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PROSPECTIVE - Demain, nos maisons, non polluantes, pourront être démontées et remontées sous une autre forme. La vision de Steven Beckers s'inscrit dans le cradle to cradle.

Monter, démonter et remonter à l'infini. Bâtir une série de petites maisons, changer d'avis et assembler des immeubles. Un jeu de construction pour les enfants ? Bien mieux : c'est l'architecture du futur, telle que la définit Steven Beckers.

L'architecte belge, qui dirige le bureau d'étude Lateral Thinking Factory, était de passage à Paris pour l'Upcycle Forum, une journée de rencontres dédiée aux professionnels de l'économie circulaire.

Steven Beckers prône le cradle to cradle en architecture.

Steven Beckers prône le cradle to cradle en architecture. © Lateral Thinking Factory

À cette occasion, il nous livre sa vision de l'avenir de l'habitat.

Upcycling : démonter pour mieux reconstruire

Aujourd'hui, la plupart des produits suivent le même destin : production à partir de matières premières, utilisation limitée dans le temps... et direction la poubelle.

L'ambition de Steven Beckers : passer de cet aller simple "du berceau à la tombe" ("cradle to grave", en anglais), à un cycle "du berceau au berceau" ("cradle to cradle"), dans une logique zéro déchet et 100% recyclable.

À l'avenir, les bâtiments ne seront plus démolis, mais désassemblés. Du sol au plafond, des finitions à la structure. Plus question d'y aller au marteau-piqueur : le carrelage sera déclipsé, les cloisons dévissées, pour être réemployés dans une autre construction.

© Arthur Poitevin

Les matériaux ne sont plus recyclés, et donc mélangés pour produire d'autres objets, mais réutilisés à l'identique, selon le principe de l'upcycling.

Des bactéries pour la qualité de l'air intérieur

Les logements préserveront à la fois l'environnement et la santé humaine. La qualité de l'air intérieur sera bien meilleure qu'aujourd'hui, grâce à des matériaux sains.

Mais aussi grâce à des bactéries ! Nous n'utiliserons plus de nettoyants chimiques, ni de désodorisants, mais pulvériserons de bonnes bactéries, qui se nourrissent des polluants.

"En plus, c'est bon pour la biodiversité", s'enthousiasme Steven Beckers. Cette innovation est pour le moment déployée par la société belge BioOrg dans les bureaux et les entreprises, mais pourrait coloniser nos maisons.

Maisons-arbres et villes-forêts

À quoi ressembleraient nos maisons, si demain elles étaient construites selon l'éthique du cradle to cradle... Peut-être à des arbres ?

Si ce n'est dans la forme, au moins dans le fonctionnement. "Un arbre crée de l'oxygène, de la nourriture, il traite l'eau, il offre un abri aux autres espèces", justifie Steven Beckers. De la même façon, il imagine des logements à impact positif sur l'environnement.

Cette métaphore végétale est tirée du livre de William Mc Donough et Michael Braungart, théoriciens du cradle to cradle, Building like trees, cities like forests (des bâtiments comme des arbres, des villes comme des forêts).

La technologie ne serait pas envahissante et servirait essentiellement à vérifier que tout se passe bien. "Le bâtiment doit pouvoir fonctionner le plus naturellement possible", précise Steven Beckers.

Oui aux capteurs, pour mesurer la qualité de l'air intérieur, par exemple, mais on éviterait la climatisation à outrance, la température se régulant d'elle-même à l'intérieur.

Habitat partagé et location d'électroménager

Les villes continueront de pousser à la verticale. "Quand, en 2050, 70 % de la population vivra en ville, on ne pourra pas faire autrement que de vivre empilé", se projette Steven Beckers.

© Arthur Poitevin

Pour lui, ce mode de vie peut devenir agréable, grâce aux toits végétalisés ou aux serres urbaines aménagées au milieu des bâtiments, “comme dans une médina”. Un bon moyen de préserver l'intimité en évitant le vis-à-vis, tout en créant de nouveaux espaces communs.

On se retrouvera également dans les buanderies communes de chaque immeuble. En abandonnant la machine à laver personnelle, on libérera de l'espace dans les appartements. "On a justement besoin de place pour les poubelles de tri !", remarque Steven Beckers.

Quant au le reste de l'électroménager, on le louera plutôt que l'acheter. Ainsi, les fabricants auront intérêt à rallonger la durée de vie des réfrigérateurs ou des fours.

Les déménagements seront aussi plus faciles. Et ça tombe bien, puisque nous serons certainement plus mobiles et échangerons nos appartements au sein d'un immeuble, au fil des naissances et des départs.

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