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DÉCOUVERTE - Les scénaristes de cette bande dessinée sont eux-mêmes partis à la rencontre des acteurs de la permaculture. Ils nous partagent un récit motivant et des solutions applicables au quotidien !

Un truc de bobo, la permaculture ? Une technique de jardinage que l'on ne pourrait mettre en pratique qu'à la campagne, et que les citadins feraient mieux d'oublier ?

C'est précisément contre ces idées reçues que se dresse la bande dessinée Permacomix, publiée aux éditions Rue de l'échiquier par Cécile Barnéoud, illustratrice, et Guizou.

Derrière ce pseudonyme se cache un couple de scénaristes, "permaculteurs invétérés et acteurs engagés de la transition". Eux-mêmes ont participé à des cours de permaculture. Ils ont découvert que, s'il s'agissait au départ de refonder un modèle agricole durable, cette philosophie pouvait s'appliquer au quotidien, au jardin, mais aussi dans la maison, ou encore dans les relations avec leur voisinage... autour de règles éthiques qui recommandent d'être attentif à la fois à la nature et à l'humain.

"Cette année de découverte a été un vrai tournant dans notre existence. On était un peu des « extraterrestres sympathiques » pour notre entourage et rencontrer tant de personnes conscientes des enjeux d'aujourd'hui et avec la volonté d'agir quitte à transformer du tout au tout leur existence nous a fait un bien fou !", confient-ils.

En plus de transposer les principes de la permaculture dans leur vie, du zéro déchet à la rénovation écologique de leur maison, ils ont décidé de transposer leur prise de conscience en bande dessinée, à travers deux personnages de fiction... qui leur ressemblent.

18h39 : Pourquoi avoir voulu raconter la transition d'un couple vers une vie guidée par les principes de permaculture ? 

Guizou : Lorsque l'on prend du recul sur notre société et qu'on réalise à quel point elle nous mène droit dans le mur, on ne peut plus rester les bras croisés. C'est ce qui arrive à Gaëtan et Izia et c'est ce qui nous est arrivé à nous aussi.

La permaculture constitue selon nous une réelle alternative aux maux de notre société. On avait à cœur d'écrire un ouvrage accessible au plus grand nombre pour présenter ces solutions à appliquer dans notre quotidien et à plus grande échelle et ainsi semer un maximum de graines qui, on l'espère de tout cœur, germeront.

© Cécile Barnéoud / Guizou

Cette BD fait partie des actions qui nous permettent de donner un sens à notre vie en sensibilisant et en donnant des pistes de solutions. Un libraire, que l'on remercie chaleureusement, a écrit que Permacomix "est un livre à mettre entre toutes les mains pour préparer le monde demain". Il ne pouvait pas nous faire un plus beau compliment !

18h39 : Pourquoi avoir mis en images un couple précisément ? Etait-ce particulièrement important pour vous de montrer la difficulté de changer de vie à deux, les tensions, les débats qui peuvent naître ? Avez-vous observé ou expérimenté ces difficultés ?

Guizou : Oui, on a vécu cette quête de sens. On souhaitait devenir acteurs de la transition et on est partis à la rencontre de celles et ceux qui ont parfois tout lâché pour suivre leurs valeurs. On tenait à montrer la réalité d'un changement de vie, sans trop édulcorer la chose, sortir du cliché permaculture = petite maison dans la prairie, et expliquer qu'elle nous invite, non sans difficultés, à prendre la responsabilité de nos actes et à retrouver notre place en tant qu'espèce parmi d'autres sur la planète, en respectant le fonctionnement de la nature. Elle nous guide, par l'exemple, pour unir nos forces pour inventer et préparer au mieux la société "post-énergies fossiles à volonté" et "post-croissance illimitée".

Izia est très terre à terre, là où Gaëtan est plus rêveur en quelques sortes et se laisse envahir par l'enthousiasme. Elle se projette dans l'avenir en voyant le négatif qui pourrait découler de ce mode de vie, là ou Gaëtan visualise d'abord le positif. Finalement ils se complètent même si au début ça n'était pas évident ! Ça nous ressemble bien.

La permaculture invite à se reconnecter à ralentir et prendre un réel plaisir en se concentrant sur l'essentiel.

Guizou
© Cécile Barnéoud / Guizou

18h39 : Même si Izia et Gaëtan trouvent un compromis qui leur correspond en restant habiter en ville, à la fin, ils cochent toutes les cases pour réduire leur empreinte carbone et réussir leur transition. Mais cela peut sembler difficile de tout faire parfaitement... Comment ne pas se sentir découragé-e face à l'ampleur de la tâche ? 

Guizou : L'idée n'est justement pas de tout faire parfaitement tout de suite mais au contraire de commencer par prendre du recul pour se questionner sur son mode de vie actuel, sur ce qui nous rend vraiment heureux, ce qui nous attriste, ce qui est essentiel, ce qui est en fait superflu, se renseigner sur les conséquences de nos actes au plus près et au plus loin de nous, découvrir avec joie les alternatives existantes… et seulement ensuite d'élaborer son plan d'action pour changer les choses à son rythme et à son échelle et encourager les autres à le faire, individus, entreprises et gouvernements.

La permaculture invite à se reconnecter à son essence, ralentir et prendre un réel plaisir en se concentrant sur l'essentiel. Cela peut passer par exemple par reprendre du plaisir à mieux manger en découvrant les joies de cuisiner les légumes bio de son maraîcher que l'on connaît personnellement, remplacer les heures de visionnage de vidéos YouTube chacun sur son écran par des sessions de jeux de société en famille, entre amis ou voisins, ou même oser changer d'emploi pour faire enfin quelque chose qui nous plaît vraiment et semble cohérent avec la société que l'on veut construire!

L'important est de commencer à agir et de se réjouir de chaque pas dans la bonne direction. Vous verrez, on y prend vite goût et les pas se feront naturellement de plus en plus grands. D'autant plus si on les partage avec d'autres.

© Cécile Barnéoud / Guizou

18h39 : Vous parlez de la façon dont la permaculture peut aider à la prise de décision en groupe, que ce soit dans une ferme gérée par un collectif ou dans un immeuble avec ses voisins. Pouvez-vous nous donner un exemple "d'outil" dont vous vous servez quotidiennement ? 

Guizou : Un des principes de la permaculture est de prendre soin de l'humain : dans un collectif, c'est prendre en considération les envies et besoins de chacun, savoir écouter les autres, savoir se mettre à leurs place pour prendre des décisions adaptées à tous. Dans cette démarche, plutôt que d'adopter une structure pyramidale ou un mode de vote où la majorité imposerait sa décision aux autres, pour les initiatives entre voisins par exemple on utilise un mode de décision par consentement.

Ici, pour chaque proposition un tour de table de parole permet de s'assurer que personne n'a d'objection forte. L'idée est que chacun puisse vivre avec cette décision. Si l'un des membre émet une objection, alors le groupe travaille à modifier la proposition pour lever cette objection. Et ainsi de suite.

La Communication Non Violente (CNV) se révèle être également un outil très puissant pour facilité la communication lorsque des émotions sont en jeu. Ce n'est pas une formule magique et il n'est pas toujours évident de l'appliquer quand on est énervé, mais avec le temps on y arrive de mieux en mieux et les échanges sont bien plus constructifs.

18h39 : A quoi ressemblerait pour vous une maison "idéale", construite selon les principes de permaculture ? Votre maison y ressemble-t-elle ? 

Guizou : Ce serait un logement qui respecte son environnement, dont la construction a eu le minimum d'impact possible, fabriqué au maximum avec des matériaux naturels locaux (pierre, bois, terre, paille…) et dont l'usage consomme le moins de ressources possibles et émette le moins de gaz à effet de serre. C'est donc un logement de petite taille, confortable, très bien isolé, rénové de façon écologique plutôt que construit à partir de zéro, pour ne pas artificialiser plus de terres et pour émettre un minimum de CO2.

Comme on l'indique dans le livre, la construction d'un mètre carré d'un logement classique en béton émet en moyenne 425 kgCO2e/m² contre à peine 35 kgCO2e/m² pour de l'éco-rénovation. On est d'ailleurs nous-mêmes en pleine éco-rénovation de notre logement, un logement intergénérationnel avec des espaces partagés.