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CYCLO NOMADE - Il se fait appeler Max le Bourlingueur. Accompagné de ses 2 chiens, il pédale sur les routes de France depuis plus d'un an avec son vélo-roulotte.

"Je n'avais pas fait de vélo depuis mes 21 ans ! Et me voilà avec l'idée de vouloir faire le tour de France !", s'amuse d'emblée Max quand on lui demande de nous raconter son histoire.

Il y a quelques années, ce quadragénaire a eu l'envie de troquer sa vie de sédentaire pour une vie de nomade. Se passionnant pour la poésie, le slam et l'harmonica en tant qu'amateur, il avait toujours rêvé de devenir artiste itinérant. C'est en voyant son ami Sunshine Freeman vivre dans un vélo-roulotte que Max le Bourlingueur décide de s'en inspirer et de se lancer, lui aussi, dans l'aventure. Au début, il fait une pause dans son travail pour partir à vélo avec une petite remorque pour enfant sur les routes d'Écosse, puis il sillonne quelques routes en Belgique et en France. Ce premier voyage, qui aura duré un peu moins d'un an, lui a tout de suite fait comprendre qu'il voulait plus : voir plus grand, et avec toujours plus de liberté.

Max retourne ainsi travailler pendant 2 ans afin de mettre de l'argent de côté. En juin 2020, il quitte son travail pour se consacrer à la création de sa roulotte. Aidé de ses 2 amis, l'un soudeur et l'autre architecte d'intérieur, il finit de construire sa mini-maison sur roue en avril 2021. Le mois suivant, il s'installe dedans et entame son tour de France. Accompagné de son husky Nouchka et de son border collie Minos, Max a déjà fait plus de 3 500 km de route en un an !

Minos, Max et Nouchka ! © Max le Bourlingueur

La vie à bord d'un vélo-roulotte

Son vélo est un trike, appelé aussi tricycle couché. Il possède une batterie électrique pour pouvoir pédaler plus facilement sans forcer, même s'il est obligé de faire certaines côtes trop raides à pieds. Il a d'ailleurs aménagé un système de poulie pour lui éviter que la roulotte ne pèse trop sur le vélo lors des montées ou des descentes.

Un petit toit a été ajouté au dessus du vélo pour lui permettre d'avoir la tête au sec lorsqu'il pleut. On y aperçoit aussi 4 panneaux solaires. "Au départ, c'était pour alimenter le moteur de mon vélo, mais la batterie consommait trop d'électricité et je n'en avais plus pour mon propre confort. Maintenant ils me servent pour recharger mon téléphone ou mon ordi par exemple".

Il parcourt entre 20 et 25 km par jour, la plupart du temps sur les pistes cyclables. Et lorsqu'il s'arrête, il évite au maximum de bivouaquer aux abords des villages, "afin de ne déranger personne". Mais il reste tout de même sélectif et choisit toujours le meilleur endroit pour lui et ses chiens : "J'essaye de localiser en amont sur le GPS un petit coin proche d'une rivière ou d'un lac, un endroit sympa et agréable pour passer la nuit !".

Toujours trouver un endroit agréable pour s'arrêter ! © Max le Bourlingueur

Sa mini-maison possède 2 fenêtres "celle à l'avant a même des petits rideaux écossais", tient-il à préciser. À vide, la roulotte fait 85 kg. Cette dernière possède un petit coin table à manger/bureau, où il y a même un trou pour poser sa tasse. En dessous, Max a installé 2 batteries, un convertisseur et un régulateur pour avoir de l'électricité. 

Sans avoir une cuisine tout équipée, il a de quoi se préparer de bons petits plats. Réchaud, casserole, wok... Il lui arrive même de se faire des crêpes ! "Il ne faut pas oublier de se faire plaisir. Il faut bien manger, c'est très important pour le moral, car quand l'appétit va, tout va !", s'exclame-t-il.

Il y a ensuite le coin lit qui se trouve au dessus des roues. Avec une roulotte de 86 cm de largeur, il peut installer un vrai matelas une place. En dessous, lorsqu'il écarte les lattes, on retrouve des coffres de rangement qui permettent de stocker toutes les affaires de Max.

L'intérieur de la roulotte © Max le Bourlingueur

Et pour le coin salle de bains, il a tout prévu. Avec une bâche, il se crée une petite cabine de douche à l'arrière de sa roulotte. Il a accroché une grosse poche d'eau à une barre télescopique. Celle-ci étant noire, elle emmagasine la chaleur du soleil en journée pour lui offrir une douche (plus ou moins) chaude. "Sinon, lorsque je suis sur les côtes, il y a généralement des capitaineries avec des douches en libre accès. Il m'est aussi arrivé que des habitants, à qui je demande simplement un peu d'eau, me proposent de venir chez eux et d'utiliser leur salle de bains. Les gens sont très gentils !". 

Le bivouac est installé © Max le Bourlingueur

"J'ai un chauffage aux poils !"

"Ce qui est bien c'est qu'avec mes chiens, je peux me garer n'importe où, ils surveillent la maison !", s'amuse-t-il à dire fièrement. Ses 2 toutous l'accompagnent partout et participent même pour tirer de la roulotte. "J'essaye de les placer chacun d'un côté de la roulotte. Ça marche un peu... Mais Nouchka aime tellement être à côté de Minos que je les attache comme ça seulement un jour sur deux". 

Très soucieux de leur bien-être, Max adapte la cadence en fonction de ses compagnons à 4 pattes : ils avancent ensemble, en fonction des capacités de chacun. "J'ai eu Nouchka lorsqu'elle était encore un bébé. On a quand même pas mal ralenti la cadence le temps qu'elle grandisse. Il fallait faire beaucoup de pauses pour la faire sortir et l'entrainer à marcher à côté. Au début, je poussais même le vélo à côté d'elle pour l'habituer". 

Petite pause au bord de l'eau © Max le Bourlingueur

Et si Nouchka a bien grandi, elle se débrouille à merveille. "On arrive à faire 20-25 km par jour. Ça me va, l'idée ce n'est pas de faire la course". Dès qu'ils commencent à dépasser cette distance, Max s'arrête pour éviter de s'inquiéter inutilement. "Je ne veux pas qu'il aient des blessures aux pattes pour quelques kilomètres en plus. Mon husky aimerait bien en faire plus, mais moi j'ai 44 ans tout de même ! Si c'est elle qui mène la cadence, on tiendrait pas longtemps", plaisante-t-il.

Nouchka aimerait bien faire plus de kilomètres ! © Max le Bourlingueur

Et l'avantage d'être nomade avec des animaux, c'est de partager beaucoup de choses... Jusqu'à la couchette ! "Quand on me demande si j'ai un chauffage, je réponds que oui, j'ai un chauffage aux poils !". Si la plupart de l'année Max dort la porte ouverte avec les chiens à ses pieds, quand il fait trop froid, ses compagnons de route viennent se faufiler dans son lit pour dormir avec lui. "On se tient bien chaud, les chiens sont de vraies bouillottes sur pattes. Surtout Nouchka, avec ses 20 kg, elle s'allonge le long de mon dos. Minos lui, dors dans mes bras. Donc avec 2 chiens plus un sac de couchage et de bons habits, je n'ai jamais eu froid, même lorsque les températures descendent en dessous de 0°C !".

Nouchka et Minos, des vraies bouillottes sur pattes ! © Max le Bourlingueur

La vie de nomade, pas si simple ?

Lorsqu'il découvre le vélo-roulotte, il se rend tout de suite compte que ce concept lui permettrait d'être libre. "Je me suis toujours dis que puisque je n'étais jamais chez moi, à quoi bon payer un loyer pour rentrer et dormir seulement quelques nuits de temps en temps ? Ce serait quand même incroyable de pouvoir emmener son lit partout !". Avec sa mini-maison sur roues, la solution était toute trouvée !

Et si son rêve est devenu réalité, c'est aussi grâce à ses amis. "Tout le long de mon projet, ils m'ont soutenu moralement et financièrement. Si je n'avais pas eu mes amis, ça ne se serait pas passé pareil !", reconnait-il.

Plutôt pas mal la vue pour passer la nuit ! © Max le Bourlingueur

Autre aspect à prendre en compte dans un tel projet, c'est bien entendu l'aspect financier. Mais pour lui, c'est un challenge commun : "dans une vie de sédentaire, gagner de l'argent c'est le nerf de la guerre. Tu dois aussi trouver des solutions pour remplir ton assiette tous les jours, donc être nomade en soi, ça ne change pas grand chose !". S'il ne veut pas dépendre des autres, Max utilise son savoir-faire d'ancien jardinier et réalise des petits travaux chez les particuliers en échange de nourriture. Il lui arrive aussi de faire du woofing dans des fermes ou de travailler en tant que saisonnier chez des maraîchers ou dans un camping.

Les 3 compères visitent beaucoup d'endroits © Max le Bourlingueur

Les inconvénients de la vie de nomade ? Max n'en trouve aucun à nous citer, "à part les moustiques en été". "Je ne sais pas si le paradis existe mais j'ai choisi moi-même mon enfer", rigole-t-il. Cette vie, il a choisi de la vivre ainsi : il aime vivre dehors, les intempéries ne lui font pas peur et sa notion de confort n'est pas mis à mal, alors que demander de plus ?

"Le seul point un peu compliqué, c'est quand il m'arrive des catastrophes mécaniques", ajoute Max. Mais même ces petits aléas se transforment en point positif. "Ça m'oblige à aller à la rencontre des gens pour trouver des solutions. Je tombe toujours sur des personnes bienveillantes, qui demandent si je n'ai besoin de rien, me donnent de la nourriture, me proposent leur aide… Au final, c'est plus magique que catastrophique !", affirme-t-il. Des petits imprévus qui lui donnent encore et toujours plus envie de voyager.

Être nomade, c'est aussi beaucoup de rencontres © Max le Bourlingueur

Max compte bien pédaler sur les routes encore une dizaine d'année. "Je ne fais pas de plans sur la comète, on verra au fur et à mesure, mais pourquoi pas se lancer dans un tour de l'Europe !", s'imagine-t-il.