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SERRE, OUVRE-MOI - Vivre en Belgique n'interdit pas de vivre au chaud. L'architecte Koen Vandewalle le démontre avec sa maison serre autonome et bioécologique.

Dans le jardin de Koen Vandewalle, en Belgique, le printemps est éternel. Sous ses dehors plus gris que bleu, on y tombe le manteau sans problème, car il y fait plus de 20 degrés en toutes saisons. Pour avoir chaud à Rekkem, un village situé à cent mètres de la frontière française, entre Tourcoing, en France, et Courtrai, en Belgique, l'architecte belge a construit une serre au-dessus de sa maison. L'énorme structure trône au cœur d'un système tourné vers l'autonomie : complète pour l'eau, partielle pour le reste. 

"J'aime bien faire les choses différemment", s'amuse Koen, quand on lui demande pourquoi il a construit cette maison qu'il ne s'imagine plus quitter. Il situe son point de non-retour à l'année 2013, quand il a suivi une formation sur la construction bioécologique à la haute école catholique Sint-Lieven (KaHo) de Gand. Sa maison serre est le résultat d'une conviction forte. Il l'a construite de manière à ne pas laisser de traces le jour où elle serait enlevée, ce qui explique par exemple son choix de ne pas la raccorder aux égouts.

© Kaseco

Comment construire une maison autonome et bioécolo

En pratique, son système est simple : sur son toit, des gouttières retiennent l'eau de pluie qui est ensuite filtrée pour devenir potable ou servir au jardin. Suffisamment grand, le toit permet à Koen et sa famille de capter une quantité d'eau importante. Quand le puits est plein, l'eau coule dans le jardin ou se déverse vers le futur étang de baignade. Pas encore utilisable, mais déjà creusé, "il est à moitié plein en ce moment", constate l'architecte. Les sept membres de la famille ont donc presque trop d'eau à leur disposition. L'eau usagée est, elle, rejetée dans leur propre fosse septique, avant d'être filtrée et rejetée dans un champ de percolation.

La maison serre en travaux. © Kaseco

Attaché à limiter son empreinte écologique - son cheval de bataille d'architecte - Koen Vandewalle a également fait installer des panneaux solaires sur le toit. Ils lui permettent d'être "autonome à environ 55%" en électricité. L'énergie est ensuite stockée dans des "batteries en eau de sel" qu'il a installées dans son local technique, avec la "ventilation, la pompe à chaleur, les pompes pour les eaux..." L'ensoleillement insuffisant, en Belgique, l'empêche d'en faire plus. "Mais une plus petite maison que la nôtre avec autant de panneaux solaires s'approcherait davantage de l'autonomie complète", précise quand même l'architecte.

© Kaseco

La maison, d'apparence plutôt luxueuse, a été construite avec des "matériaux circulaires, explique-t-il, c'est-à-dire réutilisables". L'architecte a également souhaité limiter la consommation quotidienne : les douches "consomment presque la moitié d'une douche normale, soit 3 litres par minute au lieu de 6". Il jure que sa famille ne manque de rien.

Comment se relaxer toute l'année dans son jardin

Sous le haut toit de la serre, la famille Vandewalle a "l'impression de vivre à l'extérieur". "C'est fleuri et la serre n'est pas complètement fermée, l'air est constamment renouvelé", précise-t-il. S'il avait eu la main verte, Koen Vanderwalle aurait pu "poursuivre la logique de l'autonomie jusque dans l'alimentation" dans ce jardin "où tout pousse mieux". Il leur sert avant tout "à se relaxer". L'été, le toit s'ouvre automatiquement quand la chaleur monte trop.

A l'intérieur, d'ailleurs, tout a aussi été pensé pour traverser les canicules en toute quiétude, avec des "chambres à moitié enterrées, côté nord" où "la température reste fraiche, autour de 21-22 degrés". En hiver, les grandes baies vitrées, sur la façade, rendent justice aux grands volumes de l'intérieur, qu'elles transforment en puits de lumière.

© Kaseco

De quoi profiter toute l'année, dedans comme dehors, où la famille aime dîner et recevoir des amis, à l'abri "du vent et de la pluie". Parions que l'espace a encore plus servi avec la pandémie. L'étang de baignade est encore à l'état de projet, Koen Vanderwalle prévoit de construire les parois avec des sacs pleins de la terre récupérée quand le trou a été creusé. Ils pourront alors faire la planche, les yeux tournés vers le ciel, que le plafond de verre amène à portée de rêves.

Est-il facile de faire construire sa maison serre ?

Pour accéder à un tel projet, il faut prévoir de "dépenser 30% de plus", en moyenne, que pour maison traditionnelle, estime Koen Vandewalle. Soit, principalement, le coût de la serre. Il explique aussi qu'après une quinzaine d'années, cet investissement de départ est remboursé grâce à l'économie d'énergie réalisée. Trois projets de constructions similaires seront lancés, dans des tailles différentes et avec quelques variations - dont une serre construite à côté de la maison -, cette année, en France.

© Kaseco

Mais l'architecte prévient qu'il faut parfois s'armer de patience, tant les permis de construire peuvent être longs à obtenir et l'administration difficile à convaincre quand le projet sort des clous. Par exemple, pour ne pas raccorder sa maison aux égouts, ce qui est contraire à la loi en Belgique, l'architecte a dû rivaliser de patience et de persuasion. "L'écart aux règles" paralyse les administrations, se désole-t-il, mi-fatigué mi-amusé par cette inflexibilité, mais déterminé à poursuivre sa route vers des constructions autonomes, économes et originales.