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RURALITÉ - Longtemps délaissée au profit des milieux urbains, la campagne française retrouve un nouveau souffle grâce à des initiatives locales qui se multiplient.

Alors que la population est particulièrement condensée dans les zones urbaines (un Français sur deux vit dans l'une des communes de plus de 10 000 habitants, qui ne représentent que 2,6% des communes), les Français semblent se réintéresser à ce qu'il se passe à quelques kilomètres des pôles urbains. La campagne fourmille de projets visant à redynamiser des territoires désertés ces vingt dernières années.

Parmi eux, Le champ commun. Lancé au début de l'année 2009 dans la commune d'Augan en Bretagne, il est décrit par Mathieu Bostyn, l'un de ses fondateurs, comme un projet politique au sens noble du terme.

"Nous nous sommes implantés dans une zone en déshérence, explique-t-il. Les services publics disparaissent peu à peu, il n'y a aucun réseau de transport en commun. Nous souhaitions donc reconstruire une économie locale en coopération avec les citoyens."

Le champ commun se compose d'une épicerie qui fait également relais postal, d'un estaminet, d'une microbrasserie et d'une radio associative. L'ouverture d'une auberge est en ce moment en projet.

Faire revivre les petites communes

Leur force ? Travailler avec des producteurs locaux afin de renforcer le maillage entre leurs activités et les habitants. "La force de cette commune est son fort tissu associatif. 60% de nos associés sont du coin. Mais nous n'étions pas forcément attendus."

Aujourd'hui, Le champ commun est porté par 158 associés et est fier de payer des impôts depuis deux ans. "Pour certains, dire quelque chose comme ça est une hérésie mais pour nous c'est une fierté. Nous respectons notre engagement en continuant de porter des valeurs qui sont les nôtres", poursuit Mathieu Bostyn.

Autre commune, autre projet. À Royère de Vassivère, c'est L'Atelier qui redonne des couleurs à ce petit village de 628 habitants. Bar, boutique, restaurant mais aussi programmation culturelle, bureaux mutualisés et point multimédia, L'atelier ne manque pas d'idées.

Après plus de 10 ans d'existence, 11 personnes y travaillent en CDI. Entre autres évènements culturels proposés : un à deux concerts par mois dans l'année, jusqu'à deux par semaine l'été, et un ciné-club.

Côté boutique, on trouve des produits des producteurs locaux, mais aussi quelques vêtements et produits issus du commerce équitable.

Travailler au vert

Mais, les nouvelles initiatives ne se cantonnent pas au milieu culturel et aux services de proximité. En témoigne La mutinerie village, un espace de co-working implanté dans le Perche, créé par Antoine van den Broek, jeune entrepreneur de 33 ans.

"Nous avions déjà un espace de co-working dans le 19ème arrondissement de Paris depuis 4 ans, raconte-t-il. Il y a deux ans, nous avons bossé sur ce projet de Mutinerie village, qui a été mis sur pied en mai 2014."

Sur la commune de Saint Victor de Buthon, cet espace de co-working accueille pour quelques jours des travailleurs nomades qui ont besoin de venir se mettre au vert pour booster leur créativité, et des start-up ou des associations qui viennent y développer leur projet. La mutinerie village propose aussi des formations en informatique.

On y travaille en groupe, mais on y vit également ensemble. Les locaux disposent de trois chambres doubles, d'un grand dortoir et d'un réfectoire, pour des dîners animés. Le tout, au beau milieu de la verdoyante vallée du Perche.

Ici encore, pas question d'implanter uniquement une structure hors-sol parisienne. La mutinerie village, qui emploie deux personnes sur place, s'investit beaucoup, notamment en participant à des manifestations et en travaillant avec des artisans locaux.

"En plus de notre espace de co-working, nous disposons d'un petit fablab où le collectif Superlipopette est en résidence, détaille le fondateur. Nous avons également développé un potager en permaculture et travaillons actuellement avec une association sur un projet de micro-ferme."

La désertification, une “légende urbaine” ?

Alors, la désertification rurale est-elle toujours d'actualité ? Pour Cédric Szabo, directeur de l'Association des Maires Ruraux de France, ce terme est tout simplement "une légende urbaine."

"Depuis 1979, la population des campagnes n'a de cesse d'augmenter, contrairement à la population urbaine qui elle, recule. Les acteurs ruraux sont extrêmement mobilisés depuis des années”, explique, non sans verve, le directeur. Avec les 36 000 communes que compte l'Hexagone, l'action est démultipliée sur l'ensemble du territoire, difficile donc d'avoir une vue globale sur la situation des campagnes françaises.

Plus qu'un déplacement des populations, il confesse une tendance à l'émiettement des services publics. "Les bureaux de poste ferment, certains médecins ne sont pas remplacés. C'est plutôt cela qu'il faut déplorer", note Cédric Szabo.

Avant de poursuivre : "Sur le terrain, beaucoup de maires nous expliquent qu'ils ont changé de métier. Auparavant, leur tâche était de faire vivre ensemble les gens du coin. Désormais, ils doivent faire coexister les populations locales et celles qui n'ont pas de lien originel avec leur région."

Tout l'enjeu de la redensification des campagnes française se trouve sans doute ici. Réussir à créer de nouveaux projets, de nouvelles aires d'activité, qui mélangent harmonieusement gens du cru et nouveaux arrivants.