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CONSEILS - La guérison passe en partie par le repos à la maison. Avec le tri ou le bricolage pour se vider la tête, tout en étant dans l'action.  

“Le boulot, c'est le boulot. Quand il faut y aller, il faut y aller.” Voilà ce que Cécile, 55 ans, “élevée à la dure”, se disait pour tenir face à un employeur qui lui demandait de faire mieux chaque année, malgré une charge de travail déjà très intense. 

Mais un matin, il y a deux ans, la bulle dans laquelle elle s'enfermait pour se protéger a éclaté. Cécile, qui, dans sa vie personnelle, avait vécu plusieurs décès très rapprochés, était arrivée au bout de ses forces. Son arrêt de travail a duré 9 mois puis elle a négocié une rupture conventionnelle. 

Aujourd'hui, elle estime que son burn out, en l'obligeant à s'écouter, lui a “sauvé la vie”. Elle a repris contact avec des amis, s'est remise au jardinage, a commencé à collecter toutes les idées et les envies qui lui venaient dans un classeur. 

“Un peu plus d'un an après mon burn out, même si j'avais beaucoup récupéré de mon pétage de plombs, j'avais encore des points bloquants”, se souvient-elle. C'est à ce moment-là qu'elle a découvert par hasard la page Facebook Mon Intérieur Mon Havre de Paix. La décoratrice d'intérieur Mariane Léger y propose d'accompagner des personnes épuisées - souvent des femmes - pour repenser leur logement et y puiser de nouvelles ressources. 

© Getty Images / Zbynek Pospisil

Avec son aide, Cécile a commencé à désencombrer son appartement et à y voir plus clair sur ses projets futurs. Mais comment prendre soin de sa maison peut-il aider à se remettre d'un burn out ? Après tout, celui-ci est causé par le stress professionnel et appelle avant tout des changements dans le cadre de travail, non ? 

Le burn out n'est pas la dépression

Pour comprendre comment l'habitat peut jouer un rôle dans le rétablissement après un burn out, il faut d'abord bien distinguer ce syndrome de la dépression. 

Comme l'explique la psychologue clinicienne et psychothérapeute Catherine Vasey dans son livre Rester vivant au travail (Dunod, réédition en avril 2020), la dépression est une maladie psychique, diagnostiquée lorsque l'on présente durablement plusieurs symptômes précis (tristesse, perte d'intérêt et du plaisir, dévalorisation, idées de mort, ralentissement psychomoteur…). Le burn out, lui, est un épuisement dû au stress chronique au travail.

“Pendant des années, on a confondu les deux. Mais c'est très important de faire la différence car la prise en charge n'est pas la même. Dans les dépressions graves, les antidépresseurs sont indispensables alors que dans le burn out, ce n'est pas une aide”, explique Catherine Vasey.

Dans sa pratique, elle a observé que “malgré un moral “dans les chaussettes”, les victimes de burn-out bénéficient d'une bonne et solide santé psychique.” Elles peuvent donc, avec un accompagnement par un-e professionnel-le, se mobiliser pour se remettre en action.

Faire le tri pour retrouver de l'énergie 

Catherine Vasey distingue trois phases pour traiter un burn out : 

1 - remonter le niveau d'énergie (pour cela, le repos ne suffit pas, il faut une activité physique pour cadrer les ruminations), 

2 - changer ses habitudes pour sortir de sa zone de confort et trouver de nouvelles façons de se ressourcer, 

3 - retourner au travail au bon moment et avec les changements nécessaires. 

“Souvent, la personne a développé avec l'épuisement un sentiment d'impuissance, c'est important de lui redonner un sentiment de contrôle dans la première phase, en lui soumettant des tâches et des activités”, explique Catherine Vasey. Et c'est là que la maison peut entrer en œuvre. 

Elle cite par exemple cette patiente, qui était trop angoissée après son burn out pour sortir de chez elle. Après avoir cherché une activité simple, qui ne la faisait pas trop sortir de sa zone de confort, elle a commencé à repeindre une par une les portes de sa maison. Avant de s'attaquer à tous les murs, jusqu'à finalement retrouver son dynamisme et remettre le nez dehors. 

Plus généralement, la psychologue recommande fortement de se lancer dans un grand tri. “C'est incroyable comme le fait de mettre de l'ordre chez soi est satisfaisant, apaisant et nous permet aussi de mettre de l'ordre dans le chaos intérieur de nos pensées et de nos émotions. Un critère de tri intéressant à explorer : garder tout ce qui nous donne de la joie, le reste est éliminé et recyclé !”, développe-t-elle dans son livre, en clin d'œil à la célèbre méthode de Marie Kondo

C'est exactement ce qu'a expérimenté Cécile. Comme elle vivait seule, elle se sentait parfois dépassée à devoir tout gérer. Alors, une fois par semaine, elle a fait le point avec Mariane Léger par vidéo-conférence, pour trouver l'impulsion puis progresser. “Avoir une personne pour mettre de l'objectivité et du positif, ça permet de chasser le doute. Ce rendez-vous, ça me boostait, raconte Cécile. J'ai fait tous mes placards, tout vidé, tout nettoyé, tout optimisé. Ça m'a soulagé d'un poids, j'étais fière d'y être arrivée.” 

Mais pour que le tri enclenche un processus de guérison, il faut d'abord comprendre pourquoi on a fait un burn out, insiste Mariane Léger. “Il faut aller chercher des éléments de réponse à l'intérieur de soi, par le biais de la sophrologie, de la psychologue, de l'hypnose, ou encore de la méditation... C'est souvent une phase que l'on ne peut pas affronter seul”, explique-t-elle. 

Quand on cumule burn out et charge mentale

L'entourage, s'il est très souvent un soutien, peut aussi parfois ajouter de l'épuisement à l'épuisement ? Le burn out, s'il naît dans la sphère professionnelle, ne s'arrête pas à la porte de la maison. 

“J'ai entre 300 et 500 personnes inscrites à mes conférences toutes les semaines, et je me rends compte qu'elles sont un certain nombre avec un conjoint qui est dans une forme de démission. Elles bossent, elles s'occupent des enfants, de la maison, et ne se sentent pas soutenues”, témoigne Mariane Léger, illustrant le concept de charge mentale

Mariane Léger sait d'autant mieux de quoi elle parle, qu'elle est passée par là. Au moment de son burn out, elle était viticultrice avec son ex-mari et gérait le quotidien à la maison en parallèle de ce travail très prenant. Elle a divorcé, déménagé et pris le temps de repenser sa nouvelle maison. C'est à ce moment-là qu'elle s'est reconvertie en imaginant une nouvelle activité, entre décoration, médecine chinoise et développement personnel. 

“Dans ma façon de faire, il y a le bien-être et le bien vivre ensemble”, poursuit-elle. Concrètement, elle amène ses clientes à penser à elles : se créer un vrai coin lecture, pas seulement un bout de canapé entre deux piles de linge, reposer ses limites et mieux distribuer les tâches… 

Mais elle utilise aussi des outils de communication non violente pour que chaque membre de la famille exprime ses propres besoins. Cela peut passer par des choses très simples, comme discuter de l'emplacement du panier à linge sale pour que ce soit le plus pratique pour chacun. Ou par de nouveaux rituels : chez Mariane, chaque semaine, le grand ménage en commun était l'occasion pour ses enfants de lui faire découvrir de nouvelles musiques. 

Dans tous les cas, rebattre les cartes de sa vie à la maison aide à retrouver un équilibre. Pour retourner au travail dans de bonnes conditions, avec une base arrière pour se ressourcer… ou définir un nouveau projet. Comme Cécile, qui prévoit de vendre son appartement dès qu'elle aura fini de trier ses affaires. Pas question de retourner dans un bureau, elle souhaite désormais ouvrir une maison d'hôtes en Bretagne.

Pour aller plus loin

Le site No burn out et le livre La boîte à outils de votre santé au travail (Dunod, janvier 2020) de Catherine Vasey.