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INSECTES - Des étudiants chercheurs à Marseille ont développé un piège pour éradiquer pour de bon les punaises de lit, leurs œufs et leurs larves, sans utiliser d'insecticides.

Tous ceux qui ont eu affaire à des punaises de lit le savent bien, c'est un calvaire de s'en défaire ! Il faut vérifier tous les recoins de sa maison, laver tous ses textiles à chaud, et bien souvent faire appel à des professionnels qui vaporisent tout le logement de produits chimiques. Le pire, c'est que rien ne garantit que vous en serez totalement débarrassé un jour.

Pour faire face à ce problème de plus en plus récurrent, une équipe d'étudiants français, encadrée par le LISM (laboratoire d'ingénierie des systèmes macromolléculaires) de Marseille, a mis au point un piège inédit pour exterminer les punaises de lit : le "Breaking Bugs".

Ce traitement serait bien plus efficace et permettrait de ne plus recourir aux insecticides. Nous pourrions enfin venir définitivement à bout de ces insectes particulièrement coriaces !

Le Breaking Bugs : éradiquer toute une colonie en quelques jours

Le piège se présente sous la forme d'une boîte de quelques centimètres de long. Elle diffuse des phéromones, ces molécules que les punaises de lit sécrètent à travers leurs déjections et qui leur permettent de se repérer dans l'espace.

Les punaises sont ainsi attirées, et une fois dans la boîte, elles sont infectées par un champignon mortel. "Le champignon se fixe et condamne la punaise, qui va pouvoir sortir du piège et infecter le reste de sa colonie", précise Emeline Lemarié, étudiante en microbiologie et membre de l'équipe de chercheurs.

Emeline Lemarié réalise des tests sur le champignon pathogène.

© iGEM Aix-Marseille Université

Pour l'instant, les étudiants estiment que ce piège est capable de tuer une punaise en 7 à 15 jours. Cependant, l'équipe de recherche veut accélérer ce processus et a pour objectif de réussir à tuer les punaises de lit en 3 à 5 jours seulement.

Ce piège va beaucoup plus loin que les produits chimiques : "les insecticides ne tuent ni les œufs, ni les larves, contrairement à notre répulsif qui touche tous les stades de vie de la punaise", nous apprend Emeline Lemarié.

Pour information, les punaises de lit peuvent survivre jusqu'à deux ans sans manger, et une femelle pond jusqu'à 500 œufs dans sa vie. Il faut donc veiller à toutes les tuer !

"En principe, notre piège serait suffisant pour éradiquer toutes les punaises, mais c'est pour l'instant théorique parce que tous les tests n'ont pas encore été faits", explique l'étudiante.

L'équipe va bientôt réaliser des tests en conditions réelles, pour vérifier si un seul piège suffirait à exterminer toute une colonie.

Une alternative aux insecticides : plus écolo et sans danger pour la santé

Le Breaking Bugs est aussi une solution naturelle pour venir à bout des punaises de lit, et enfin cesser d'utiliser des produits chimiques.

"Les solutions actuelles ne sont pas respectueuses de l'environnement, il faut commencer à trouver des solutions biologiques", estime Emeline Lemarié.

En effet, un insecticide ne cible jamais une seule espèce : "en utilisant ce genre de produit, on risque de tuer d'autres espèces, comme les abeilles par exemple", précise-t-elle. Le Breaking Bugs est quant à lui étudié pour s'attaquer uniquement aux punaises.

Emeline Lemarié nous rassure par ailleurs sur les effets de ce champignon sur notre santé : "Ce champignon est utilisé en agriculture depuis une centaine d'années, il a été identifié comme non pathogène pour l'homme".

© iGEM Aix-Marseille Université

Pour accélérer le traitement et pour être sûr-e d'éliminer toutes les punaises, il faudrait tout de même disposer plusieurs pièges dans les endroits susceptibles de contenir des nids, principalement les literies et les recoins sombres.

Si ces pièges devraient permettre de se passer de traitement chimique, d'autres précautions resteront nécessaires. "C'est-à-dire tuer les punaises visibles à l'œil nu et laver tous les draps, pour éviter tout risque de recontamination de l'espace", détaille Emeline Lemarié.

Le but premier des jeunes chercheurs était de participer à l'IGEM (International Genetically Engineered Machine), un concours prestigieux qui a lieu chaque année à Boston, aux Etats-Unis. Mais face à l'engouement suscité par leur invention, ils envisagent maintenant de la commercialiser.