au pied des bâtiments, petites mares au pied des gouttières, dalles enherbées, toitures végétalisées... “, énumère Marc Barra, écologue à l'Agence Régionale de la Biodiversité en Île-de-France.

© Marc Barra

On se dit que c'est peu de choses, mais c'est la multiplication qui est efficace, note-t-il. En plus, cela permet aussi de lutter contre les îlots de chaleur.” Réduire le risque d'inondation et rafraîchir les villes en même temps, décidément les arbres ont tout bon !

Les agriculteurs et les particuliers ont aussi leur rôle à jouer

Mais tout ne se joue pas en ville. Les pratiques agricoles peuvent aussi diminuer le risque d'inondation. “En Île-de-France, on est surtout sur des pratiques intensives, on laboure beaucoup, on tasse les sols, les haies ont disparu, ce qui fait que le sol est moins perméable”, explique Marc Barra.

Le non-labour, un sol végétalisé toute l'année et de nouvelles haies permettent au contraire de mieux retenir l'eau dans la terre. Laisser des zones de prairies autour des rivières, où l'eau peut s'étendre lorsque le niveau monte, est aussi indispensable.

Nantes. © Gilles Lecuir

Et vous aussi vous pouvez, par vos choix individuels, contribuer à cet effort. “On peut par exemple préférer une allée en graviers (ou en béton de coquillage, un revêtement perméable) plutôt que du bitume, faire ruisseler l'eau de la terrasse pour qu'elle arrive dans le potager ou encore de récupérer l'eau de pluie pour arroser le jardin”, illustre Ronan Quillien, qui conseille les particuliers lorsqu'ils déposent une demande de permis de construire.

Des solutions simples, pour protéger sa maison, mais aussi les autres habitations en aval. Car, comme le rappelle Ronan Quillien, “on est tous responsables, même les gens qui n'habitent pas en zone inondable doivent se sentir concernés pour les autres.

Puisque cela embellit notre cadre de vie, nous aurions tort de nous en priver !

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