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INITIATIVE - L'association Carton Plein récupère et remet en état des cartons de déménagement. Tout en offrant à des personnes isolées un retour vers l'emploi.

Dans une petite rue piétonne parisienne nichée dans le populaire 18ème arrondissement, à deux pas du bruyant boulevard Barbès, se niche Carton Plein. Impossible de louper cette petite boutique devant laquelle s'entassent vélos et triporteurs. En passant le seuil, on a l'impression d'entrer dans le temple du carton. Partout, du sol au plafond, triés par taille, s'empilent ces boites à qui Carton Plein offre une deuxième jeunesse. Mais ce n'est pas tout.

Cette association, fondée par Francis Bouchiba, ancien imprimeur, et Antoine Aumonier, auparavant directeur des ressources humaines chez Unilever, donne également une deuxième chance à ceux que la vie n'a pas épargnés. En effet, Carton Plein propose à ces personnes en situation d'exclusion des contrats de réinsertion de trois à six heures par semaine afin de les aider à retrouver progressivement le chemin de l'emploi.

La boutique atelier croule sous les cartons de déménagement.

La boutique atelier croule sous les cartons de déménagement. © Clémence Leleu

Forte de son succès, l'association a ouvert en 2014 une nouvelle antenne dans le 14 ème arrondissement. Chaque mois, 6 tonnes de cartons transitent par l'association Carton Plein. De quoi lui permettre de se financer à hauteur de 20 à 25%. Pour le reste, l'association touche des subventions de la part de la région Ile-de-France, la mairie de Paris et de certaines fondations comme la Fondation financière de l'Echiquier.

Francis Bouchiba, bien installé derrière son ordinateur, un oeil sur un tableau Excel, un autre sur les salariés et bénévoles au travail, nous en dit un peu plus sur cette association, qui concilie d'une main de maître réinsertion et développement durable.

Quelle est la genèse du projet Carton Plein ?

C'est un projet qui a beaucoup évolué depuis sa création. Lorsque nous nous sommes rencontrés avec Antoine Aumonier nous avions eu l'idée de nous lancer dans le recyclage de cartons. En 2012, Carton Plein collectait à vélo des cartons des petits commerces ou des entreprises, les nettoyait et les revendait afin qu'ils soient recyclés. Mais ce n'était pas du tout rentable car pour une tonne de carton collecté nous ne récupérions que 80 euros au mieux. Ce n'était pas suffisant pour survivre.

Un client venu récupéré sa commande à l'atelier boutique du 18ème arrondissement.

Un client venu récupéré sa commande à l'atelier boutique du 18ème arrondissement. © Clémence Leleu

Comment s'est opérée la mutation ?

Nous ne voulions pas abandonner. En 2014, on a fait le choix de se tourner vers la vente de cartons de déménagement à des particuliers, à des prix inférieurs à ceux pratiqués dans le commerce. Ça a très vite très bien fonctionné. Les gens les commandent sur internet et se font livrer ou viennent directement à la boutique pour les récupérer.

Le volet de réinsertion était important ?

Tout à fait. C'est même le plus important dans ce projet. Permettre à ceux laissés sur le bord de la route de se réintégrer dans la société et dans le monde du travail. Nous avons deux équipes de 15 personnes réparties sur nos deux sites.

Elles bénéficient du dispositif Premières heures qui leur permet un retour à l'emploi en douceur. Nos “valoristes”, de leur petit nom, puisqu'ils valorisent les cartons mais aussi leur propre personne, sont présents deux fois trois heures par semaines. Pendant ce temps-là ils laissent leurs addictions de côté, sortent de la rue et reprennent peu à peu confiance en eux.

Francis Bouchiba épaule les équipes dans leur travail.

Francis Bouchiba épaule les équipes dans leur travail. © Clémence Leleu

Comment s'organise leur travail ?

Certains vont chercher les cartons chez les particuliers en vélo. Ensuite, ils les amènent dans notre local où ils sont triés. Les cartons non réutilisables sont transformés en résille de protection grâce à notre matelasseuse. Ils serviront de protection pour les produits fragiles à déménager ou comme matière de calage. Ceux en bon état sont déschotchés puis triés par taille avant d'être assemblés en paquets de 10.

Vos valoristes sont également épaulés dans leur recherche d'emploi...

Tout à fait. Sur place nous avons des accompagnateurs sociaux qui vont les aider par le biais d'ateliers de CV ou de lettre de motivation.

Un accompagnateur professionnel les assiste également au début de leur contrat pour leur montrer comment réaliser au mieux leur travail de tri des cartons. Leur apprendre à se repérer dans Paris pour ceux qui se déplacent chez les particuliers. Il faut y aller petit à petit, ne rien brusquer. C'est la clé d'une réinsertion réussie. Chez Carton plein nous sommes 7 encadrants permanents et 2 jeunes en service civique pour accompagner les valoristes.

Geoffrey encadrant technique met lui aussi la main à la pâte.

Geoffrey encadrant technique met lui aussi la main à la pâte. © Clémence Leleu

Enfin quels sont vos projets ?

Depuis un an nous avons étoffé notre offre en proposant de réaliser des petits déménagements, entièrement à vélo. Nous fonctionnons comme un déménageur classique, nous venons faire un devis pour estimer le nombre de voyages puis nous proposons nos services.

Sauf que nous ne déménageons que dans Paris ou sa proche banlieue. Nous entendons donc encore développer cette offre, notamment par l'acquisition de nouveaux vélos. Nous aimerions aussi trouver un nouveau local car celui-ci devient petit. 100 m2 de plain-pied serait l'idéal, si vous avez ça nous sommes preneurs !

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