| |

SÉCURITÉ - Surveiller son domicile en direct et à distance, grâce à une caméra connectée à son smartphone : c'est possible, mais est-ce efficace ?

Une chose est sûre : plus que jamais, les caméras nous ont à l''œil, jusque dans notre salon. Pas de chiffres sur le nombre de Français qui ont installé une caméra de surveillance chez eux, mais les ventes progressent. Plus 30 % sur un an chez Castorama, par exemple.

"C'est un phénomène qui s'accélère d'année en année, à l'inverse du secteur de l'alarme qui est plus en difficulté", estime Nicolas Kleim, chef de produit domotique et objets connectés chez cette enseigne.

"Une alarme coûte 2000 euros, alors que l'on peut avoir une caméra pour 200 euros, et faire de l'auto-sécurité en surveillant sa maison depuis son smartphone."

Moins chères, plus faciles à installer (il suffit de les connecter à son réseau wifi via une application), on comprend pourquoi les caméras séduisent malgré le nombre de cambriolages en légère baisse en 2015.

Pourtant, braquer un objectif vers l'intérieur de sa maison ne va pas de soi. Passage en revue des questions à se poser avant de franchir le pas.

Une caméra dans sa maison, pour quoi faire ?

Première fonction : pouvoir regarder à distance ce qui se passe chez soi depuis son smartphone. Inutile de rester scotché à son écran en permanence... les caméras envoient une alerte lorsqu'elles détectent un mouvement suspect. On peut alors se connecter, constater ou non une infraction et avertir la police si besoin.

Attention, il peut y avoir des fausses alertes prévient Cédric Locqueneux, auteur du blog Maison et Domotique. "Souvent les caméras analysent le changement entre deux images, et peuvent réagir s'il y a une ombre, explique-t-il. L'idéal est d'avoir une caméra avec un vrai détecteur de mouvement intégré."

La caméra Welcome, de Netatmo, se veut quant à elle intelligente, puisqu'elle reconnaît les visages des membres de la famille et des amis. La marque met en avant une nouvelle fonction : être prévenu lorsque ses enfants rentrent à la maison.

Si de nombreuses caméras fonctionnent en autonomie, certaines sont également évolutives, et peuvent être complétées par différents capteurs, comme des détecteurs d'ouverture placés sur les portes ou les fenêtres.

Est-ce que c'est légal ?

Du moment que l'on ne filme ni la rue, ni le jardin de ses voisins, il est tout à fait possible d'installer une caméra chez soi, à la seule fin de sécuriser son domicile, sans en informer les autorités.

Si l'on filme une personne qui vient travailler chez soi, celle-ci doit en être informée, conformément au droit du travail, comme l'indique la CNIL, l'autorité française de contrôle en matière de données personnelles.

Autre point soulevé par Cédric Locqueneux : l'aspect invasif de la caméra en elle-même. "Quand j'ai des invités à la maison, voir les objectifs des caméras les perturbe un peu, même si elles ne sont pas en train de filmer", témoigne-t-il.

La solution imaginée par My Fox : un volet qui se rabat devant l'objectif, d'une simple pression sur son smartphone, garantit le respect de sa vie privée, et rassure tout le monde.

Des "tags", ou capteurs, peuvent êtres synchronisés avec la caméra Welcome de Netatmo. © Nicolas Demeersman

Quelqu'un d'autre pourra-t-il observer votre maison ?

Autre inquiétude : un hacker qui prendrait le contrôle de votre caméra et diffuserait les images sur internet à votre insu... Un scénario possible, même si cela reste rare, si l'on ne se protège pas un minimum. Le moteur de recherche Shodan permet ainsi d'accéder aux caméras de surveillance les plus vulnérables, dépourvues de mot de passe.

Une caméra plus chère sera-t-elle plus sécurisée ? Difficile à dire pour Nicolas Kleim : "Les fabricants communiquent peu sur les protections des caméras, car ce serait comme un défi lancé aux hackers." La prudence impose donc de sécuriser son réseau wifi avec un mot de passe complexe.

Autre option, on peut choisir le mode de stockage des images : sur carte mémoire cryptée, et donc lisible uniquement depuis la caméra elle-même, ou sur les serveurs de la société, en ligne sur internet.

Pour Cédric Locqueneux, cette deuxième solution a des avantages et des inconvénients : “si la caméra est détruite par le braqueur, les images restent sauvegardées sur internet, mais cela suppose que les serveurs eux-mêmes soient sécurisés. Souvent, il faut payer un abonnement pour pouvoir les sauvegarder plus de 24 heures.”

Est-ce que c'est efficace contre les cambriolages ?

Mais ce système de sécurité est-il vraiment dissuasif et a-t-il un réel impact sur le nombre de vols à domicile ? Eric Heilmann se montre sceptique. Le sociologue, qui travaille depuis une vingtaine d'années sur la vidéosurveillance, souligne qu'il y a peu de données sur la question.

Les recherches se concentrent sur les caméras dans l'espace public, sans prendre en compte celles installées chez eux par les particuliers. Mais pour lui une chose est sûre : “les professionnels de la délinquance s'adaptent. Ils savent déjouer les caméras, ne serait-ce qu'en mettant un masque, et ils interviennent en quelques minutes, avant que les forces de l'ordre n'arrivent sur place.”

Cela n'empêche pas les fabricants de prévoir de nouvelles fonctionnalités censées effrayer les intrus, comme le micro de Canary, la caméra commercialisée par Apple, qui permet de s'adresser au cambrioleur en direct.

Pour être vraiment efficace, Eric Heilmann conseille de ne pas compter uniquement sur les caméras. "Au Québec par exemple, il n'y a pas de mur ou de haies entre les maisons, on invite les voisins à regarder ce qui se passe chez les autres, détaille-t-il. S'ils voient quelqu'un s'approcher en votre absence, ils peuvent donner l'alerte."

Laisser à voir à l'intérieur de chez soi est loin d'être la tendance actuelle en France. Mais finalement, quel est le plus dérangeant : être placé sous l'objectif d'une caméra, ou sous le regard de ses voisins ?

>> Découvrez tous les articles de notre dossier Protéger sa maison !

Passez à l'action