SOCIÉTÉ - Les femmes sont-elles condamnées par leur maison ? C'est la question posée par 39 artistes femmes dans une exposition qui se tient à la Monnaie de Paris jusqu'au 28 janvier 2018.

La société a tendance à percevoir les femmes comme prisonnières de leur foyer, depuis le temps des cavernes (pourtant, une étude menée par l'Université de Cambridge révèle que les femmes participaient activement aux travaux agricoles les plus difficiles il y a plus de 7 000 ans et avaient même des bras plus puissants que les championnes d'aviron d'aujourd'hui).

Au fil du temps l'intérieur est devenu leur attribu. Pourtant, l'espace domestique n'est pas une fatalité, surtout pas au 21ème siècle. Tantôt vécu comme un lieu aliénant, tantôt vécu comme un terreau fertile à la création artistique par d'autres, la maison inspire autant qu'elle isole.

C'est le sujet de l'exposition passionnante “Women House”, qui se tient à la Monnaie de Paris jusqu'au 28 janvier 2017 et est consacrée aux oeuvres engagées de 39 artistes femmes.

On y entre par cette vidéo intitulée "Waiting". L'artiste Faith Wilding y met en scène l'attente qui enferme nombre de femmes à la maison :


Womanhouse (extract) - Faith Wilding, Waiting from le peuple qui manque on Vimeo.

Se jouer de la vie domestique

Les années 1970 sont une période charnière pour les femmes qui participent à un mouvement d'émancipation de grande ampleur : avortement ou contraception pour ne citer qu'eux.

Mais c'est aussi le moment où les femmes artistes pointent du doigt la place prépondérante de la maison dans le quotidien des femmes.

Rachel Whiteread par exemple utilise la mise en scène d'un jeu d'échecs sur lequel elle fait s'affronter les meubles et l'électroménager, dont la femme à initialement la charge.

En tournant en dérision les stéréotypes liées à la vie domestique et en dénonçant les fausses promesses de la vie conjugales, elles permettent à toute une génération de prendre du recul sur le quotidien et de se forger un esprit critique.

© Rachel Whiteread - Moderne Chess Set (2005)

Se construire ailleurs

Parfois la maison enferme, empêche les femmes de vivre leur vie dehors, comme elles l'entendent. Ce sentiment a été immortalisé par la photographe autrichienne Birgit Jürgenssen qui se met en scène derrière une vitre sur laquelle il est inscrit “je veux sortir d'ici !”.

Mais la maison n'est pas qu'une prison, symbole d'oppression de la femme. C'est aussi un lieu de reconquête, un échappatoire puissant dont la femme se sert pour s'émanciper.

© Birgit Jurgenssen - Laurie Simmons

L'artiste britannique Lucy Orta s'intéresse aux logements provisoires où l'intérieur n'est plus vécu comme une contrainte, mais comme un refuge, un abri pour celles qui fuient le danger.

Elle a donc créé de petits abris portatifs, “Refuge Wear”, qui peuvent se transformer en anoraks ou sacs à dos imaginés pour aider les femmes à se loger mais surtout à avancer.

Tandis qu'Andrea Zittel explore la question de la mobilité, du voyage qui, trop longtemps, est resté l'apanage des hommes. Pour y remédier, elle a conçu plusieurs petits mobil-homes destinés à parcourir le monde.

© Lucy Orta - Body Architecture

La femme-maison qui protège

Les deux figures principales de l'exposition, Louise Bourgeois et Niki de Saint Phalle, font toutes deux un parallèle entre le corps de la femme et l'architecture de la maison.

Avec les “Nanas-maison” de Niki de Saint Phalle, les femmes deviennent des structures immenses dans lesquelles on peut vivre.

Cette métaphore de la femme qui abrite, qui nourrit, a été reprise par sa consoeur, Louise Bourgeois qui la voit comme une araignée dont le corps protège celles et ceux qui la traversent.

Au 21ème, les clichés ont toujours la vie dure

À la fois drôle et révoltante, Women House est une réflexion artistique sur la relation qu'entretient le quotidien des femmes avec le domestique.

Bien que les mentalités évoluent, les clichés ont la vie dure et les femmes, malgré les grands progrès de ce siècle restent associées aux tâches ménagères, contrairement à leurs homologues masculins.

Birgit Jürgenssen dénonçait déjà en 1975, cette association systématique avec une série de photographies dans laquelle elle mettait en scène une femme en train de porter un tablier en forme de gazinière. Reprenant ainsi l'idée d'omniprésence de la mission culinaire et du poids de cette obligation tacite.

© Birgit Jurgenssen - Housewives' Kitchen

Plus récemment, c'est ce qu'a illustré la dessinatrice Emma dans “Fallait demander”, en développant le concept de charge mentale.

Mesdames, Messieurs, le chemin est encore long mais rien n'est perdu ! La journaliste Titiou Lecoq, dans son ouvrage “Libérées”, dresse le même constat mais nous livre des pistes pour atteindre une répartition effective des tâches au sein d'un foyer.