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RANGEMENT - En ce moment, vous entendez tout le temps parler de Marie Kondo, de gain de place, de rangement... mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Pas certain.

Le 21 mars est la journée mondiale du rangement de bureaux. Un truc dans l'air du temps, qui voudrait que le rangement nous apporte sérénité, joie et efficacité. Comme on demande à un enfant de ranger sa chambre, certains patrons demandent désormais à leurs employés de faire place nette en mettant les stylos en ligne, les post-it en pile, les bouquins en ordre.

Pourtant, des voix s'élèvent peu à peu pour rappeler à notre société les vertus du chaos. Stop à la maniaquerie et aux classeurs bien rangés, laissez votre grain de folie gripper la mécanique de l'horlogerie libérale. Après tout, ne sommes-nous pas tous les enfants d'un certain Big Bang ?

1. Les bureaux en bordel n'existent plus - ou presque

Attention, on parle du vrai bordel à l'ancienne, avec des piles de dossiers, des cendriers où croupissent du tabac froid, des agrafeuses côtoyant du ruban adhésif, de la colle et des enveloppes de courrier non ouvertes. Aujourd'hui, aucun bureau ne ressemble à ces images d'Épinal que nos parents ou grands-parents ont pu connaître, pour la simple et bonne raison que nous avons tout dématérialisé. Qui aujourd'hui vole encore des fournitures de bureau ? Il est de plus en plus dur d'être bordélique, et dans ces conditions, est-ce bien raisonnable de s'obstiner à vouloir ranger des bureaux qui ne sont pas en désordre ?

2. Vive le bordel, c'est la science qui le dit

Un certain discours marketing voudrait nous faire croire que le rangement est propice à la productivité, à l'ordre, au travail bien fait, en somme. Or, les études prouvent le contraire : les bordéliques sont plus créatifs et efficaces. C'est ce qu'a démontré l'enquête réalisée en 2013 par la psychologue Kathleen Vohs pour le journal Psychological Science. Au terme de ses recherches, il apparait qu'un environnement bordélique pousse les gens vers davantage de création et d'audace.

Economiste au Financial Times, Tim Harford a publié le livre Bordélique, qui s'appuie sur les neurosciences et les sciences sociales. Dans l'ouvrage, il explique pourquoi la volonté de se conformer au désir d'ordre n'est qu'une norme sociale, créatrice d'anxiété la plupart du temps. En acceptant le désordre, une personne accepte en revanche de se laisser surprendre et de s'adapter à son environnement, autant de qualités utiles dans le travail et dans la vie.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si beaucoup de génies, d'écrivains, de scientifiques, d'artistes, ont vanté les mérites du chaos. On attribue même à Einstein la citation : "Si la vue d'un bureau encombré évoque un esprit encombré, alors que penser d'un bureau vide." À moins que ce ne soit une phrase de Jean-Mich' de la compta pendant la pause café.

3. Le désordre, c'est juste une autre manière de ranger

Le saviez-vous ? Les bordéliques savent parfaitement où se trouve chaque élément dans leur chaos. Demandez-leur un avis d'imposition de 2008, ils vous le sortent en un clin d'œil d'une pile de papiers coincés entre des bandes dessinées et un pot de fleurs. Mieux encore : sans agenda rempli de dates stabilotées, sans rappels téléphoniques, sans post-it, ils parviennent à ne pas oublier l'heure d'une réunion !

Pourquoi ? Parce que le désordre n'est finalement qu'une manière bien à soi de ranger les choses. C'est la théorie d'un professeur à Harvard, Eric Abrahamson, qui a publié en 2009 Un peu de désordre = beaucoup de profit(s). D'après lui, un employé qui range constamment ses affaires perd un temps fou, là où un bordélique gagnerait 36% de temps en plus. Comme Tim Harford, il estime que classer et organiser les infos que l'on reçoit (mails, documents, rendez-vous) représente davantage une perte de temps qu'un vrai gain d'efficacité.

4. Parce que cette journée mondiale est d'abord une invention marketing

La journée mondiale du rangement du bureau a été inventé en 2013 par deux entreprises spécialisées dans le conseil et la location de bureaux. Coïncidence ? Nous ne croyons pas. En effet, les "journées internationales de..." ne font pas l'objet d'un contrôle indépendant, mais elles sont déposées par des associations ou des entreprises, qui profitent de cette occasion pour faire un peu de communication médiatique à peu de frais.

Alors, le rangement de bureau finalement ? Ne vous dérangez pas pour si peu.