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ZÉRO DÉCHET - À la naissance de leur fils, Chantal Plamondon et Jay Sinha, deux auteurs canadiens, ont pris conscience des dangers du plastique, bien avant que ceux-ci ne fassent la une des médias.

Le problème du plastique n'avait pas encore frappé le grand public quand Chantal Plamondon et Jay Sinha ont eu leur révélation. Pour eux, ça a d'abord été une question de santé. C'était en 2003, leur fils allait bientôt naître.

"Le plastique n'est pas stable, les additifs, tout ce qui lui donne ses propriétés pour être transparent ou souple par exemple, s'échappent à la longue. Ce sont des produits chimiques assez néfastes, explique Chantal aujourd'hui. Ce qui nous inquiétait, c'est que notre petit garçon allait mettre tout ce plastique dans sa bouche."

L'écologie s'est bientôt ajoutée à leurs préoccupations, à mesure qu'ils s'apercevaient que le recyclage était loin d'être une solution. 25 millions de tonnes de plastique polluent directement l'environnement chaque année, comme ils l'écrivent dans leur livre Vivre sans plastique (éditions Écosociété, à paraître en France le 6 février 2020).

Malgré ce que pourrait laisser penser le titre de leur livre, se passer totalement de plastique est impossible aujourd'hui et ces deux auteurs canadiens le reconnaissent volontiers. D'autant que "la plupart des maisons sont couvertes de plastique, du sol aux luminaires du plafond en passant par les murs."

assiette en acier pour pique-nique
© Jay Sinha et Chantal Plamondon

Il n'empêche que, depuis 17 ans, ils ont élaboré un certain nombre de stratégies. Voici à quoi ressemble leur quotidien aujourd'hui.

Le plastique toujours dans leur vie

"Lorsque les gens viennent chez nous pour la première fois, nous sentons parfois qu'ils examinent les lieux d'un œil scrutateur, s'attendant à ne trouver aucune trace de plastique. Ce n'est tout bonnement pas le cas", écrivent Chantal et Jay, admettant qu'ils ne sont pas "zéro plastique".

D'abord, parce qu'ils ont dû se faire une raison : ils souhaitaient construire une maison en paille, pour éviter tout plastique dans l'isolation, mais la ville dans laquelle ils souhaitaient s'installer interdisait ce type d'architecture. Ils ont choisi de la laine de roche comme isolant, mais ont dû se résoudre à utiliser des pare-vapeurs en plastique.

Ensuite, parce qu'éliminer tous les objets en plastique pour en racheter de nouveaux serait contre-productif. Cela reviendrait à gaspiller de précieuses ressources. "À l'heure actuelle, la plupart des déchets en plastique aboutissent à la décharge, sont incinérés ou perdurent en tant que pollution plastique quelque part dans le monde, fort probablement dans l'océan", rappellent-ils.

Ils proposent donc la méthode suivante : se séparer en priorité des objets en plastique les plus nocifs, en contact avec la nourriture ou avec le corps, et des objets inutiles. C'est ainsi qu'ils ont gardé chez eux leurs téléphones et leurs ordinateurs, mais aussi leurs caisses de rangement en plastique.

Les alternatives au plastique pour une maison plus saine

Exit en revanche, tous les contenants alimentaires en plastique. Cela a commencé par les biberons. Ils se sont mis en quête d'une alternative bien avant que le Bisphénol A ne soit reconnu comme un perturbateur endocrinien et interdit dans les contenants alimentaires (en 2010 en France, en 2008 au Canada, le pays de Chantal et Jay).

Ils se sont rapidement aperçus qu'il était très compliqué d'acheter des biberons en verre autrement que par pack de 1000 (c'était en 2003, leur démarche était encore isolée !). Ils ont alors décidé de quitter leurs postes d'avocate et de chercheur juridique pour lancer leur propre boutique de produits sans plastique, Life Without Plastic.

"Au début, c'était difficile, la plupart des gens ne voulaient pas croire aux risques, parce que le plastique est tellement pratique dans la vie quotidienne, se souvient Chantal. À l'époque, on passait pour des extrémistes. C'est seulement quand les problèmes environnementaux ont fait surface que les gens ont pris conscience et commencé à changer leurs habitudes."

pas de gobelet en plastique pour le café
© Jay Sinha et Chantal Plamondon

Des boîtes alimentaires étanches en acier, au plateau à glaçons en acier lui aussi, ils proposent tout le nécessaire pour la cuisine, qu'ils ont bien sûr testé chez eux. Leurs objets favoris reste les bocaux en verre, que l'on retrouve en grandes quantités dans leur maison.

Mais ils chassent aussi le plastique dans d'autres objets plus surprenants. Les textiles d'ameublement notamment : "Chez nous, les rideaux sont 100 % coton, les tapis sont 100 % laine, raconte Chantal. Alors que souvent, ils sont en polyester. Le problème, c'est que sous l'effet de la photo-dégradation, ou avec la friction des pieds, des particules de plastique vont se retrouver dans l'air."

Dans le même esprit, ils ont choisi des planchers en bois ou du carrelage en céramique, des armoires en bois brut plutôt qu'en contreplaqué (celui-ci est composé de fibres attachées avec une colle qui contient du plastique), un comptoir de cuisine en ciment, des peintures naturelles avec moins de composés organiques volatiles (des polluants chimiques)... En somme, ils évitent au maximum tout ce qui pourrait dégrader la qualité de l'air intérieur de leur logement.

Mais ils se veulent rassurants : pour commencer à réduire sa dépendance au plastique, le mieux est de se concentrer sur 6 objets qui représentent la plus grande part de pollution :

  • les bouteilles d'eau jetables,
  • les gobelets en plastique avec leurs couvercles (y compris ceux qui sont en carton, mais contiennent une pellicule de plastique à l'intérieur),
  • les sacs en plastique,
  • les couverts en plastique jetables,
  • les contenants alimentaires en plastique,
  • les pailles en plastique.

"Le principe de Pareto, ou règle des 80/20, veut qu'environ 80 % des effets découlent de 20 % des causes. [...] Sachez que ces quelques actions simples (les 20 %) pourraient grandement contribuer à réduire votre consommation et vos déchets plastiques, peut-être même à hauteur de 80 %", écrivent les auteurs.

Un principe encourageant ! Car, si le plastique risque fort de faire partie de nos vies encore de très longues années, autant couper le robinet de sa production le plus vite possible.