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AUTOCONSTRUCTION - Pascal et Chenli se sont rencontrés en Asie. C'est là qu'ils ont découvert la construction en terre et paille. Mais pour bâtir leur maison écologique, ils ont choisi un terrain à des milliers de kilomètres.

Pascal Depienne a passé toute son enfance à déménager. Tous les trois ans, il changeait de pays avec ses parents. Une ouverture sur le monde, qui l'a amené, une fois adulte, à s'installer un temps en Asie pour enseigner le français et l'anglais.

Mais une rencontre de hasard l'a fait complètement changer de trajectoire. "Un jour en 2005, dans un bar en Thaïlande, une serveuse nous a donné une carte, façon carte au trésor, dessinée à la main. Elle nous a dit, voilà, on organise une formation de construction naturelle, allez-y", raconte-t-il.

Cette invitation a marqué le début d'une nouvelle aventure : un coup de foudre pour la construction en terre et paille, et l'envie de bâtir un chez-soi, de s'enraciner, pour la première fois.

La maison en terre et paille de Pascal, Chenli et leurs enfants, dans la Vienne. © Avenir Permaculture

L'initiation à l'éco-construction

Pascal arrive donc, en suivant sa "carte au trésor", dans une communauté d'agriculteurs dans les montagnes. Ils y vivent en totale autonomie, en nourriture, mais aussi en eau et en électricité. "Ils avaient 12 ans d'avance", s'émerveille-t-il.

Là, les mains dans la terre, puisque c'est avec ce matériau qu'il s'agit d'apprendre à construire une maison, il fait l'expérience de quelque chose de "tangible, de joyeux, de beau, à façonner avec ses mains".

A tel point qu'il décide de passer 6 mois comme volontaire dans une communauté naissante, fondée par un Américain et baptisée Panya. Là, les visiteurs découvrent, encore aujourd'hui, l'éco-construction et la permaculture, une façon d'aménager son lieu de vie et de cultiver son jardin, en s'inspirant au maximum de la nature.

"Je me suis dit, je vais faire ça chez moi, j'ai envie d'exprimer ce côté très artistique, d'explorer ce concept, sur un terrain sur lequel je peux prendre les décisions", se souvient-il. Mais où s'installer ?

Retour en France, pour ne plus repartir

Encore une fois, le hasard s'en mêle. Une ancienne copine de fac l'informe qu'un terrain près de chez elle vient de se libérer. C'est en France, dans la Vienne. "Ce n'était pas le terrain de mes rêves, mais il coûtait 20 000 euros. Et il y avait un ancien séchoir à tabac et des abris pour les cochons", décrit-il.

Après l'avoir visité, il en est sûr, c'est ici qu'il va s'installer avec sa femme, Chenli, durablement. Pour à leur tour accueillir des visiteurs et "leur montrer que l'on peut vivre autrement".

Ils achètent le terrain en 2007, restent encore un an en Chine, le temps que Chenli termine ses études. Puis, c'est le changement de vie. Pascal retape un ancien abri à cochon pour créer une première petite maison de 25 m².

Encore deux ans et ils invitent des passionnés pour construire leur grande maison en terre et paille, en chantier participatif. Le résultat est un intérieur chaleureux, aux formes organiques, puisque les murs gardent les traces des mains qui les ont formés, avec des creux et des bosses, comme on peut le voir dans ce reportage du Permacoltour :

"Les défauts, les murs qui ne sont pas tout à fait droits, viennent de l'autoconstruction, mais c'est aussi tout ce qui fait le charme de la maison", raconte Pascal. "On ne se sent nulle part mieux que chez nous."

Le couple n'a plus envie de bouger de ce petit paradis. Mais le monde vient à eux, pour se former.

Une maison et un jardin nourriciers

Les lieux sont une mine d'or pour qui veut apprendre à vivre plus près de la nature. La maison de Chenli et Pascal n'est reliée à aucun réseau, ni eau, ni électricité. Elle est entièrement autonome, grâce à l'eau de pluie, filtrée pour la douche et la consommation, et grâce à des panneaux solaires. Pas de tout-à-l'égout, les toilettes sont sèches.

Pour Pascal, l'autonomie encourage à prendre conscience de ses responsabilités : "L'eau est rejetée dans le jardin, donc on fait attention à ne pas la salir", illustre-t-il. Ce qui veut dire, pas de produit chimique pour laver le sol par exemple. "L'autonomie, c'est le meilleur moyen de s'assurer qu'on fait bien les choses pour l'environnement et pour nous."

La maison est bioclimatique : les fenêtres et la véranda sont orientées de façon à profiter au mieux de la chaleur du soleil. Ainsi, il n'y a presque pas besoin de chauffage, d'autant que les murs en terre ont une forte inertie.

Et il y a bien sûr le potager et le verger, qui se sont agrandis au fil du temps. Avec des cerisiers, des pommiers, une ruche, une champignonnière, une haie de fruits à coques...

Le dortoir annexe n'est pas autonome en eau (la loi n'autorise pas à servir de l'eau de pluie aux visiteurs) ni en électricité, mais le niveau d'autosuffisance atteint n'en est pas moins impressionnant, puisque jusqu'à 10 000 repas par an sont servis grâce à ce qui est cultivé sur place.

Le couple, qui a maintenant deux enfants, a parfois été un peu dépassé par l'attractivité sur leur ferme et l'affluence chez eux. "Aujourd'hui, on a trouvé nos limites... mais on relance sans cesse des projets", reconnaît Pascal. Si la recherche d'autonomie est un voyage, le chemin continue de se dérouler !

Pour aller plus loin :


  • Le site de l'association Terre Paille et Compagnie pour découvrir la ferme de Pascal et Chenli.
  • Une vidéo sur les différents systèmes d'autonomie de leur maison.