Écolos, autonomes et communautaires, le gros boom des éco-lieux en France

HABITAT - Victime d'une image hippie héritée des années 60, les éco-lieux attirent de plus en plus de curieux désirant vivre une vie plus solidaire et écolo.

Expérimenter la vie communautaire, tendre vers une autonomie énergétique et alimentaire pour réduire son impact environnemental : voilà ce à quoi rêvent celles et ceux qui vivent ou souhaitent vivre au sein d'un éco-lieu.

La coopérative Oasis accompagne les citoyens et citoyennes qui, justement, souhaitent vivre dans un éco-lieu collectif et les aident à créer un lieu qui correspond à leur vision. Pour en savoir plus sur ce modèle d'habitat alternatif, nous avons interrogé Mathieu Labonne, président de la coopérative qui a lui-même fondé un éco-village entre le Perche et la Beauce, l'écohameau du Plessis.

18h39 : Pouvez-vous définir ce qu'est un éco-lieu ? De quoi s'agit-il précisément ?

Mathieu Labonne : On emploie le terme “Oasis” qui est un éco-lieu collectif avec des projets qui rassemblent plusieurs personnes, plusieurs familles qui, de par le fait qu'ils vont mutualiser, vont pouvoir accéder à un mode de vie très écologique.

Ce n'est pas un label mais on a défini de grands critères, des constantes. On a la question de l'éco-construction et de la sobriété énergétique, la souveraineté alimentaire. Dans un éco-lieu il y a des espaces communs. Si ce sont juste des maisons écolos en paille, sans espaces communs, pour nous ce n'est pas une oasis. C'est un lieu ouvert sur l'extérieur, ce sont des lieux qui transmettent, font de l'accueil. Et le dernier critère, c'est la question de la gouvernance partagée, une gouvernance collective qui respecte l'individu.

Mais cela prend des formes très variées, cela va de l'éco-village en milieu rural aux habitats groupés en milieu urbain, des tiers lieux aussi. Ce sont des projets qui ne dépassent pas une trentaine de familles.

Quel statut juridique ont ces lieux là ?

Il n'y a pas une forme juridique, il y en a plusieurs en fonction de la taille, du type d'activité, de la gouvernance souhaitée. Et ça dépend aussi du rapport à la propriété. Dans mon éco-hameau, chaque maison appartient à une famille et les espaces autour sont communs. Et il y a des formes juridiques adaptées à la propriété entièrement collective, ce sont plutôt des formats de coopérative ou de sociétés civiles où il y a une mutualisation complète, y compris des logements individuels.

Aujourd'hui combien existe-t-il d'éco-lieux collectifs en France ?

On en recense dans notre réseau 1050. Mais il y a beaucoup de lieux qu'on ne connaît pas. On cherche à pouvoir les compter au maximum. Il y en a beaucoup qui se créent en ce moment, il y a un énorme mouvement aujourd'hui lié à un mouvement d'exode urbaine. Je découvre un nouveau lieu tous les deux jours. Mais c'est souvent assez technique de monter ces projets là, c'est pas un truc qu'on fait en deux heures, ça demande souvent un à deux ans de réflexion pour que le projet aboutisse.

Est-ce qu'il y en a un éco-lieu qui fait référence en France ?

On cherche à ce que ça ne soit pas le cas car il y a des formes très variées qui correspondent à des besoins différents. On encourage la diversité et on ne souhaite pas créer un "système industriel" pour répliquer des éco lieux identiques à l'infini. Cela ne marcherait pas car c'est avant tout une aventure humaine. Il y a des lieux très connus dans le milieu urbain, comme le MasCobado à Montpellier, le village vertical à Villeurbanne ou les Colibres à Forcalquier. D'autres en milieu rural, souvent avec de l'activité économique, comme TERA, Demain en Main, Ecoravie ou le Château Partagé.

Vous avez parlé d'exode urbain. Pensez-vous que la crise actuelle participe à l'intérêt grandissant pour les éco-lieux ?

À 100%. Au moment du premier confinement, on vivait très bien la situation. On était confiné à 49 avec des espaces communs partout, des grands jardins, pour les enfants c'était le paradis. Pour beaucoup de gens, notamment en milieu urbain, ça a accéléré les réflexions qu'ils avaient : “ça serait pas mal d'avoir une meilleure qualité de vie, d'être plus proche de la nature, un environnement un peu moins stressant”. Et ça a accéléré leur envie de lancer leur projet. Ils se sont dit, ça y est c'est le moment d'y aller !

De quand date les éco-lieux ?

Il y a 50 ans, il y a eu des mouvements communautaires assez forts en France mais qui n'ont pas perdurés, sans doute parce qu'ils manquaient d'outils. Par conséquent, pendant une trentaine d'années, il y a peu de projets qui se sont lancés. Mais depuis 2010, il y a de nouveaux projets en route car les gens se rendent bien compte qu'il y avait une peur irrationnelle des fonctionnements communautaires, parce que ça fait trop hippie ou secte.

Mais l'expérience montre que ce ne sont ni des sectes ni des rassemblements hippies. Ce sont des gens complètement normaux qui décident de vivre collectivement car ils y trouvent leur compte. Cela fait une dizaine d'années que ça augmente aussi car l'expérience accumulée par les premiers lieux pionniers fait des petits. Les gens qui créent leur projet savent que c'est possible.

Qui sont les gens qui rejoignent un éco-lieu ? Y-a-t-il un profil type ?

Il n'y a pas de profil type. Il y a des éco-lieux avec des jeunes, des retraités, il y a une grande diversité. Dans le réseau Oasis, on va des communautés religieuses catholiques à des ZAD, il y a un grand écart de pensée politique parfois même. Et on aime ça ! La seule typologie constante c'est que c'est des gens qui sont sensibilisés à la question écologique et donc des gens plus éduqués. Pas forcément des gens riches, mais avec un capital intellectuel plus important que la moyenne. Et on retrouve toutes les origines et les types de métier.

Demain, si je souhaite vivre dans un éco-lieu, que dois-je faire concrètement ?

Je pense que la première chose c'est de se documenter, aller voir des lieux, mettre en regard un rêve utopique avec la réalité de ces lieux. C'est bien d'expérimenter, aller voir les lieux ouverts et se former pour comprendre les grands enjeux. C'est pour cela qu'on a fait la pépinière. Une fois que ça s'est fait, quand on lance les choses, il faut se faire accompagner !

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