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TÉMOIGNAGES - Ils et elles vivent dans des cadres très différents, en ville ou à la campagne. Mais après avoir passé près de deux mois sans sortir ou presque, ils prévoient de transformer leur habitation ou leur quotidien.

Que l'on ait dû travailler en extérieur ou non, que l'on se sente bien chez soi ou non, nous avons tous et toutes vécu le confinement différemment. Mais une question a surgi pour tout le monde : qu'est-ce que ce moment hors de la normalité a changé pour les mois et les années à venir ?

Nous l'avons posée à quatre personnes aux vies bien différentes, en ville ou à la campagne, en famille, seule ou en colocation. Elles ont accepté de partager un moment d'introspection et de nous parler du quotidien qu'elles voudraient construire à l'avenir. Allez-vous vous reconnaître dans certaines de leurs envies ?

Isabelle : "c'est possible de vivre sans consommer tous les jours"

Isabelle, 58 ans, vit dans une petite ville en Normandie. Fonctionnaire pour la mairie, elle était au chômage partiel durant le confinement. "Je ne pense pas pouvoir opérer un gros changement tout de suite, mais ça confirme plutôt mes envies futures", commence-t-elle.

Sa fille de 21 ans, étudiante, l'avait rejointe dans l'appartement qu'elle loue, pour passer cette période ensemble. Elles ont limité les sorties au maximum, préférant prendre l'air sur le balcon qu'elles ont aménagé avec des chaises longues, des plantes et un petit rideau pour cacher les barreaux. S'y installer pour lire fait partie des habitudes qu'elle compte bien garder : "Il faut toujours faire quelque chose de positif au moins une fois par jour, pour annuler le négatif."

Des activités doudous, comme du tricot ou un bon film, plutôt que du shopping : cette nouvelle routine lui convient bien. "Je vois que c'est possible de vivre sans consommation tous les jours. Financièrement, je ne pouvais déjà pas, et je n'en avais pas un réel besoin, mais j'avais quand même tendance à aller dans les petits magasins et à ramener des choses en me disant - allez, c'est pas cher, et ça te fait plaisir sur le moment", explique-t-elle.

Mais les vrais changements interviendront dans quelques années, quand elle pourra prendre sa retraite et déménager. "Le confinement a conforté le fait que je ne fais pas fausse route, c'est de ça dont j'ai envie. Je ne vais pas me dire "allez voyage, tu n'as jamais voyagé de ta vie", non, je vais commencer à mettre des choses en place pour pouvoir me rapprocher de mes enfants." Et, pour l'anecdote, sa maison idéale est dotée d'une petite cour, pour installer un enclos à cochons d'Inde.

Hakim : "Je vais essayer de faire de la maison un lieu d'amusement"

Hakim, 36 ans, dirige une entreprise de stratégie numérique dans la région lilloise. Pour lui, le confinement a surtout été l'occasion de profiter de ses enfants de 5 ans, 3 ans et 1 an : "Je n'avais jamais passé deux mois non-stop à la maison avec mes enfants, mon fils je l'ai vu changer tous les jours. On s'impose tous cette pression, ce rythme. Là, les gens ont été contraints de ralentir."

L'organisation qu'ils ont trouvée avec sa femme a bien fonctionné : "On a essayé de se lever suffisamment tôt pour avoir le temps de déjeuner ensemble et ensuite on travaillait par séquences de deux heures. Je me suis rendu compte que je pouvais bosser de manière efficace, sur ma terrasse, avec mes filles qui jouent dehors."

Même s'il devra de nouveau alterner présence au bureau et déplacements professionnels, il envisage des changements dans son entreprise. "J'avais déjà confiance en mes salariés, mais là ça m'a fait vraiment prendre conscience qu'ils pouvaient être à distance sur la durée et continuer à bosser, ça m'a permis d'avoir une ouverture d'esprit par rapport au télétravail."

Il a également revu les plans de la maison qu'ils font construire. "Je vais essayer de faire de la maison un lieu où on ne fait pas que manger et dormir, mais aussi un lieu d'amusement, raconte-t-il. On a pensé la maison pour les enfants, mais nous, hormis notre chambre, on n'avait pas prévu d'endroit pour se détendre." Un atelier pour sa femme, pour restaurer des meubles ou peindre, une salle de sport et un bureau pour lui : ils pourront avoir chacun leur espace.

"Les week-ends, on sort, les vacances, on bouge, au final la maison qu'est ce que tu en fais ? Maintenant, je pourrai dire, je reste chez moi et je m'éclate !", se projette-t-il.

Ophélie : "Ce confinement me confirme que je suis au bon endroit"

Ophélie, 31 ans, a la chance de vivre dans un grand appartement à Paris. Avec ses 4 colocataires, elle a utilisé ce temps pour faire un grand tri, lessiver les murs du salon et bricoler. "Comme je suis en freelance, je suis habituée à travailler de la maison, ce n'est pas grand changement pour moi, raconte-t-elle. Ce sont plutôt mes colocs qui découvrent cette vie-là." Elle a déjà changé de vie il y a quelques années, en quittant le milieu de la pub pour se former au maraîchage.

Mais elle n'a pas quitté Paris. Un choix qu'elle ne regrette pas du tout, au contraire."Ce confinement me confirme que je suis au bon endroit, ça me donne plus envie de lutter là où il faut, pas du tout de partir à la campagne. Je me sens très privilégiée et ça me met très en colère de voir qu'il y a des gens qui souffrent autant de la situation. J'ai d'autant plus envie de militer et d'aller manifester", déclare-t-elle.

Entre les vidéos sur sur sa chaîne YouTube Ta Mère Nature, l'écriture d'un livre de tutoriels et un projet de pépinière de quartier, elle veut transmettre l'envie de cultiver en ville. "Les gens prennent plus conscience aujourd'hui de l'importance de la souveraineté alimentaire, et à mon échelle, je veux donner des conseils à ceux qui n'ont pas de jardin. Évidemment, quand on a un balcon, on ne peut pas subvenir à ses besoins à 100 % mais dernièrement, j'ai quand même réussi à faire pousser des endives dans mon placard !"

Christophe : "Retrouver le temps de faire un jardin"

Christophe, 52 ans, est éleveur laitier dans le Doubs. Le confinement n'a pas bouleversé la vie à la ferme, loin de là. En temps normal, lui comme sa femme restent souvent deux semaines sans avoir besoin de rejoindre la ville. Ils attendent surtout de pouvoir retourner voir leur famille en Normandie.

Mais, même au quotidien, pouvoir se déplacer sans se poser de question commence à lui manquer : "Nous qui ne sortions déjà jamais, ça nous empêche encore plus. Revenir comme avant, simplement aller à la piscine ou au cinéma, ça va être compliqué. C'est quand tu es bloqué comme ça que tu apprécies les choses et que tu vois que tu étais bien. Combien de temps ça va durer ? Ou alors, il faut attendre de construire une piscine dans le jardin !", plaisante-t-il.

Cette année devait déjà être particulière. Le couple avait entamé les démarches pour vendre l'exploitation, à cause de la charge de travail, du prix du lait trop bas et des charges qui ont doublé au fil des années. La crise actuelle renforce leur décision. "Un petit veau qui valait 150 euros avant, l'acheteur m'a dit "il y a le covid-19" et l'a payé 80 euros, illustre Christophe. Avec des coups comme ça tu te dis que c'est peut-être mieux d'avoir choisi de changer de vie."

Sa nouvelle carrière n'est pas arrêtée, mais une chose est sûre, elle lui laissera un peu de temps libre. De quoi pouvoir rénover la maison et surtout de pouvoir s'occuper d'un potager :"J'ai connu ça gamin. Quand on avait trop de boulot, on se disait, on ne va pas s'embêter avec trois poules et quatre lapins, ça ne sert à rien. Mais comme on aura le temps, je le vois autrement, ça redonne envie." Une façon de retrouver un peu d'autonomie et de garder le lien à la terre, même sans pouvoir en vivre.