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BALADE PHOTOGRAPHIQUE - Julien passe plusieurs heures par jour à chasser les ombres et les lumières, à la recherche du détail architectural qu'il pourra prendre en photo.

Dans la rue, vous voyez des trottoirs moches et des façades grises. D'autres voient de belles compositions de triangles, de cercles et de carrés. C'est le cas de l'instagrameur _Blank.City_, qui tous les jours arpente Marseille pour prendre en photo les murs de sa ville. Mais n'y voyez pas les clichés d'un simple tourisme, le photographe pratique l'architecture porn.

Traduite en français par "pornographie architecturale", cette tendance consiste à publier des clichés architecturaux géométriques et bien composés sur les réseaux sociaux. Façades colorés, ombres de palmier, fenêtres arrondies… Tout y passe sur le compte de Blank.City, pourvu que ce soit graphique.

“Mon travail, c'est un peu comme un document vivant de la ville. Il y a plein de Marseillais qui me demande où je prends mes photos. Levez les yeux ! Si vous ne cherchez pas la forme, vous n'allez pas la trouver.

Le rendez-vous est donné au Vallon des Auffes, un coin chic de Marseille, où les immeubles semblent se grimper dessus tant l'endroit est valloné. C'est le terrain de jeu préféré du discret Julien, libraire de profession, qui se cache derrière ce profil aux milliers d'abonnés.

Avec lui, on découvre d'un autre œil ce quartier qui ne semble pas très photogénique au premier abord. L'occasion de glaner quelques conseils pour faire d'aussi belles photos (ou pour essayer, au moins).

Arpenter la ville sans relâche

J'aime bien marcher, surtout après le travail. Il arrive que je marche 4 heures pour avoir au moins 5 bonnes images. Et j'y vais presque tous les jours”, nous raconte Julien, alors que nous remontons une rue en pente qui nous éloigne du petit port.

“ Parfois ça dure dix minutes, il n'y a rien qui me plait, la lumière n'est pas belle alors je rentre chez moi. C'est vraiment un feeling. Avant l'architecture, c'est vraiment ma fascination pour la couleur qui m'attire.” Au départ, le photographe a posté quelques photos sans y croire vraiment, et puis finalement, il s'est pris au jeu.

Chasser les jeux d'ombre et de lumière

Maintenant, rien n'est vraiment laissé au hasard. Tous les jours, il consulte l'application Golden Hour, qui lui indique les moments d'ensoleillement à Marseille. Pour un photographe, l'inclinaison et la chaleur des rayons du soleil sont très importants pour un cliché réussi.

Il passe et repasse dans les mêmes lieux, pour traquer des formes sur les murs qui n'étaient pas là hier. Julien s'amuse quand il prend des photos, c'est un chasseur d'ombres et de lumières.

“Le tout, c'est de venir plusieurs fois au même endroit. La lumière change, parfois elle est bizarre, un peu rasante, elle coupe plein de lignes. Et parfois, je trouve énormément de choses à photographier.”

On s'arrête enfin devant un premier immeuble, qui n'émoustille pas vraiment notre vision d'artiste. Et pourtant…

Cet immeuble, d'après Julien, est un bon exemple de son travail. Aujourd'hui, pas de chance, il fait gris, le soleil ne laisse aucune trace sur les murs. On prend une photo, mais elle n'a rien d'extraordinaire. Le photographe nous montre une de ses productions, pour voir ce à quoi le petit hall d'entrée peut ressembler, baigné dans la lumière.

“À Marseille, il y a beaucoup de façades roses. En gros, quand la lumière tape sur du rose, c'est super attirant. Et ça plait beaucoup.”

détail d'immeuble Marseille _Blank.City_

À gauche, notre journaliste, à droite, le photographe. © _Blank.City_

Oser quelques extravagances

Julien se souvient exactement de l'image qui a fait décoller son compte. Un détail d'une piste de course, à la Ciotat. Une photo détonante dans son feed, lui qui ne postait d'ordinaire que des murs rose pastel et des morceaux de ciel bleu.

“Je l'ai posté sans y croire, et j'ai eu des retours fou. Ça m'a ouvert complètement d'autres portes. C'est la première fois que j'avais autant de likes. Quand tu commences à avoir des abonnés, tu ne veux pas les décevoir, tu penses que tu dois faire tout le temps la même chose, alors que c'est faux. Il y a plein de manière d'évoluer.”

Détail de piste de course, La Ciotat. _Blank.City_

Détail de piste de course, La Ciotat. © _Blank.City_

Le photographe s'autorise désormais quelques extravagances en retouchant ses photos. Par exemple, il change la couleur des éléments pour varier les nuances. Justement, il nous montre sur son smartphone une photo qu'il est en train de préparer.

“Tu vois là, c'est la photo originale. Par rapport à celle-ci, je n'en rajoute pas trop. Ici, le ciel a une dominante de violet. Je bouge simplement les courbes pour accentuer certains coloris. Mais c'est un autre boulot de coloriser. Moi ce que je préfère, c'est vraiment la photographie.”

photos colorées de Marseille _Blank.City_

Les photos colorisées. © _Blank.City_

S'accrocher aux détails

Finalement, on comprend bien qu'il n'y a pas besoin d'un matériel hors de prix, mais plutôt d'un œil averti. Car il faut avant tout savoir composer avec les ombrages et les rayons lumineux, qui jouent avec les détails des bâtiments et soulignent les contours.

“Je prends des photos de grands espaces, et je regarde presque à la loupe s'il n'y a pas des choses que je n'aurais pas vu avant. Tu peux prendre ton temps pour voir les formes qui se dessinent. Souvent, je recadre.”

détail d'immeuble Marseille _Blank.City_

Jeu d'ombre et de lumière. © _Blank.City_

Ne soyez donc pas étonné-e si vous croisez Julien, derrière son objectif, fixer les façades des immeubles, à la recherche de la photo parfaite à ses yeux.

“Des fois, je passe 5 minutes à chercher avec mon appareil photo. Les gens qui sont chez eux et qui me voient doivent penser que je veux les prendre en photos. Parfois, je me fais engueuler. Maintenant, j'attends que la personne s'en aille pour éviter les situations gênantes.” Les pompiers lui ont aussi demandé de supprimer une série car Julien photographiait un bâtiment militaire, ce qui est interdit.

On continue la balade, et le Marseillais nous emmène vers d'autres immeubles, non loin de là, qu'il adore photographier sous tous les angles.

Se déplacer pour trouver d'autres points de vue d'un espace

Julien nous lance à présent un défi. Faire une jolie composition des deux immeubles qui se trouvent en face de nous. Premier réflexe : les prendre un par un, la cime se détachant dans le ciel.

haut d'immeuble Marseille _Blank.City_

À gauche, notre journaliste, à droite, le photographe. © _Blank.City_

haut d'immeuble Marseille _Blank.City_

À gauche, notre journaliste, à droite, le photographe. © _Blank.City_

“En fait ici, il y a aussi une forme cachée, que l'on trouve seulement si on se déplace. En fait, si tu viens par ici, le rouge est aligné sur l'autre bâtiment.” Il nous montre ainsi les clichés que lui a fait de l'endroit.

détail d'immeuble Marseille _Blank.City_

À gauche, notre journaliste, à droite, le photographe. © _Blank.City_

À la fin de la visite, Julien nous confie que son travail inspire des peintres, des dessinateurs ou encore des étudiants en arts.

“Une étudiante hongroise m'a contacté, car elle voulait partir de mes images pour créer des robes.” Au début, il n'y croyait pas, et puis un jour, il a reçu les photos, elle avait organisé un défilé avec ses vêtements inspirés de ses clichés.

Voilà, Julien vous a livré de précieux conseils pour réussir vos photos. À vous de jouer maintenant !