La rose de l'année est française ! Son créateur raconte comment elle est née

JARDIN - La rose Château de Cheverny est Rose de l'année 2021. Arnaud Delbard révèle les coulisses du travail qui a abouti à ce sacre.

“Un parfum intense aux notes fraîches de fleurs printanières et de fruits d'été sur fond d'épices et de vanille”. Traduire en mots le parfum d'une rose, c'est comme décrire les arômes d'un vin. Poétique, et fascinant pour les néophytes.

Les jurés de la Royal Horticultural Society, principale association de promotion du jardinage Outre-Manche, fondée à Londres en 1804, ne s'y sont pas trompés. Ils ont su apprécier, en experts, toutes les subtilités du rosier Château de Cheverny, aussi nommé Belle de Jour, son nom choisi pour le marché britannique, même s'il ne ressemble pas du tout à cette plante dont les fleurs se referment la nuit.

La rose Château de Cheverny, ou Belle de Jour. © Pépinières et roseraies Georges Delbard

Ils lui ont attribué le prix de Rose de l'année 2021, pour son parfum, donc, mais aussi pour sa floraison généreuse et sa vigueur.

“Pour nous, c'est extraordinaire, c'est une vraie reconnaissance de la part du monde du jardin anglais, qui est l'excellence”, réagit par téléphone son créateur, Arnaud Delbard. Depuis son lancement en 1982, il est rarissime que ce prix soit décerné à une rose française.

Voici tout le travail qui se cache derrière les pétales de ces fleurs jaunes et lumineuses.

Arnaud Delbard est la 3e génération à la tête de cette roseraie. © Pépinières et roseraies Georges Delbard

A la recherche du rosier parfait

Le grand-père d'Arnaud Delbard a fondé les pépinières et roseraies Georges Delbard il y a 85 ans, dans l'Allier. Depuis, plus de 500 variétés de roses y ont vu le jour, dont plus d'une centaine ont été commercialisées.

Autant de variations en quête d'un rosier parfait, autour de trois critères :

  • la résistance aux maladies, déterminante, car la vente de pesticides et fongicides chimiques est interdite aux particuliers depuis 2019,
  • la floribondité, c'est-à-dire la capacité à donner beaucoup de fleurs du printemps aux gelées,
  • le parfum.

“Vous pouvez par exemple avoir une très belle rose rouge très résistante, mais qui n'a pas de parfum, illustre Arnaud Delbard. Si vous arrivez à lui ajouter du parfum, vous l'avez améliorée et créé une nouvelle variété.”

Les rosiers sous serre. © Pépinières et roseraies Georges Delbard

Les couleurs des fleurs ne rentrent pas en compte dans l'appréciation des jurés, c'est une affaire de goût. Il y a aussi toutes les catégories de rosiers, grimpants, couvre-sols, pour massifs, avec des petites fleurs ou au contraire des roses très généreuses… On perçoit mieux toute la richesse du spectre de création.

La naissance d'une rose

“C'est entre 7 et 10 ans de travail pour mettre au point une nouvelle variété de rose”, explique Arnaud Delbard. Le rosier est une plante hermaphrodite, qui peut se reproduire par elle-même. Mais pour créer de la nouveauté, il faut hybrider deux rosiers différents : sélectionner, entre avril et juin, les rosiers parents, puis récolter le pollen sur le rosier “père”, et l'appliquer sur les pistils du rosier “mère”. Tout est fait à la main, ou plutôt au pinceau. Un geste répété 20 000 fois dans l'année par les salariés de la roseraie, pour obtenir différents croisements.

Hybridation au pinceau. © Pépinières et roseraies Georges Delbard

Cela donne 15 000 fruits. Dans chacun d'entre eux, sont récupérées entre 2 et 25 graines. “Toutes ces graines sont soeurs mais aucune n'est jumelle”, précise Arnaud Delbard. Ces graines sont semées “en couveuse” et sont choyées, jusqu'à donner 70 000 rosiers entre mars et juin de l'année suivante, tous avec des fleurs différentes.

Parmi tous ces rosiers, seuls 5000 sont choisis, selon des critères définis en amont, pour être replantés en plein champs. Ils y restent plusieurs années, le temps de tester leur développement et leur résistance. Dans ce travail de longue haleine, de passion et d'observation, rien n'est mécanisable.

Conseils aux jardiniers amateurs

Bien sûr, chacun peut s'y essayer dans son jardin. “Si vous le souhaitez, vous pouvez hybrider deux rosiers chez vous, mais il faut vraiment être passionné, estime Arnaud Delbard. Je pense que les gens prennent plus de plaisir à bouturer leurs rosiers qu'à créer une variété nouvelle.”

Les rosiers passent plusieurs années en plein champ. © Pépinières et roseraies Georges Delbard

Le bouturage est une méthode de multiplication, qui permet, par exemple, de reproduire dans votre jardin un beau rosier vu chez un ami. Cela consiste à prélever une branche de l'année sur un rosier, avec des yeux et des bourgeons naissants, et à la planter dans un petit pot en attendant que des racines poussent, comme l'explique Le Monde.

Pour prendre soin de vos rosiers, Arnaud Delbard partage quelques secrets :

  • planter vos rosiers uniquement dans une partie du jardin où il n'y a pas eu de rosier les années précédentes, pour laisser le temps à la terre de se reposer et de se régénérer,
  • planter de préférence en automne,
  • arroser régulièrement à partir d'avril et tout l'été,
  • après chaque floraison, apporter un peu d'engrais organique pour donner un petit coup de fouet.

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