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BIOMATÉRIAU - L'entreprise Fungus Sapiens recycle des déchets de l'agriculture locale pour cultiver des champignons. Ces derniers deviendront des emballages, du cuir vegan ou encore des briques pour des maisons écolos.

Des panneaux isolants, des vêtements, des emballages et même un canapé ! Quand Mariana Dominguez Peñalva énumère tout ce que l'on peut fabriquer à partir de simples champignons, on a d'abord du mal à y croire.

Et pourtant, ce morceau de “cuir” qu'elle nous tend est bien fabriqué à partir de mycélium, ces filaments blancs qui représentent la plus grande partie des champignons sous la terre. Même douceur au toucher que le cuir animal, même couleur, même solidité - impossible de le déchirer à mains nues, nous avons essayé !

portrait de Mariana Dominguez Peñalva fondatrice de Fungus Sapiens

Mariana Dominguez Peñalva. © Fungus Sapiens

“Je pense que c'est le matériau du futur”, glisse avec un sourire confiant Mariana. Les champignons pourraient même sauver la terre, à en croire le mycologue Paul Stamets dans une conférence vidéo, vue près de 5 millions de fois sur Internet depuis 2008. C'est cette conférence qui a achevé de convaincre la jeune femme, cinéaste, de changer de voie.

Aujourd'hui, son entreprise Fungus Sapiens, co-fondée en 2016 avec Julien Jeannin, s'évertue à faire passer un message : les champignons sont d'incroyables alliés pour protéger notre environnement.

Des champignons pour stopper la pollution plastique

“Nos amis les champignons sont des êtres plutôt incompris. On a tendance à les associer à des moisissures, plutôt nuisibles, dans la salle de bains. Il y aussi des champignons pathogènes, qui s'attaquent à notre santé”, reconnaît Julien Jeannin lors d'une conférence filmée.

En réalité, il existe de nombreuses espèces de champignons aux vertus méconnues, que ce soit pour l'alimentation, la médecine et la dépollution des sols. Fungus Sapiens travaille sur tous ces aspects, mais va encore plus loin.

Isolation des souches de champignons en laboratoire. © Fungus Sapiens

L'équipe, installée près de Toulouse dans des conteneurs de culture et un laboratoire, expérimente pour fabriquer des emballages compostables à partir de champignons. Bien sûr, ils ne se décomposent pas tant qu'on ne les enterre pas et qu'on ne les arrose pas. Ils peuvent donc être réutilisés !

“Le champignon pousse en prenant la forme que l'on veut, explique Mariana Dominguez Peñalva. Si on lui donne plus ou moins d'humidité ou de nourriture, il va avoir une certaine épaisseur. On teste plein de paramètres pour donner des formes différentes.” Comme par exemple, une mousse légère, parfaite pour protéger un objet fragile, ou un film qui ressemble à du cellophane.

Différents matériaux à base de champignons. © Fungus Sapiens

De quoi remplacer efficacement le plastique, qui se retrouve en quantités phénoménales dans la nature ! “On utilise 98% d'énergie en moins pour produire nos emballages que pour du polystyrène, argumente Mariana Dominguez Peñalva. Et puis, c'est bête d'utiliser du pétrole pour faire du plastique qui coûte cher à recycler et qui finit la plupart du temps dans l'océan. On doit essayer de se passer de pétrochimie." 

L'idée en plus : cultiver des champignons à partir des déchets de l'agriculture

Paradoxalement, les champignons sont le plus souvent cultivés sur du substrat contenu dans des sacs en plastique. L'équipe de Fungus Sapiens est la seule en France à les faire pousser dans des seaux, lavables et réutilisables. De même, les makers, les designers et certains Fablabs européens qui veulent faire des objets en mycélium importent souvent du substrat acheté aux États-Unis, auprès d'Ecovative Design.

Fungus Sapiens, au contraire, récupère pour son substrat des déchets agricoles habituellement non valorisés, issus de la culture du chanvre, du tournesol ou encore du riz. “On cherche à développer un modèle local en économie circulaire, à répliquer en France et ailleurs dans le monde”, explique Mariana Dominguez Peñalva.

Ecovative Design propose déjà des emballages et des objets à la vente. Ils ont par exemple, développé ces lampes en champignons. Une autre société américaine, MycoWorks, a mis au point des briques en champignons, plus solides que les parpaings, pour fabriquer des maisons.

Les seaux dans lesquels sont cultivés les champignons. © Fungus Sapiens

Un travail salué par Mariana Dominguez Peñalva, mais dont elle se démarque encore, en n'ajoutant ni antibiotiques ni hormones dans le substrat. “On va chercher les champignons dans la nature, on les met dans les conditions les moins idéales possibles et ceux qui résistent sont ceux qui ont des particularités intéressantes”, détaille-t-elle.

Changer d'échelle pour séduire les industriels

Mais est-ce vraiment possible de remplacer une grande partie du plastique, ou encore du cuir, par des champignons ? Cela ne coûterait-il pas trop cher ? “Non, car le substrat ne coûte rien, assure Mariana Dominguez Peñalva. Mais comme c'est du vivant, il faut lui laisser le temps de pousser (quelques jours, ndlr.) et avoir de grandes surfaces de stockage pour être compétitif.”

Si, dans les années à venir, les industriels doivent prendre en charge le coût du traitement des déchets, ils se tourneront peut-être vers cette alternative compostable !

Prochaine étape pour la petite équipe de Fungus Sapiens : lancer une campagne de financement collaboratif en septembre 2019, pour commercialiser leur premier objet en cuir de champignon. En attendant, ils ont offert une cagnotte Leetchi pour ceux et celles qui voudraient les aider à changer d'échelle - et à appuyer sur le champignon !