Ancienne pratique "de pauvre", le glanage devient une tendance écolo

ZÉRO DÉCHET - Cette pratique existe depuis des milliers d'années, mais elle est très réglementée.

L'agriculteur vient de finir sa récolte, et il reste quelques pommes de terre ou épis de blé dans son champ. Avez-vous le droit de les ramasser ? Hé bien oui, selon la loi, mais dans certaines conditions. Entre économies et zéro déchet, voici le principe du glanage !

Le glanage existe depuis le Moyen-âge

Le glanage ne date pas d'hier - en fait, on en trouve des traces déjà au Moyen Âge. Autrefois réservée aux personnes les plus pauvres, cette pratique peu glorifiée consistait à aller ramasser les épis de blé dans les champs après le passage de la moissonneuse. En 1853, le peintre français Jean-François Millet immortalise trois femmes qui ramassent des épis de maïs dans un champ. Son célèbre tableau Des glaneuses est même exposé au Louvre !

© Jean-François Millet

Depuis, la législation qui régule le glanage a un peu changé. Selon l'Assemblée Nationale, est autorisée la pratique du ramassage après récolte en journée et lorsqu'elle est réalisée sans outil, sauf arrêté municipal contraire (article 19 de loi pénale du 9 juillet 1888 sur la police rurale). En outre, le glanage est interdit sur un terrain clôturé.

Attention, d'autres pratiques qui s'apparentent au glanage sont en revanche proscrites :

  • le maraudage (vol des fruits et légumes cultivés quand ils ne sont pas détachés du sol)
  • le grappillage (récupération après récolte de ce qui reste sur les arbres fruitiers ou les ceps de vigne et qui pourrait constituer une deuxième récolte)
  • le râtelage (utilisation d'outils comme le râteau pour récolter)

Et qu'en pensent les agriculteurs ? Gaël Blard, maraîcher bio installé à Upie dans la Drôme, est favorable au glanage, mais dans les règles du savoir-vivre : “On a quelques voisins qui glanent dans nos parcelles. Mais avant tout, il faut demander aux propriétaires si on peut se servir et surtout si la récolte est terminée, car comme sur un chantier, on n'entre pas quand il n'est pas fini, ça peut être dangereux”.

Le glanage aujourd'hui, le nouveau geste écolo ?

Si pour certains le glanage reste une façon de se nourrir à moindre frais lorsque l'on dispose de peu de moyens, pour d'autres, c'est une excellente pratique anti-gaspillage. Après tout, pourquoi laisser ces pommes de terre moisir seules dans un champ parce que l'agriculteur ne les a pas récoltées, quand on peut les transformer en délicieuses frites ? En 2018, Le glanage concernait 41% des Français interrogés dans le cadre d'un sondage de l'Observatoire des pratiques de consommation émergente (Obsoco), dont une majorité d'urbains et de jeunes.

Selon une étude menée en 2015 par The Gleaning Network, 16% des récoltes sont gaspillées, par exemple parce que les produits ne sont pas conformes aux exigences demandées en supermarché ou dans l'industrie. Toujours dans la même étude, on apprend qu'en France, une campagne d'un mois de glanage a permis de récolter plus de cinq tonnes de légumes, principalement des légumes racines.

Dans son film documentaire Les glaneurs et la glaneuse (1999), Agnès Varda présente justement l'évolution de la pratique. Passé par les champs, le glanage s'opère maintenant en ville, à la fin des marchés ou dans les poubelles, où l'on vient dénicher ces denrées alimentaires jugées trop moches ou trop mûres pour être achetées.

Dans une logique de partage, on se refile aussi les bons plans. Par exemple, la carte Falling Fruit recense tous les endroits, en France et dans le monde, où l'on peut ramasser gratuitement des fruits et des légumes. Enfin, n'hésitez pas aussi à aller demander à l'agriculteur près de chez vous si vous pouvez glaner quelques légumes ou fruits sur sa parcelle !

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