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ZÉRO DÉCHET - Laver des bouteilles en verre et les réutiliser nécessite 4 fois moins d'énergie que de les recycler. Des associations et des entreprises veulent donc la remettre au goût du jour !

Et si le bruit tonitruant des bouteilles en verre qui se cassent dans la poubelle de recyclage était bientôt un lointain souvenir ? La consigne a disparu du quotidien des Français-es depuis une trentaine d'années, à l'exception de l'Alsace et des hôtels, cafés et restaurants, à mesure que s'imposaient les emballages jetables. Mais elle revient aujourd'hui sur le devant de la scène.

Bonne nouvelle, puisque, si le verre est déjà recyclé à 86 % (chiffre de l'Éco-emballages pour 2016), mieux vaut réutiliser les bouteilles telles quelles.

Quand la bouteille parcourt moins de 300 km, la laver consomme 4 fois moins d'énergie que le recyclage”, explique Bastien Vigneron, chargé de mission sur la consigne au sein de l'association Écoscience Provence et animateur du Réseau Consigne, qui fédère depuis 2012 les entreprises, les associations et les collectivités qui militent en faveur de la consigne.

En effet, pour être recyclé le verre doit être fondu à 1500°C et le processus dure 24 heures, tandis que l'eau utilisée pour le lavage des bouteilles est chauffée à 80°C seulement, et cela ne prend que 30 minutes. D'autant plus intéressant, qu'une bouteille consignée peut être réutilisée au minimum une dizaine de fois !

Des consommateurs qui retrouvent un geste écolo de leur enfance

Une dizaine d'associations et d'entreprises sont apparues ces dernières années, pour collecter à nouveau les bouteilles en verre vides, les reconditionner et les revendre. Parmi elles, l'association J'aime mes bouteilles qui, en trois ans, a créé une trentaine de points de collecte de bouteilles de vin dans des magasins du Jura et du Doubs.

50 000 bouteilles ont déjà été collectées, et l'objectif est de multiplier ce chiffre par 10 d'ici 2020. Là, contrairement à ce qui se fait en Allemagne ou en Alsace, les personnes qui déposent des bouteilles ne se voient pas remettre quelques centimes en bon d'achat.

En effet, contrairement à ce qui se faisait partout en France jusque dans les années 80, les Français-es ne payent plus une petite somme supplémentaire à l'achat des bouteilles, qu'ils récupèrent automatiquement au moment de rapporter leurs bouteilles vides.

Et pourtant, “les  gens jouent le jeu”, constate Aude Weiss, responsable de cette filière. “Ils y sont vraiment sensibles, ils le faisaient dans leur enfance et sont contents de voir ce geste revenir.

Une machine à laver les bouteilles en verre. © Réseau Consigne

À présent, elle travaille à convaincre les viticulteurs locaux de racheter des bouteilles lavées plutôt que des bouteilles neuves et à utiliser des étiquettes à colle soluble, qui s'en vont sans problème au lavage.

Elles coûtent un à deux centimes de plus que les étiquettes classiques”, avance Aude Weiss pour expliquer les résistances. Mais ce surcoût est largement compensé, puisqu'une bouteille lavée coûte 20 centimes de moins en moyenne qu'une bouteille neuve.

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Le vrac liquide, l'autre solution pour réutiliser les bouteilles

Évidemment, la consigne du verre ne concerne pas que les bouteilles de vin. D'autres associations ou entreprises s'orientent vers d'autres boissons ou liquides.

L'entreprise française Jean Bouteille s'est faite spécialiste du vrac liquide, dont nous vous parlions dans cet article. Cette fois encore, les consommateurs et consommatrices rapportent leurs bouteilles en magasin, qui sont envoyées dans une usine de lavage.

Distributeurs de liquides en vrac et bouteilles à bouchon mécanique.

© Jean Bouteille

Au lieu d'être remplies chez le producteur, elles sont rapportées, propres, dans les mêmes épiceries, où les client-es les remplissent eux-mêmes grâce à des fontaines à huiles, à bière, à jus de fruit, et même à lessive.

L'intérêt de cette démarche zéro déchet ? “Acheter en vrac coûte entre 5 et 20 % moins cher”, déclare Gérard Bellet, fondateur de Jean Bouteille.

Comment faire pour généraliser la consigne du verre

Et si la consigne du verre devenait une obligation ? Ce n'est pas la piste retenue par le gouvernement dans sa feuille de route pour une économie 100% circulaire, publiée fin avril 208. Celle-ci propose seulement de mettre en place une consigne sur les emballages plastiques, pour encourager leur recyclage, à l'heure actuelle beaucoup moins efficace que le recyclage du verre.

Une stratégie insatisfaisante pour Zero Waste France, qui fait partie des fondateurs du Réseau Consigne. Dans un communiqué du 6 février 2018, l'association “appelle à inclure également dans le dispositif les bouteilles en verre qui peuvent être lavées”.

Autrement, le risque serait d'encourager les Français-es et les fabricants à utiliser davantage de plastique jetable, les premiers recevant des bons d'achat pour chaque emballage en plastique rapporté et les seconds n'ayant ni obligation ni incitation à promouvoir l'usage du verre.

© Getty Images / Tuayai

La condition pour que la consigne du verre se généralise : multiplier le nombre de points de collecte, au plus près des habitant-es, là où sont achetées les bouteilles.

Pour que la consigne du verre marche, il faudrait que ce soit une obligation pour la grande distribution de récupérer les emballages consignés, comme c'est le cas dans tous les pays où la consigne a été introduite”, indique Laura Chatel, chargée de campagne de Zero Waste France.

À défaut d'une consigne obligatoire, financée et mise en place par les entreprises et par les magasins, Zero Waste France envisage une autre réforme.

Aujourd'hui, les entreprises payent une petite contribution pour chaque emballage à l'éco-organisme Citeo. Cette taxe est reversée aux collectivités pour qu'elles organisent la collecte et le recyclage des déchets. Problème : “Une collectivité qui enverrait ses bouteilles à une laveuse au lieu de le recycler ne toucherait rien”, explique Laura Chatel.

Zero Waste France propose donc que Citeo reverse également une aide financière à ces communes vertueuses.

Les consommateurs et consommatrices engagé-es peuvent déjà se tourner vers l'un des organismes qui promeut le retour de la consigne du verre en France :