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ANTHROPOPOLOGIE - L'histoire des toilettes est-elle finie ou bien l'homme peut-il encore révolutionner ces fameuses commodités ? Un documentaire d'Arte fait le point.

"Le caca, c'est mieux que le pipi". C'est pour ce genre de phrase insolite qu'on regarde un documentaire sur les toilettes ! Diffusé par Arte le 14 novembre dernier, "Toilettes sans tabou" s'amuse beaucoup avec son sujet, c'est vrai, mais il nous apprend surtout une foule de détails sur les toilettes du futur.

On croyait nos bonnes vieilles toilettes immuables, sans doute pas parfaites mais presque, et voilà qu'on apprend qu'il existe en réalité un paquet d'innovations possible. Dans un monde où l'eau se fait rare, où les problèmes de santé publique cristallisent un grand nombre de tensions et où la prévention médicale fait loi, il était temps de réinventer le trône.

Voici 5 choses à retenir de ce passionnant documentaire.

1. Au Moyen-Âge, on déféquait dans la rue

Jusqu'à la fin du XIXe siècle (certains mauvais esprits diront même jusqu'à aujourd'hui), il était courant de faire ses besoins dans la rue. Chaises percées et pots de chambre étaient réservés aux maisons bourgeoises ou nobles, leur contenu déversé ensuite par la fenêtre avec l'aide d'un cri avertissant les passants.

Une fois les toilettes modernes inventées, l'Occident se désintéressera du sujet. C'est du côté de l'Asie, notamment du Japon, qu'il faut regarder depuis quelques décennies si l'on veut de l'innovation aux toilettes. Plus de confort, plus d'informations sur notre santé, plus d'hygiène et d'économies d'eau... Un défi beaucoup plus important qu'on pourrait croire.

Gravure illustrant le vidage d'un pot de chambre par la fenêtre

2. Au Japon, des toilettes médicales à l'étude

Le géant japonais de l'innovation pour les toilettes s'appelle Toto. Ce n'est pas une blague, c'est même cette entreprise qui a inventé le washlet, ce petit jet d'eau chaude qui nettoie vos fesses dans les toilettes japonaises - et maintenant dans le monde entier. Une partie de leur recherche s'appuie aujourd'hui sur le constat que nos excréments et nos urines nous renseignent sur notre état de santé.

Détecter une grossesse, détecter certaines maladies chez les seniors, les applications pourraient être nombreuses en clinique ou en résidences pour personnes âgées notamment. Grâce à des biocapteurs, certaines de leurs toilettes peuvent indiquer le poids, le taux de glucose et la pression artérielle de celui qui vient y faire ses besoins.

Poopoo Land, rendez-vous idéal pour les amoureux

3. En Corée, il existe un parc à thème sur le caca

Incroyable mais vrai, ça s'appelle "Poopoo Land" et c'est à Séoul. Visiblement, ça plaît aux touristes et aux locaux, puisqu'il est classé n°173 sur 990 choses à faire dans la ville sur Tripadvisor. Il faut dire que les Coréens semblent avoir une approche plus décomplexée que nous des besoins intimes.

Ainsi l'ancien maire de la ville de Suwon, surnommé Mr. Toilet, s'est fait construire une maison au design de toilettes géantes, devenu un musée consacré à cette pièce. Sim Jae-duck a également créé la World Toilet Association, qui veut démocratiser l'accès aux toilettes, développer l'innovation et sensibiliser les populations à leur utilisation.

Dans le documentaire, la directrice de la Mr. Toilet House va jusqu'à affirmer que les Coréens veulent créer "une culture des toilettes", arguant que l'éducation aux toilettes commence ici plus tôt, à 3-4 ans. Gageons qu'en France aussi, on commence vers cet âge.

4. L'avenir des toilettes : se passer d'eau

Le futur des toilettes ? Se passer d'eau, une ressource qui se raréfie sur la planète. Et pour y arriver de façon satisfaisante, il faut séparer l'urine des selles dans le processus d'évacuation. C'est ce que veut faire Bill Gates avec son projet de toilettes NoMix, mais il n'est pas seul sur le coup : nombreuses sont les entreprises qui se lancent dans l'aventure. En France, Ecosec a inventé des toilettes sèches sur ce modèle de séparation, avec les urines collectées d'un côté, les excréments de l'autre. Les premières viendront irriguer les cultures d'un maraîcher local, les seconds seront compostés.

Ce type de sanitaires développées par Ecosec peut se trouver dans des toilettes publiques de grands centres urbains, des salles de concert, des installations sportives, mais aussi un immeuble de 60 personnes à Dol-de-Bretagne. Ailleurs dans le monde, des dizaines d'autres initiatives existent, comme les toilettes sans eau à nano-membranes, qui brûlent les selles et les transforment en cendres, tandis que le pipi est filtré par une nano-membrane qui la transforme en eau stérile utilisé pour le jardinage et les usages domestiques.

Affiche du film indien "Toilettes : une histoire d'amour" paru en 2017.

5. En Inde, 800 millions d'habitants n'ont pas d'accès aux toilettes

En Inde, les toilettes représentent un problème de santé publique majeur. 80% des maladies endémiques dans le pays seraient liées au manque d'hygiène sanitaire et à l'eau souillée. La tradition qui veut que faire ses besoins chez soi est impur et le fait que la gestion des excréments soient dévolus depuis des siècles à la caste des Intouchables en ont fait un tabou qui gangrène la société.

Résultat, d'énormes campagnes de pub sont organisées pour sensibiliser au fait de déféquer dans des toilettes et pas dans la nature, notamment dans les cours d'eau comme c'est souvent l'usage. En 2014, l'Unicef a produit un clip de sensibilisation, et un film qui raconte l'histoire vraie d'un couple qui se bat pour avoir des toilettes dans un village est sorti en 2017. Depuis les années 70, le Dr. Pathak se bat pour développer des sanitaires écolo et économes en eau. Il a inventé un système sanitaire libre de brevet, la twin pit technology, qui ne nécessite ni fosse septique, ni égoût. Un exemple à suivre pour la planète.