| |

TINY HOUSE - Bien décidée à vivre libre tout en ayant son propre chez-soi, Camille s'est lancée dans l'autoconstruction d'une tiny house. Un projet intense qui l'a occupée à plein temps.

Camille, 29 ans, a toujours eu un faible pour les grands espaces et le voyage. Difficile pour elle de se projeter dans une vie sédentaire. “Lorsque j'ai entendu parler de tiny house pour la première fois, cela m'a tout de suite inspirée. J'ai un esprit nomade mais j'ai aussi besoin d'avoir un endroit pour moi avec des murs qui bougent”, raconte-t-elle aujourd'hui.

Voilà ce qui l'a poussée à passer trois mois en Bretagne pour construire, en plein hiver, la tiny house dans laquelle elle souhaite vivre à plein-temps.

Adepte de la notion de sobriété, Camille ressentait la nécessité de revoir ses besoins, “d'être consciente de sa consommation.” La tiny house était la suite logique de son projet de vie, celui de vivre dans une maison miniature, incarnation de la simplicité volontaire.  

Vivre trois mois chez un menuisier pour construire soi-même sa tiny house

Dans un premier temps, elle ne pense pas tout de suite à l'autoconstruction et cherche une mini-maison à acheter auprès d'un constructeur. Mais le prix élevé de ces habitations miniatures la stoppe nette. “Une tiny house coûte autour de 45 000 euros, je n'avais pas assez de fonds. J'ai abandonné l'idée”, nous explique-t-elle.

Elle aurait pu opter pour une mini-maison de seconde main sur le Bon Coin, mais Camille tombe sur un article consacré à un menuisier, non loin de Vannes, qui propose un accompagnement à l'autoconstruction.

Le principe est simple : le menuisier loue son atelier, et l'apprenti le rémunère pour son enseignement. “Il nous accompagne dans toutes les étapes, nous oriente dans les choix techniques et nous fait profiter de son réseau de fournisseurs”, souligne-t-elle.

Je paie le menuisier 3500 euros, un loyer de 1950 euros pour trois mois. Pour les matériaux, il faut compter 13 000 euros avec une remorque de 6 mètres de long”, détaille Camille. Au total, elle estime le coût de sa future tiny house à 19 500 euros (avec l'électroménager), alors même qu'elle se fournit le plus possible en matériaux de récupération.

Pour financer ce projet, la jeune femme a rencontré quelques difficultés. “Comme je suis jeune auto-entrepreneure, aucune banque n'a voulu me prêter de l'argent.” Pour surmonter ce premier échec, Camille fait appel à un microcrédit solidaire de 5000 euros, se fait prêter 10 000 euros par sa mère et investit l'ensemble de ses économies.

Camille. © Une tiny house en cours de construction en Bretagne

Tenir compte des contraintes mais aussi de ses envies

Pour passer à la phase pratique et concrète, Camille s'inspire du plan d'une tiny house qu'elle trouve sur internet, tout en y ajoutant ses exigences. “Je voulais beaucoup de lumière, j'ai mis plus de fenêtres, ainsi qu'une fenêtre de toit au-dessus de mon lit, j'ai rajouté des trappes dans le sol et des rangements.

À chaque modification du plan d'origine, le menuisier en chef est là pour l'aiguiller. “Il était à l'écoute de mes besoins et me suivait dans mes délires quand c'était jouable, même lorsque j'ai acheté un tonneau en bois pour en faire une baignoire”, se souvient-elle.

Mais parfois, la réalité rattrape l'utopie : reconvertie en naturopathe, l'ex-infirmière souhaitait installer son cabinet de consultation dans la maison et tirer un rideau pour séparer son lieu de vie de son lieu de travail. Camille est obligée de faire machine arrière : “Si tu scindes les espaces, cela va sembler beaucoup trop petit”, prévient le menuisier.

© Camille

L'objectif final : mettre les voiles vers Barcelone

Pour obtenir la tiny house de ses rêves, un studio de 25 m2 avec deux mezzanines, Camille a disposé de trois mois, entre janvier et mars. Le rythme sur le chantier a été éreintant ! “La journée commençait à 8h. On travaillait quasiment sans pause jusqu'au repas. J'ai fait des journées de 12 ou 13h”, témoigne-t-elle.

Heureusement Camille peut compter sur l'aide de Denis, un autre passionné, qui construit lui aussi sa tiny house dans l'atelier breton. "Sans son aide, je n'y serais pas arrivée", précise-t-elle. Et pour gagner du temps et économiser de l'énergie, Camille a rassemblé le maximum d'amis le week-end en transformant son projet de construction en chantier participatif. “C'était les jours les plus sympas, cela fait du bien psychologiquement. Bien s'entourer, c'est très important”, ajoute-t-elle.

Plus motivée que jamais, Camille s'est heurtée néanmoins, à un aléa sur lequel elle n'avait pas de contrôle : son petit gabarit. “C'est difficile, il faudrait avoir plus de force. Je me suis fait mal au poignet avec une perceuse. Je ne suis pas assez grande pour faire certaines choses. C'était une frustration totale parce que je voulais faire pareil que les autres. Ca me vexait, je le vivais mal”, confie-t-elle. 

Sans oublier le stress occasionné par le délai serré ainsi que la gestion des conflits humains au sein de l'atelier. Malgré tout, la jeune femme a tenu son cap et n'a pas baissé les bras. Elle a beau avoir quitté le chantier breton le 29 mars pour finaliser les derniers travaux dans le sud-ouest, à proximité de Toulouse, Camille reste lucide et positive. “La maison est terminée à 95%, précise Camille, l'extérieur est prêt, on a terminé toute l'étanchéité, l'encadrement des fenêtres. Il ne manque plus que l'aménagement intérieur dont l'escalier et s'occuper des connexions de gaz et d'électricité pour qu'elle soit fonctionnelle.

Pour se donner du courage Camille reste concentrée sur le 23 avril, date à laquelle sa tiny house effectuera son deuxième voyage, en direction d'un petit village en Espagne où elle s'installera. “J'ai prévu de la poser à côté de Barcelone. Cela fait longtemps que j'ai envie de vivre là-bas. J'ai des amis qui occupent une maison, il y a de l'espace pour ma tiny. Il y aura des gens en yourte à côté. L'idée me plait, je n'ai pas envie de vivre isolée”, précise-t-elle.

Dernier petit détail à régler : préparer l'accès au terrain car le chemin est encore plein de trous. “C'est une course contre la montre”, reconnaît Camille. On vous tient évidemment au courant !