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TRI - Une grande partie des vêtements donnés termine en Afrique, sur un marché de l'occasion déjà saturé. Alors faut-il arrêter de désencombrer selon la méthode KonMari ?

Marie Kondo, avec sa méthode de tri radicale, nous induirait-elle en erreur ? C'est la question que soulève un article de Slate du 3 juin 2019, au sujet de la papesse du rangement, désormais star d'une émission de coaching sur Netflix.

Les associations caritatives américaines font face à des pics de dons de vêtements après chaque émission, explique la journaliste, Elisabeth Cline. Et ce ne serait pas une si bonne nouvelle que cela.

 

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Quel est le problème avec ce grand tri aux États-Unis ?

Mettre TOUS ses vêtements en tas sur son lit. S'attaquer à la pile débordante, en se posant chaque fois la même question : "Ce vêtement m'apporte-t-il de la joie ?". Voici la méthode de Marie Kondo pour trier de la façon la plus efficace possible. À chaque réponse négative : on jette. Ou plutôt, on donne.

Sauf que tous ces vêtements ne pourront pas forcément être revendus par les associations sur le marché local. Des associations américaines en viendraient même à refuser des dons, ou à payer pour envoyer ces vêtements à la décharge.

Une grande partie des vêtements sont aussi envoyés à l'étranger où ils inondent un marché de l'occasion déjà saturé. "Il y a un surplus inimaginable de vêtements d'occasion, et les négociants se plaignent qu'on les pousse à accepter des conteneurs et des balles de vêtements contre leur gré", explique ainsi la chercheuse Liz Ricketts à Slate.

Cela veut-il dire que nous devons arrêter de donner nos vêtements aux associations ? Voyons déjà, quelle est la situation en France.

Que deviennent les vêtements donnés en France ?

En France, ECO TLC est chargé d'accompagner les fabricants et les consommateurs pour ne plus que les vêtements soient envoyés à la décharge. Selon ses derniers chiffres, en 2017, 223 000 tonnes de vêtements usagés ont été collectées. Est-ce trop pour que les associations françaises puissent les prendre en charge ?

S'il peut y avoir des pics de dons selon les périodes de l'année, tout ce qui est collecté est valorisé d'une manière ou d'une autre. Une partie a été directement revendue ou donnée par les associations. Le reste, 184 494 tonnes, a été redirigé dans des centres de tri.

Là, un peu plus de 40 % ont été recyclés, par exemple pour fabriquer un isolant à partir de jeans, ou brûlés pour produire de l'énergie. 60 % (les vêtements encore en bon état) ont été revendus ou réutilisés, en France mais surtout à l'étranger.

"Bien évidemment, il ne faut pas que l'on fasse des afflux massifs pendant des vingtaines d'années sur l'Afrique, indique Adèle Rinck, responsable communication d'ECO TLC. Mais aujourd'hui, il y a un vrai marché. En France, on a beaucoup trop de fripes par rapport à la demande, même si ça évolue."

Alors, que faire de ses vêtements ?

Le mieux, bien sûr, est d'arrêter la production de déchets à la source, d'acheter moins de mauvaise qualité que l'on ne portera pas, et d'acheter plus de vêtements d'occasion. "Le vrai problème, c'est la surconsommation, il y a  trop de chaussures et de textiles dans les poubelles", considère Adèle Rinck.

Second réflexe à adopter : réparer, pour prolonger la durée de vie de ses chaussettes ou de ses jeans. Si l'on veut être certain-e que nos vêtements encore en bon état serviront vraiment à quelqu'un d'autre, pourquoi ne pas commencer par essayer de les revendre soi-même, les donner à une personne de sa connaissance ou sur l'application Geev ?

Mais, ensuite, déposer ses vêtements dans l'un des points de collecte proches de chez soi (à trouver sur ce site), pour qu'ils soient valorisés du mieux possible, vaut toujours mieux que de les jeter à la poubelle !

Mais il y a un point de l'article de Slate que nous pouvons aussi reprendre à notre compte : prendre davantage conscience du poids de nos déchets. "Si nous pouvions voir de nos propres yeux ce qu'il advient de nos anciens vêtements, [...] nous nettoierions nos maisons comme nous l'avons fait pendant des siècles : lentement, à regret et petit à petit, lentement, à regret et petit à petit", écrit Elisabeth Cline.

Si la méthode de Marie Kondo peut sembler miraculeuse pour se sentir bien, nos objets, une fois passée notre porte, ne disparaissent pas comme par magie !