| | | | | |

CONSTRUCTION POUR TOUS - Ecolo et pas cher, l'éco-dôme s'impose comme l'habitat le plus facile à construire soi-même.

C'est un Airbnb pas comme les autres. Il est situé à Roca Blanca, dans l'état de Oaxaca au Mexique et il a été fabriqué selon la technique étonnante du superadobe. Son créateur, Nicolas, est un Américain qui se définit comme un digital nomad, et surtout comme un total novice en ce qui concerne l'auto-construction.

C'est pour cette raison qu'il a choisi la technique dite du superadobe ou "éco-dôme" en français, qui lui a semblé la plus facile et la plus écolo. Inventé par l'architecte irano-américain Nader Khalili, le superadobe consiste à remplir des sacs de terre (parfois mélangée avec d'autres éléments comme du sable) puis à les entasser selon une architecture prédéfinie. Lors de la construction, il est possible d'ajouter des structures plus complexes et bien entendu de percer des ouvertures pour les portes et les fenêtres. Il suffit ensuite de laisser sécher la terre et de la recouvrir d'un enduit protecteur.

D'après certains experts, le superadobe résisterait aux incendies, aux tremblements de terre, aux inondations, aux insectes ou même aux cyclones. Il offre aussi des capacités d'isolation thermique ou phonique très appréciables, bref l'éco-dôme répond à tous les enjeux écologiques et climatiques actuels. Mais concrètement, comment ça marche ? Depuis son Airbnb mexicain, Nicolas répond à toutes nos questions.

"On a vraiment appris en le faisant"

18h39 : Pourquoi avoir pensé au superadobe pour construire votre Airbnb ?
Nicolas : Je ne savais pas comment construire quoi que ce soit, mais je voulais que la construction fasse partie intégrante de mon projet ! Alors j'ai cherché sur Internet, au départ j'étais fan de earthships, c'est très "catchy" pour l'oeil, ça marche bien sur le web. Finalement, j'ai cherché d'autres méthodes et je suis tombé sur des bouquins sur les superadobe.

Le groupe de départ, c'était moi, mon cousin, une copine, et des artisans mexicains du coin. Mon cousin était le seul à avoir bâti quelque chose avant… donc le premier superadobe qu'on a fait c'était vraiment "essais et erreurs", on tâtonnait en permanence.

Chantier du deuxième superadobe. © New Ruins
On crée des ouvertures pour les fenêtres et les portes. © New Ruins

Combien de temps ça vous a pris ?
Trois mois, on a vraiment appris en le faisant. Si vous regardez cette photo avec les trois bâtiments, hé bien on a d'abord fait le dôme entièrement en terre, ensuite on a ajouté les autres. En tout, on a fait deux superadobe avec une salle de bains séparée entre les deux.

Pour les suivants, on s'y connaissait bien mieux, le processus de fabrication était plus clair pour nous. Par exemple, on a mis des structures en bois et en béton pour soutenir l'ensemble, c'est pour ça que le deuxième est beaucoup mieux !

Je crois savoir que vous avez poussé encore plus loin l'application du superadobe ?
Oui, on a aussi utilisé la méthode superadobe pour créer des terrasses. Notre propriété est en hauteur, donc sur un plan incliné. La méthode du superadobe permet de faire des murs de soutènement entre deux rochers, ensuite vous pouvez les remplir de terre et de pierres et ça vous donne une terrasse plate.

Les rochers étaient déjà ici et on a joué avec la terre pour faire trois niveaux, on a même construit un jardin de cette façon-là. Côté habitations, on aimerait en faire quatre nouvelles dans les deux prochaines années, qu'on financerait en développant des ateliers de yoga, par exemple.

Les trois éco-dômes une fois terminés.
L'intérieur du superadobe, rustique mais confortable. © New Ruins

L'ennemi du superadobe : la pluie !

Question importante, est-ce que le superadobe est confortable pour vos clients ? 
C'est rustique mais c'est confortable ! Les chambres ont du style et on n'y trouve pas d'insectes, la cuisine est ouverte, aérée et sans insectes aussi. En résumé, vous faites caca dans du compost mais face à l'océan, c'est pas mal ! Les citadins qui viennent ici, ils savent qu'ils vont sortir de leur zone de confort, sans quitter totalement un certain type de confort malgré tout.

Dans les murs des éco-dômes, on a percé des portes et des fenêtres, qui ont toutes des sortes de moustiquaires. Sur les fenêtres, le tamis est impossible à ouvrir, car ça ferait entrer un maximum de bêtes. Les portes se ferment immédiatement, elles ont des pistons qui se referment tout seuls. Ce sont des petites idées de design simples et efficaces.

Est-ce que les Mexicains connaissaient la technique du superadobe ?
Ils ne connaissent pas, mais ils sont ingénieux et pleins de ressource. Nous sommes dans la région de Tututepec, l'une des plus anciennes civilisations qui n'ait jamais quitté ses terres, donc ils ont conservé de très anciennes techniques de construction, notamment l'utilisation de la terre et l'argile, une méthode qu'on appelle l'adobe.

L'ennemi de l'adobe est le même que celui du superadobe : c'est la pluie ! L'essentiel, c'est donc d'avoir un bon toit. Les Mexicains font des toits avec des tuiles en argile ou alors ils utilisent des feuilles de palmier tissées. Si l'eau pénètre à l'intérieur de l'adobe, ça va le détruire, mais tant que la pluie ne s'écoule pas dessus, il dure pour toujours ! C'est pour ça qu'on trouve ici des adobe toujours conservés depuis plusieurs siècles.

Ça fait tout de suite plus envie, comme ça.

Le concept écologique de "technologie appropriée"

Pourquoi ne pas avoir fait ce superadobe aux Etats-Unis ? Trop cher, trop compliqué ?
Un superadobe est bon marché si vous savez vous débrouiller. Déjà, ici la main d'oeuvre ne coûte pas cher, contrairement aux USA. Le superadobe, ça réclame beaucoup de boulot ! Il y a différents moyens de faire les choses : soit vous prenez des rouleaux, ça peut aller assez vite. Moi j'ai commandé sur Internet des sacs déjà utilisés pour du sucre, du sel, de la farine... J'y ai mis de la terre mexicaine locale et pas chère.

Aux Etats-Unis, les prix sont plus élevés, mais surtout il y a des codes de construction à respecter. Ce rêve n'aurait sans doute pas été possible dans mon pays, il faut des permis pour tout, les panneaux solaires, le compost, etc., surtout pour les assurances. Je sais que des gens ne peuvent pas achever leur maison à cause de ces permis.

En résumé, le superadobe, c'est une technique très pragmatique, un peu comme vous.
Exactement ! Je ne sais pas si vous connaissez l'expression, on parle de "technologie appropriée" ou "intermédiaire", c'est-à-dire une technologie qui s'adaptent aux conditions locales. C'est le superadobe par excellence ! A Roca Blanca, on est situé près d'une lagune, ce qui signifie que c'est une excellente source d'argile. Faire un superadobe ici, c'est donc un bon choix.

A l'inverse, fabriquer une maison en bois n'aurait pas été un bon choix technologique, car il n'y a pas beaucoup de grands arbres et plein de termites. Nous sommes aussi dans un pays où il fait chaud, et le superadobe permet de garder la maison au frais. Nous avons poussé la démarche encore plus loin pour notre deuxième super adobe, en décidant de construire un toit en feuilles de palmiers.

Le toit d'un superadobe, c'est un boulot vraiment crevant, il faut faire un deuxième étage et monter les sacs de terre tout en haut, alors que les feuilles de palmiers c'est léger ! Les artisans du coin savent le faire et en plus c'est joli, donc le mélange de la terre et du palmier était la meilleure réponse technologique à notre environnement.