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POTAGER - Le potager urbain Peas & Love propose aux habitant-es du quartier de récolter fruits et légumes en plein Paris et promeut une alimentation qui suit le rythme des saisons.

La chaleur accablante de cet après-midi de juillet n'a pas facilité l'ascension sur le toit de l'hôtel Yooma, situé dans le 15ème arrondissement de Paris. Pourtant le jeu en vaut la chandelle.

Alors que nous sommes entouré-es par d'immenses immeubles, à quelques minutes de la Tour Eiffel, nous découvrons 1000 m2 de fruits et légumes, qui siègent avec majesté au beau milieu du quartier Beaugrenelle.

Pour inciter les citadin-es à produire, cultiver et consommer ses propres fruits et légumes, le potager urbain Peas & Love a investi cette toiture de la capitale pour promouvoir l'agriculture urbaine.

© 18h39

Une ferme urbaine où l'on vote pour les légumes à planter

Alexandra, 42 ans, dispose d'une parcelle depuis l'ouverture du potager, il y a environ un an. “C'est une vraie pause dans la ville”, nous lance-t-elle alors que nous tentons désespérément de trouver un coin d'ombre, “c'est un lieu très agréable.

C'est une ferme urbaine à destination des riverains”, nous explique Jean-Patrick Scheepers, fondateur de Peas & Love. Le potager compte en effet 250 parcelles de 3 m2 que chacun-e peut louer pour 39 euros par mois pendant un an, mais dans les faits ce sont principalement des gens du quartier qui y viennent.

Peas & Love n'est pas un jardin partagé comme les autres. Ici, les locataires ne plantent pas directement les fruits, légumes et aromatiques qu'ils récolteront, la décision est collective. Les locataires votent donc plusieurs fois dans l'année pour choisir les plantes qui occuperont les 71 emplacements de leur parcelle. Un moyen collaboratif et participatif d'impliquer les apprentis jardiniers !

Le but est de promouvoir une alimentation positive, qui suit le rythme des saisons”, poursuit Jean-Patrick Scheepers, alors que nous arpentons les différentes allées de la ferme. “Chaque parcelle est identique”. Nous reconnaissons effectivement les mêmes plantes tout autour de nous.

 

Jean-Patrick Scheepers, fondateur de Peas & Love. © 18h39

Un community farmer pour faire tourner le potager

Cette organisation est un moyen de faciliter la gestion et l'entretien de ce jardin. Car l'autre originalité de Peas & Love est qu'il s'apparente plus à un lieu de récolte qu'à un lieu pour jardiner. Ici, vous n'avez qu'à venir récolter ce que votre parcelle vous offre. Pour le reste, c'est au “community farmer” de la ferme de s'en occuper.

Le “community farmer” en question s'appelle Arnaud, un jeune ingénieur agronome en charge de “faire tourner la ferme, que tout pousse.”, nous raconte-t-il abrité sous son chapeau de paille. Aidé par des stagiaires, les équipes plantent, arrosent et taillent les parcelles du potager.

Ainsi, les habitant-es du quartier peuvent venir entre 10h et 20h tous les jours ramasser leurs fraises, betteraves, courgettes ou encore du thym. Alexandra elle, s'y rend “une à deux fois par semaine.

Cette paysagiste qui cultive déjà fruits et légumes dans son propre appartement utilise Peas & Love comme une “extension” de ce qu'elle a déjà chez elle.

Est-ce un moyen d'atteindre l'autosuffisance alimentaire ? Bien qu'Alexandra n'avait pas dans l'optique d'y parvenir, elle reconnaît qu'elle pensait “arriver à être moins dépendante en alimentation grâce à ce système”.

Et d'ajouter : “Il y a trop de variétés différentes pour 3 m2.” Malgré les nombreux radis qu'elle a récolté, ainsi que les courgettes et les tomates, cette habitante du quartier n'est pas parvenue à avoir du fenouil, écrasé par “deux gros choux rave.Raison pour laquelle, il est important que ces espaces se multiplient !

Une parcelle. © 18h39

Une production de 30 kilos par an par parcelle

Il n'en reste pas moins que grâce au travail d'Arnaud, la parcelle est hyper rentabilisée comparativement à un potager classique puisqu'elle est entretenue en permanence, même quand vous êtes en vacances. Ainsi vos 3m2 peuvent produire jusqu'à 30 kilos par an !

Est-ce sans risque de cultiver à Paris ? Jean-Patrick Scheepers est catégorique : “pendant une dizaine d'années, les grandes villes comme Paris, New-York ou Bruxelles ont tenté des expérimentations pour savoir si les légumes sont plus pollués en milieu urbain.” Résultat des courses : les 3 vecteurs de pollution que sont l'eau, la terre et l'air “ne sont pas plus nocifs qu'ailleurs”, affirme le fondateur de la ferme.

Le succès est au rendez-vous puisque plus de 1000 personnes sont sur liste d'attente rien que sur le potager du 15ème. “À terme, l'objectif est d'en ouvrir un par mois en France et en Belgique”, complète le fondateur.

Si ce genre de structure n'existe pas dans votre ville, voici nos méthodes pour trouver un jardin partagé près de chez vous !

Retrouvez notre reportage vidéo ici :