Manque de temps, vie de famille, charge mentale : comment être zéro déchet malgré tout ?

RETOUR D'EXPÉRIENCE - Amandine Zajakala vient de publier le guide EcoloMe : - de déchets, + de budget. Elle déconstruit pour nous tout ce qui nous empêche encore d'adopter ce mode de vie.

Saviez-vous que l'on pouvait préparer des radicelles de poireaux frites ? D'après Amandine Zajakala, c'est délicieux. C'est l'une des 40 astuces zéro déchet et anti-gaspi qu'elle partage dans son livre EcoloMe : - de déchets, + de budget, publié le 10 mai 2021 aux éditions Terre Vivante.

On y apprend aussi à fabriquer des lingettes lavables cousues main, des boules pour le bain faites maison, ou encore à cultiver des pommes de terre sur pelouse, sans effort.

Depuis sa prise de conscience lors de sa première grossesse, Amandine Zajakala a mis au point au point de nombreuses recettes pour prendre soin de sa famille, manger les légumes de son potager et réduire le volume de ses poubelles. Conférencière, conseillère en problématique environnementale et en développement durable, elle documente sa progression sur son compte Instagram EcoloMe et sa page Facebook du même nom.

Un exemple inspirant certes, mais aussi un peu intimidant. Quand on commence tout juste à passer au shampoing solide, préparer ses propres cubes de bouillon de légumes peut sembler hors de portée. Et puis, comment concilier mode de vie zéro déchet, vie professionnelle et vie familiale ? Entre deux récoltes et deux interviews, Amandine Zajakala a répondu à toutes nos craintes !

Obstacle n°1 : Le manque de temps

18h39 : Toutes ces recettes et bonnes résolutions zéro déchet, ça a l'air de demander beaucoup de temps, même si chaque recette en elle-même est rapide. C'est beaucoup de logistique, surtout si on a des enfants. Il faut qu'un des deux parents ne travaille pas pour y arriver, non ?
Amandine Zajakala : Je peux vous dire que non, mon mari travaille et moi aussi ! J'ai une auto-entreprise, je travaille 80 h par semaine minimum !

Changer une éponge jetable contre une lavable, le temps d'acheter la nouvelle et de jeter l'ancienne, ça prends 15 minutes. Mais c'est le travail de réflexion qui va demander le plus d'énergie et de temps. Est-ce que je choisis tel modèle, qu'est-ce qui est plus écologique, est-ce que je fais le bon choix ?

Heureusement, il y a des personnes qui sont dans la démarche zéro déchet depuis des années et qui nous facilitent le travail. Il y a des dizaines de livres, sur tous les domaines. On présente souvent les réseaux sociaux comme une distraction où il ne se passe pas grand chose d'intéressant, mais je m'en sers comme d'une encyclopédie vivante.

Il faut être passionné pour se lancer dans le zéro déchet, pour prendre le temps de se documenter ?
Il n'y a pas besoin d'être passionné, comme moi qui suis dingo de tous ces sujets ! Si on le fait par devoir, par conviction écologique, on peut prendre une gourde sans trop se poser de questions. On peut poser un acte sans faire tout un travail de synthèse avant. On peut aussi avoir en ligne de mire les économies : au lieu d'acheter des packs d'eau, j'achète une gourde et en deux mois c'est rentabilisé.

Préparer sa lessive à l'avance, anticiper de garder ses épluchures de légumes au congélateur pour faire ses cubes de bouillon… Comment s'y retrouver si on n'est pas très organisé ?
Tout ça s'apprend. On déconstruit chaque jour, chaque seconde, ce qu'on prenait pour acquis. Au bout de 5 ans on se rend compte qu'il y a mieux. C'est un apprentissage permanent.

Il y a des ouvrages, des groupes Facebook sur l'organisation. J'ai une story dédiée sur ma page Instagram. Quand je fais des stories, j'explique que ça va durer 15 minutes, et que les gens peuvent, s'ils veulent, éplucher leurs légumes ou plier leurs gens en même temps.

Obstacle n°2 : La charge mentale

À travers nos articles et interviews, on voit beaucoup plus de femmes qui prennent en charge le zéro déchet. Est-ce que vous observez la même chose aussi dans votre audience ?
Oui, pour mon grand malheur. Et même dans ma vie privée. Ce n'est pas une tragédie ni un fin en soi, mais c'est une vérité à l'heure actuelle. Je suis féministe autant qu'écologiste, je mets beaucoup d'importance à ce que les hommes ne se sentent pas exclus.

Mais beaucoup d'études scientifiques montrent que la femme est l'avenir de l'espèce. On a en nous ancré le besoin de faire survivre notre progéniture, ça nous indique la marche à suivre pour que l'évolution se passe au mieux. Moi qui détestait les stéréotypes... Mais, on ne peut pas nier que c'est une vérité.

Heureusement qu'il y a un petit nombre d'hommes engagés aussi. Mais sur mes réseaux sociaux, je compte 10% d'hommes seulement. Et encore, je parle de permaculture. Des consœurs qui ne parlent pas de ce sujet ne comptent même pas 1 % d'hommes.

Pour aller plus loin :

Sur la répartition genrée en matière d'écologie, lire cet article de Slate. Il mentionne notamment une étude de 2015 menée dans 11 pays développés par le Pew Research Center (un centre de recherche américain). Selon cette étude, les femmes se sentent plus préoccupées et plus concernées directement que les hommes par le changement climatique.

Comment changer la donne dans sa famille ?
Dans mon couple, on était sur un couple type, avec un partage des tâches approximatif, la charge mentale que pour la femme, et une personne pas du tout volontaire à la base pour le zéro déchet et le véganisme, par peur du sacrifice. On me dit souvent bravo pour la réduction de mes poubelles, mais l'accomplissement dont je suis la plus fière, c'est l'évolution de mon mari.

L'évolution s'est faite très, très, très progressivement. On ne peut pas dire à une personne : "tu as plein d'avantages liés à ton sexe, viens on égalise tout." Elle va être dans le déni. Il faut montrer par l'exemple, dire "je travaille, toi aussi, on y passe du temps tous les deux, à quel moment m'incombe la totalité de la charge mentale de la gestion de notre famille ?"

Et puis, pour moi, il faut un peu prendre les hommes par la main. Par exemple, dire : "soit je fais tous les menus seules, soit je fais des cases et tu remplis aussi". À un moment, ils vont vouloir avoir leur mot à dire et participer !

Obstacle n°3 : L'argent

Votre livre montre comment faire des économies grâce au zéro déchet, mais il faut quand même être équipé-e : avoir un jardin, divers ustensiles de cuisine... Il faut forcément investir au début ?
Tout ça, c'est que du plus, il faut y aller progressivement ! Il faut finir de consommer les trucs de la vie d'avant : je n'ai jamais fait de ma vie du liquide pour laver les vitres, il me reste mon bidon de 5 litres tout prêt fait.

Pour s'équiper, on peut faire un tour en recyclerie une fois par mois, pour faire des économies. Au fur et à mesure, on trouve des pépites et on se retrouve avec une cuisine zéro déchet.

Si on est en ville, on peut aller dans un jardin partagé. Ou alors on ne fait pas de jardin, ce n'est pas grave. On peut acheter bio ou sur le marché. Même si on a un tout petit appartement, on peut juste boire l'eau du robinet, faire de la cuisine anti gaspillage, acheter des protections hygiéniques lavables, il n'y a pas d'excuse !

Obstacle n°4 : Le frein psychologique

Vous racontez comment vous utilisez des lingettes lavables pour les toilettes, ou encore comment vous nourrissez vos plantes avec votre sang de règles. C'est grave si on n'arrive pas à passer ce cap ? Ou si le reste de la famille n'est pas prêt ?
Si on n'a pas envie, on ne le fait pas ! On m'aurait parlé de ça au début de ma démarche, même moi qui suis assez ouverte, j'aurais dit que ça ne se fait pas. Pour nous, c'est arrivé dans une démarche logique.

Au début, nos enfants étaient en couches jetables, et une fois que nous sommes passés aux couches lavables, on s'est dit : "si on essuie les fesses de nos enfants avec du tissu, pourquoi on ne le ferait pas pour nous ?" Le papier toilette blanchi au chlore, parfois parfumé, ce n'est pas super pour cette partie du corps. C'est logique de vouloir utiliser des carrés de tissu, qu'on lave avec de l'eau.

C'est l'étape ultime alors ?
Les lingettes lavables aux toilettes, c'était mon étape ultime d'il y a deux ans. Et là, c'est d'utiliser le sang de mes règles pour les plantes. Si ça se trouve, je vais encore trouver autre chose !

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