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BALCONFINÉ - Le collectif artistique Nuit Orange a eu la bonne idée de rendre la culture accessible à tous dans la rue... depuis un appartement parisien !

Des lycéens rigolards, des parents avec leurs enfants, des personnes âgées fascinées et un brin nostalgiques, des cadres en costard, des fidèles venus apporter leur soutien, des sans-abris aussi... Les performances théâtrales du collectif Nuit Orange attirent toutes sortes de badauds. Certains passent juste, d'autres s'arrêtent pour regarder jusqu'au bout. L'atmosphère est détendue, presque libérée, comme si voir un peu de spectacle vivant débloquait chez eux une petite étincelle de vie qui auparavant sommeillait.

"On est deux du collectif à habiter ici, nous explique Marie dans l'appartement transformé en loge et coulisses peu avant le spectacle, c'est le lieu qui a provoqué l'initiative ! C'est la considération de cette place et des possibilités de la fenêtre qui donne dessus." Comédienne et metteuse en scène, Marie a fait le conservatoire dans cet arrondissement de Paris, le XIIIe, qui mixe des populations très différentes. Léna, son acolyte de la troupe aujourd'hui, renchérit : "L'idée vient d'une envie de continuer à jouer, à rester mobilisées dans cette période compliquée. On n'a rien inventé, c'est du théâtre de rue, mais c'est pour aller à la rencontre du public qui aurait envie de cette forme de théâtre impromptue, sans qu'on lui impose quoi que ce soit non plus".

L'avantage du théâtre de rue ? C'est qu'il respecte à la lettre le règles sanitaires et les gestes barrières : distanciation sociale, plein air, durée courte (moins d'un quart d'heure), masques portés lorsque les comédien-nes sont dans la rue avec le public... Mais ce n'est pas tout : le balcon est aussi un lieu emblématique du théâtre, de Roméo et Juliette à Cyrano de Bergerac, en passant par L'Ecole des femmes de Molière ou Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Il peut aussi facilement se plier aux exigences d'autres scènes, chaque fenêtre représentant juste un personnage, et l'immeuble se transformant en petit calendrier de l'Avent dramaturgique.

Une pandémie mondiale peu propice à la création

"C'est intéressant de tester de nouvelles formes, confie Marie, de réfléchir à une forme en fonction de ce qu'on a sous la main et de l'environnement. Qui est où ? Quel rapport de force entre les personnages, quel rapport à la liberté ? Pour la première fois, on mobilise le voisinage, on sera chez une voisine de palier et chez ceux du dessus, ça veut dire que les gens ont bien reçu le projet, rien qu'avec ça on se sent soutenu !"

Les contraintes ont inspiré nos deux metteuses en scènes, qui ont su en tirer parti, même si Léna regrette les jours anciens : "C'est vrai qu'on s'adapte, on envisage les conflits dans les scènes sans se toucher, sans être proche... mais ce n'est pas une alternative à ce qu'on pourrait faire avec un plateau et des tas de gens qu'on rassemble, c'est juste qu'on n'a pas le choix. On fait avec, mais ça doit rester éphémère."

"Ça doit servir de transition, approuve Marie, les contraintes nourrissent la créativité, mais de là à penser qu'un contexte de pandémie mondiale est favorable à la création, c'est faux ! On a exhorté les artistes à créer durant le confinement, mais ce n'est pas une période propice à la création, on ne fait rien de bien dans la peur." Difficile de se projeter sans un horizon clair en effet, alors la troupe se réjouit déjà de voir un public grandissant venir les voir, faire preuve d'un "désir commun" de culture. Avant des jours meilleurs.