| | |

CHALEUR - New-York, Ahmedabad, Grenoble... Dans plusieurs villes dans le monde, on peint les toits pour faire baisser la température à l'intérieur. Est-ce vraiment une bonne idée ?

En 2017, en Inde, des milliers de toits d'habitations ont été recouverts de peinture blanche réfléchissante pour lutter contre les hausses des températures. Il a été démontré que la température de ces surfaces, appelées cool roofs (traduit par toits froids), a diminué de 30°C par rapport à des toits classiques, plus foncés. À l'intérieur des bâtiments, les températures ont baissé de 3 à 5°C.

S'inspirant de cette idée low-tech, de plus en plus de villes dans le monde décident de changer la couleur de leurs toits. À New-York par exemple, où l'on prend la chose au sérieux, près d'un million de mètres carrés de toits ont été repeints en blanc. "Ces cool roofs auraient pour effet une baisse de 40% de l'utilisation des climatiseurs", peut-on lire dans un article de Slate.

Si peindre une toiture en blanc fait gagner quelques degrés, pourquoi ne pas le faire partout ?

Peindre un toit en blanc pour avoir moins chaud

Retour en cours de physique-chimie, où l'on vous apprend que le blanc renvoie la chaleur. D'ailleurs, vos parents ne vous ont-ils jamais dit de choisir des vêtements de couleur claire en été pour avoir moins chaud ? C'est l'effet de "réflexivité" du spectre solaire.

Peindre les toits en blanc fonctionne sur le même principe. Créer un toit froid réduit la propagation de la chaleur dans la maison et n'augmente pas la température sur la surface, contrairement à une couleur foncée. Mais dans l'architecture moderne, l'avènement de nouvelles techniques (tôles, goudron, climatisation) a fait oublier l'évidence de ce processus naturel.

"Aujourd'hui, la plupart des villes ont des revêtements qui emmagasinent la chaleur, et la seule solution proposée contre la chaleur est majoritairement la climatisation", constate Antoine Horellou, directeur général de Cool Roof France, entreprise qui repeint les toits de bâtiments industriels et de logements individuels avec une peinture de son élaboration.

Malheureusement, on ne connait que trop bien les méfaits de la clim sur l'environnement : surconsommation d'énergie, émission de gaz à effet de serre, pollution sonore... Aujourd'hui, le mieux, c'est de s'en passer !

L'idée de peindre les toits en blanc n'est pas une idée farfelue, loin de là. Dans une interview accordée à la chaîne d'information britannique BBC, Ban Ki-moon, ex-secrétaire général de l'ONU, recommande de peindre les toits des bâtiments en blanc. Selon lui, la température interne du bâtiment peut ainsi chuter de sept degrés. Données vérifiées par plusieurs études, menées notamment par l'Université de Grenoble.

Peut-on peindre tout en blanc, partout ?

"Techniquement, on peut appliquer de la peinture blanche sur toutes les surfaces", explique Antoine Horellou. En pratique, c'est un peu plus compliqué.

Au regard de la loi, vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez chez vous. Le Plan Local d'Urbanisme (PLU) impose des règles à l'ensemble des résidents de chaque commune. En fonction de votre PLU, vous pourrez, ou non, repeindre votre toit. "C'est surtout une question de culture. En France, le gouvernement n'a pas encore assimilé les effets positifs du coolroofing", déplore le professionnel.

Il conseille à chacun-e d'aller défendre cette cause auprès des pouvoirs publics. C'est le cas par exemple à Grenoble, où les habitants ont présenté le projet de repeindre tous les toits des bâtiments publics au budget participatif de la ville."C'est du bon sens, ça ne coûte pas grand chose par rapport à l'installation d'une climatisation", soutient Antoine Horellou.

La technique présente tout de même quelques désavantages selon une étude américaine menée par le groupe Heat Island, un laboratoire en charge de trouver des solutions pour rafraîchir la ville. Le blanc est une couleur éblouissante, il est plutôt recommandé de l'appliquer sur des toitures plates, même si dans certaines villes du sud de l'Europe, c'est une pratique assez courante. "Ça n'est pas beaucoup plus réfléchissant qu'une façade, et encore moins qu'une façade vitrée", nuance Antoine Horellou. Il convient de l'entretenir régulièrement pour garder la couleur la plus claire possible.

Toujours selon l'étude américaine, "en hiver, les cool roofs augmentent le besoin en énergie de chauffage dans les climats froids". Mais cet inconvénient reste moindre par rapport au gain en été. Antoine Horellou précise tout de même que cette technique est plutôt adaptée pour les personnes qui cherchent surtout un confort d'été, et qui vivent donc dans une région particulièrement ensoleillée.