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HABITAT INSOLITE - Méconnu et objets de nombreux préjugés, le logement troglodytique reste pourtant une solution très économique pour devenir propriétaire.

À même pas 30 ans, Nepsie et Le Vilain (ce sont leurs surnoms de blogueurs), sont devenus propriétaires de leur maison. 150 m2 d'habitation + 400 m2 de jardin + 1000 m2 de bois, caché dans un coin du Val de Loire, à côté d'Amboise. Pourtant, le couple n'est pas doté de capacités financières gigantesques : elle graphiste et illustratrice, lui artiste, tous deux freelance, a priori pas de quoi ravir les banquiers et les agents immobiliers.

Il fallait donc un habitat un peu hors normes pour leur permettre de mener à bien ce projet de rénovation à la fois personnel, écolo et économiquement viable. La solution ? La maison troglodyte ! Attention, tous les troglodytes ne sont pas bon marché, certains ont été luxueusement rénovés et se monnaient parfois plus de 300 000 euros en fonction de la situation, de la surface, des travaux effectués... Mais pour ceux qui ont un peu d'imagination et très envie de bricoler, les avantages économiques sont particulièrement intéressants.

Alors comment faire pour rénover une maison troglodyte et combien ça peut coûter ? Eléments de réponse avec Nepsie, qui nous raconte leur histoire. Rendez-vous en fin d'article pour visiter leur maison en vidéo.

L'entrée du troglodyte  © Emmanuel Chirache

Combien coûte une maison troglodyte ?

18h39 : Quel était votre budget initial ? Vous avez dû effectuer un emprunt ?
Nepsie : Notre budget était de 90 000 euros au total. Nous avons payé le troglodyte 48 000 euros, grâce à un prêt bancaire, et nous avons fait 40 000 euros de travaux environ, que nous avons financés nous-mêmes. Le prêt a été compliqué à obtenir : après un premier accord avec une banque, on a été mis en attente avant qu'on nous refuse le prêt au dernier moment. On s'est retrouvés soudain le bec dans l'eau juste avant de signer le compromis de vente.

Du coup, on a démarché très vite d'autres banques avec un autre type de prêt, encore effectif à l'époque, le prêt à l'accession sociale pour acquérir un bien immobilier. On s'est renseigné pour des aides plus précises, auprès de l'association Maisons paysannes de France, par exemple, qui aide à sauvegarder le patrimoine rural, mais on n'a rien trouvé... idem avec les Architectes des Bâtiments de France. J'imagine que ça dépend beaucoup des situations.

La maison troglodyte est un habitat particulier, est-ce que vous avez été contraints de respecter des normes techniques ou juridiques ?
On est en périmètre classé donc il ne faut pas faire n'importe quoi, mais c'est surtout esthétique. Il faut rester dans l'idée d'un troglo, pas de grande baie vitrée par exemple, alors nous sommes juste passés du simple au double vitrage. Il y a également la question des couleurs, avec toute une gamme à respecter. En gros, on nous a encouragé à prendre une couleur un peu "pour pauvre”, du rouge sang de boeuf, à tonalité plus rurale.

Sinon, on a trouvé notre assurance assez facilement, on nous avait prévenu que c'était compliqué mais rien à signaler, on a dû avoir de la chance ! Concernant le cadastre, il faut bien vérifier à qui appartient quoi dans et autour du troglo. Dans notre cas, la propriété englobait tout, y compris les parcelles du dessus. Ce n'est pas toujours le cas effectivement, notamment dans le Saumurois, il me semble. Pour le reste, la configuration de notre troglo est très simple donc rien en dessous et pas d'autre cave reliée.

Comment rénover sa maison quand on n'y connaît rien ?

Comment s'est passé la rénovation ? Vous avez fait appel à des artisans ?
La première chose à faire, c'est d'appeler un expert géologue pour qu'il examine le troglo. Dans notre cas, il a fallu faire des travaux de confortement pour sécuriser les cavités, il s'agit d'enfoncer de grandes tiges qui maintiennent les couches de roche ensemble. On a aussi coqué certaines parties, avec un maillage en fer et de la chaux projetée sur les murs. C'est notre plus gros poste de dépense, autour de 20 000 euros, car il faut des artisans spécialisés.

Pour le reste, c'est nous qui avons tout rénové, hormis quelques tâches qui nécessitent des professionnels comme la finition pour les portes, mais c'est tout. On n'a pas dépassé le budget, on a fait petit à petit, d'abord les gros travaux, les huisseries, le confortement et le poêle, ensuite au fur et à mesure. On allait acheter nos matériaux chaque mois entre 300 et 1000 euros.

Dans votre BD Au fond du trou, parue aux Editions Lapin cet été, vous retracez toute l'histoire de la rénovation et vous précisez bien que vous étiez des novices. Comment avez-vous fait pour apprendre à réaliser des travaux et qu'est-ce qui s'est révélé le plus difficile ?
On a vu pas mal de tutos sur Internet et on a posé plein de questions au proprio de notre magasin de matériaux écologiques, dès qu'on allait faire nos courses là-bas. Pour lui, c'était possible de mettre du plancher, alors on s'y est mis, un peu au feeling, notre plancher est un peu flottant, on l'a posé sur des lambourdes pas forcément fixées car on ne savait pas où passaient les réseaux, même si on a essayé de visser dans la chape.

En soi, ce n'est pas si compliqué, mais c'est long. Il nous a fallu 10 jours en tout, entre la première pose jusqu'au huilage, il y avait plein de coupes complexes, des angles, des choses qui s'évasent... Non, le plus dur, c'était la plomberie : ça ne nous intéresse pas, donc c'était utilitaire et c'est arrivé à la fin du chantier, on en avait un peu marre.

Un intérieur cosy grâce au parquet ! © Emmanuel Chirache

Au final, c'est plutôt écolo, un troglo ?

Vous n'aviez pas un budget extensible à l'infini : comment on fait pour rénover à bas prix et que ça n'entre pas trop en conflit avec ses convictions écologiques ?
Globalement ça va, parce que nous n'avons pas eu de gros besoins de matériaux, c'est surtout du béton cellulaire, du stuc, des choses assez simple, pas de matériau transformé, à part un peu d'OSB, c'est pas foufou, mais c'est pas énorme. On ne s'est pas mis une pression énorme d'un point de vue écolo, parce qu'on considérait qu'on partait sur une bonne base : le bâti est déjà là, ce qui économise beaucoup d'énergie et de déchets, et pas besoin de laine de roche non plus.

Le seul souci, c'est l'huisserie : par souci économique, on a choisi un bois pas tip top, on avait un peu fait la tête quand on s'était renseigné sur son origine. C'était au début du chantier, on ne savait pas trop où on allait, on ne voulait pas sacrifier de l'argent, mais si c'était à refaire on prendrait du chêne, un bois plus local !

En termes de dépenses énergétiques, est-ce que le troglodyte est avantageux ?

On dépense 8 stères de bois à 50 euros pièce pour l'hiver et c'est un chiffre qui va se réduire au fil du temps, parce que la température de base dans le troglo est arrivée à 19 degrés presque toute l'année. En gros, il faut atteindre un degré de plus pour continuer à alimenter la roche en calories, ne pas rendre le logement trop froid, ce qui ne réclame pas beaucoup d'énergie.

Dans la salle de bains, nous avons un chauffe-eau basique de 75 litres, qu'on n'utilise pas beaucoup. Nous n'avons pas d'eau chaude dans la cuisine, on a supprimé l'ancien ballon. Au final, on dépense 40 euros d'électricité par mois, à mettre en perspective avec le fait qu'on travaille à domicile toute la journée ! On chauffe au poêle de fin octobre à début novembre jusqu'à début avril. On ne le surcharge pas, on utilise la technique du top down, une combustion plus lente et plus économique, qui limite les émissions de fumée, et on peut l'alimenter de nouveau en soirée si c'est nécessaire.