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TÉMOIGNAGE - Les voisins, on sait qu'ils sont là, mais ce n'est pas tous les jours qu'on leur parle. Récit d'une rencontre inopinée.

Samedi 16h. Ça y est, c'est décidé. C'est maintenant ou jamais: ces étagères seront posées. Sinon, je sais comment ça se passe. On repousse, on repousse et on finit par faire sans. Les casseroles et autres plats continueront de végéter au-dessus du frigo, participant au bazar ambiant.

Première étape : enlever les étagères des emballages : un jeu d'enfant. Ne reste plus qu'à aller chercher la boîte à outils pour y prendre les vis, les chevilles, et trouver la perceuse. Ça ne devrait pas être bien compliqué. 

Voilà les vis, les chevilles. Côté perceuse, ça coince. La demoiselle fait sa mystérieuse. Elle n'est ni dans la caisse avec les autres outils. Ni dans la cave. Ni nulle part ailleurs. Il faut bien se rendre à l'évidence : il n'y a aucune perceuse dans cet appartement. Elle doit sans doute être restée chez mes parents en province.

Un problème de taille lorsque l'on souhaite fixer des étagères. Mais, alors que j'ai longtemps tergiversé avant de me lancer, je ne vais pas abandonner : ces étagères, c'est aujourd'hui qu'elles sont accrochées.

Une perceuse pour briser la glace

Me reste alors une solution : aller sonner chez mes voisins. Mais comme je viens tout juste d'emménager et que je ne les ai encore pas tellement croisés, je ne les connais pas vraiment. C'est donc avec un peu d'appréhension que je passe le pas de ma porte.

Première demande : ma voisine de gauche. On se salue lorsque je la croise le matin, mais nous n'avons jamais vraiment discuté. Au premier coup de sonnette, elle entrouvre sa porte. Hésitante, elle ne sait plus trop si elle possède une perceuse.

"Je m'en vais voir, mais surveille la porte pour ne pas que le chat sorte", me lance-t-elle. Effectivement, ça ne manque pas, 10 secondes plus tard, le chat se propulse vers la porte.

Une petite voix l'appelle timidement. Avant de passer, elle aussi, le bout de son nez dans l'entrebâillement de la porte. Nous entamons donc un brin de conversation avec la fille de la voisine sur le nouveau chaton qu'elle a reçu pour Noël et âgé d'à peine 4 mois. 

Quelques instants plus tard, ma chère voisine est de retour : elle a fait chou blanc. Elle n'a pas de perceuse dans son placard à bricolage. Je la remercie, caresse la tête du chat, et me dirige vers la porte de mes voisins d'en face.

Ne pas abandonner

Personne. Je m'aventure à l'étage du dessus, mais là encore, personne n'ouvre sa porte. J'arrive donc au 5ème étage et sonne à une porte recouverte de photos des petites têtes d'enfants rieurs et de parents pas peu fiers d'avoir une si belle progéniture.

Un jeune papa m'ouvre la porte. Dans le couloir, à ses pieds, une multitude de petits jouets multicolores et, en fond sonore, la musique bien connue d'un célèbre dessin animé Disney. 

Mi-amusé mi-gêné par la situation, il me souffle qu'il a une perceuse et qu'évidemment, il me la prête. Un petit air satisfait se lit sur mon visage. Pourtant, quelques minutes plus tard, les choses semblent moins faciles qu'il n'y paraît.

"Alors oui, j'ai une perceuse, mais ma femme l'a prêté à son père. Il ne me reste que les forets", m'explique-t-il en ouvrant la main sur les longues tiges de métal. 

Une fois la porte refermée, je me dirige vers son voisin d'en face. S'il n'a pas non plus de perceuse, j'arrête mon ascension et retourne dans mes pénates.

Comme les fois précédentes, un coup de sonnette, une porte qui s'ouvre, un sourire, la certitude d'avoir cet outil si convoité, une fouille dans un recoin de l'appartement. 

Victoire ! Sylvie (je lis son prénom sur la sonnette) revient les bras chargés. Dans le carton : perceuse, forets, et même masque anti-poussière.

Elle accepte de me prêter sa perceuse, en me précisant qu'elle doit s'absenter. Il me faudra lui laisser le carton devant la porte lorsque j'aurai terminé ma besogne. Je la remercie chaleureusement et redescends, glorieuse, vers mon appartement.

Faire naître de nouvelles relations 

Une bonne heure plus tard, une fois les étagères montées, je lui remonte son précieux carton avec un petit mot de remerciement précisant qu'elle peut venir sonner chez moi si jamais elle a besoin de quelque chose.

Elle n'est pas encore venue sonner, mais lorsqu'il nous arrive de nous croiser dans le hall, nous nous reconnaissons et ne manquons jamais de nous saluer. Quant à ma voisine d'à-côté, elle est venue récemment me demander si je n'avais pas un fer à repasser à lui prêter. 

Malheureusement, je n'ai pas plus de fer à repasser que je n'ai de perceuse. Il faudra que je lui demande, à l'occasion, si elle a réussi à trouver des voisins bien équipés en électroménager. On ne sait jamais, ça peut toujours servir !