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DOMOTIQUE – À quoi ressemble la vie connectée quand on a 25 ou 75 ans ? Et quand on est un chat ? Pour le savoir, notre reporter a exploré un manoir équipé de plus de 200 objets connectés.

On vous parle souvent de domotique et d'objets connectés sur 18h39.fr. On vous présente alors des objets, des entreprises, mais se projeter concrètement dans cet univers peut parfois s'avérer compliqué.

Peut-on réellement vivre aujourd'hui dans une maison connectée ? Est-ce approprié à tout âge ? À toute construction ?

Pour répondre à ces questions, je me suis rendue chez un pionnier de la domotique en France.

Bruno de Latour, passionné d'informatique et de nouvelles technologies, a réhabilité un manoir normand vieux de trois siècles pour le rendre totalement connecté.

Pendant que le propriétaire me fait visiter cette maison d'expérimentation, qui permet à 40 industriels partenaires de tester leur matériel en conditions réelles, j'imagine ce que cela serait de vivre dans ce manoir aujourd'hui. Voici trois scénarios fictifs mais totalement possibles grâce à la technologie disponible.

C'est le soir, j'ai 25 ans et je rentre chez moi

Je rentre du travail en voiture. Le portail blanc de ma propriété s'ouvre, sans que j'ai besoin d'actionner une quelconque télécommande. Dans cette situation, mon smartphone est un peu comme ma carte d'identité : tout le système domotique extérieur et intérieur de ma propriété me repère grâce au GPS intégré.

Dans le jardin, j'aperçois mon robot jardinier qui entretient les 1 000 m2 de pelouse qui entoure ma maison. Bien évidemment, il rentre seul à sa base de chargement lorsqu'il a fini sa tâche ou lorsqu'il pleut.

À mon poignet, un bracelet connecté, que je présente au petit boîtier placé à côté de ma vieille porte. Il ne s'agit pas d'un système ultra sécurisé d'entrée d'un laboratoire secret, mais bien de la nouvelle procédure pour entrer simplement chez moi. Plus besoin de chercher mes clés dans mon sac si encombré !

J'appuie sur un interrupteur pour confirmer que je ne passe pas en coup de vent. Cet interrupteur est sans fil, comme beaucoup d'objets dans la maison. Impossible de faire passer des nuées de fils dans les murs vu l'âge de la bâtisse ! 

Une voix surgit alors comme de nul part et me souhaite la bienvenue. Elle me donne aussi un résumé de la situation : température dans les pièces, qualité de l'air. Autant d'informations recueillies grâce aux capteurs disséminés sur les étagères, au coin de la cheminée, sur les rebords de fenêtres...

La voix me demande aussi si je souhaite écouter ma musique préférée. Avec plaisir ! Le son émane doucement de ma lampe musicale, suspendue dans l'entrée, ou par les enceintes invisibles, encastrées dans les parois.

Pour le moment, les objets connectés de la maison consomment beaucoup d'énergie. « 174 piles sont nécessaires pour faire fonctionner les quelque 210 équipements », concède Bruno de Latour qui aimerait que les industriels se penchent sérieusement sur la question.

 Justement, une entreprise allemande EnOcean allie trois systèmes pour alimenter en électricité ses objets connectés. Le courant peut être généré par des mini-capteurs solaires, par pizoélectricité (c'est-à-dire par un mouvement mécanique, comme le fait d'appuyer sur un interrupteur par exemple), et par la différence de température dans la journée. Des solutions qui auraient toute leur place ici !

J'entre dans la cuisine, c'est déjà l'heure de dîner. Quel plat vais-je me concocter ce soir ? Afin de trouver une recette, je pianote sur mon plan de travail transformé en surface tactile, grâce à un rétroprojecteur suspendu au plafond.

Dans un coin de la cuisine, un petit détecteur de mouvements me surveille discrètement. Bruno de Latour l'a surnommé “MonOeil”. On en retrouve un dans chacune des pièces de la maison. Ce petit appareil module l'éclairage, le chauffage en fonction des mouvements qu'il repère. 

Tout à coup, un flash bleu illumine la cuisine : quelqu'un m'a envoyé un tweet ! Et oui, les lumières LED de ma maison sont connectées à mes réseaux sociaux, et me préviennent de toute activité par différentes couleurs. C'est pratique, je n'ai plus besoin d'être scotchée à mes écrans.

Saut dans le temps, au petit matin, j'ai 75 ans

 Ce matin, le réveil est difficile. Des douleurs dans les articulations m'empêchent de me lever du bon pied. Sous mon matelas, un capteur a suivi les mouvements de mon corps, mon rythme cardiaque et ma respiration pendant mon sommeil. Je consulte mon smartphone pour vérifier toutes les informations collectées. Tout va bien.

Ma maison prend soin de moi et connaît par c?ur mes habitudes. Si un jour, elle ne détecte plus de mouvements, alors que ça n'est pas l'heure de ma sieste ou de mon jardinage, elle alertera une entreprise de surveillance ou un proche.

Presque tous les objets connectés sont sont reliés les uns aux autres pour partager des informations, grâce au Bluetooth, au wifi ou encore aux ondes radios. Néanmoins, il ne faut pas moins de 7 box pour faire fonctionner l'ensemble. Pour Bruno De Latour, en 2035, «les box et les smartphones auront disparu ». Dans 20 ans, nous aurons tous des puces implantées sous la peau pour contrôler notre maison.

Mais j'ai déjà beaucoup gagné en confort grâce à la domotique. Pour contrôler mes dépenses de chauffage, je n'ai pas besoin de lever le petit doigt. Les têtes thermostatiques de mes radiateurs sont programmées heure par heure. Et le chauffage se coupe tout seul si j'aère, grâce aux capteurs dans les poignées de fenêtres.

Contre l'intrusion de malfaiteurs, la maison est aussi totalement protégée : des caméras surveillent l'intérieur et l'extérieur. En cas de problème, le système contacte directement une entreprise de surveillance.

Transformation, je deviens un chat

Et si j'étais un animal ? Me voilà transformée en Pepsy le chat. Je suis paresseusement allongé sur la terrasse de la maison, à profiter du soleil normand. J'ai un truc en plus par rapport aux autres matous! Un collier connecté qui me permet de me balader à mon aise. 

Ma chatière ne reconnaît que moi et me laisse entrer dans la maison, fini le chat des voisins affalé sur le lit de mes maîtres !

Je suis un peu en surpoids, et c'est régime pour moi. Le distributeur de croquettes détecte mon collier et me distribue ma dose journalière recommandée (heureusement que quelques souris galopent dans le jardin). 

Et si je suis malade ? Toujours grâce au collier, mon maître reçoit une notification sur mon état de santé, et direction le vétérinaire.

Et si j'ai un enfant ?

Malheureusement dans cette maison, pas d'objets spécifiques destinés aux enfants, si ce n'est des caméras qui peuvent les surveiller à l'intérieur comme à l'extérieur.

Mais je ne m'inquiète pas, il existe bien des technologies spécialement dédiées aux bambins, comme des pyjamas, des lits connectés ou encore ce réveil qui les aide à s'endormir. 

Finalement, vivre dans une maison connectée n'est pas si difficile. La domotique sait s'adapter à toutes les maisons, et peut s'avérer utile en ce qui concerne la sécurité, le confort, et même la santé. Et pour commencer à en profiter, il n'y a pas forcément besoin d'investir dans 200 objets connectés !