Rencontre avec le collectif citoyen qui a interdit la voiture à Paris

ÉCOLOGIE - Le dimanche 1er octobre 2017, la ville de Paris sera entièrement piétonne. Une première pour la capitale française !

Delphine et Mariella, membres fondatrices du “Collectif Paris sans voiture” arrivent en vélo à notre rendez-vous. Et nous avons choisi les Rives de Seine, quais de Paris officiellement piétons depuis avril 2017.  Rien d'étonnant puisque j'ai en face de moi deux des instigatrices de “Paris sans voiture”, journée organisée par la Mairie de Paris.

Le 1er octobre prochain c'est la troisième édition, mais pour la première fois depuis sa création, la ville sera entièrement interdite aux voitures et deux roues entre 11h et 18h, et non plus seulement quelques arrondissements.

Pour y parvenir il leur a fallu être convaincantes et persévérantes : “Nous, on voulait quelque chose de simple, fort et énorme” explique Delphine.

© Édition 2016 Henri Garat/Mairie de Paris

Repenser le rôle de la voiture à Paris et se défaire des idées reçues

Mais une seule journée par an, à quoi ça sert ?  “La journée sans voiture c'est avant tout un événement de sensibilisation”, répondent-elles en choeur. “Notre revendication principale c'est de réfléchir à la place que l'on accepte de donner à la voiture en ville, de son impact sur le sol, la pollution, le bruit et les énergies fossiles”, complète Mariella.

En revanche, le collectif n'est pas radical au point de vouloir l'interdire complètement toute l'année. “On souhaite obtenir un meilleur rééquilibrage entre les piétons, les cyclistes et les automobilistes”, précise-t-elle. En effet, selon le collectif, 50% de l'espace public parisien serait occupé par les voitures, alors qu'elles ne représentent que 13% des déplacements.

Le collectif entend bien profiter de la Journée sans voiture pour tordre le cou aux idées reçues concernant les difficultés de circulation dans Paris et encourager la maire de Paris dans sa politique anti-voitures.

“Les embouteillages ne sont pas occasionnés par les gens qui vivent en banlieue, mais à 75% par des automobilistes célibataires de sexe masculin qui vivent dans l'hypercentre de la capitale,” s'indigne Delphine.

Non, limiter l'utilisation de la voiture dans Paris n'empêchera pas les Franciliens d'aller travailler, ni de faire leurs courses. “Quand on sait que la moitié des déplacements à Paris font 3 kilomètres en moyenne, il est facile de trouver une alternative à la voiture...”, explique Mariella.

Un dessin de Charb pour soutenir le collectif

Comment, alors, ce petit groupe d'irréductibles cyclistes est-il parvenu à bannir les automobiles pendant toute une journée ?

À la fin de l'année 2014, le collectif fait parvenir une première requête auprès de la mairie mais cette dernière tarde à donner signe de vie. Les bruits de couloirs laissent cependant entendre que l'actuelle maire de Paris, Anne Hidalgo s'apprêterait à présenter le dispositif à l'occasion de ces voeux en ce début d'année 2015.

Seulement, le jour même du discours, le 7 janvier, Charlie Hebdo est tragiquement frappé par le terrorisme. L'annonce n'aura pas lieu.

“J'ai reçu ce même 7 janvier, un dessin de Charb qui soutenait la journée sans voiture.” explique Delphine, encore troublée par cette coïncidence. “On s'est dit qu'il était plus que jamais nécessaire de persister, qu'il ne fallait pas abandonner”.

© Édition 2016 Henri Garat/Mairie de Paris

Une première édition décisive

Quelques semaines après les attentats de janvier, la mairie accepte finalement d'organiser une première édition... dans 4 arrondissements seulement. “On a râlé, on n'était pas contents !” s'exclame Mariella. Le projet avance doucement mais la préfecture de police, à cause des attentats et de l'état d'urgence rechigne à rendre piéton toute la ville.

“C'est devenu un vrai succès populaire”, affirme Nathalie Daclon, directrice de cabinet de l'adjoint au transport de la ville de Paris, Christophe Najdovski. Grâce à cet engouement, la mairie de Paris parvient alors à convaincre la préfecture de police,  qui n'était, à l'origine pas favorable à la piétonnisation totale de la ville.

Pourtant la mairie ne lâche rien. “On y est allé étape par étape. Il fallait rassurer la préfecture quant à la faisabilité de l'événement. Mais ça a toujours été un objectif de la mairie, ils ont fini par dire oui”, explique Mme Daclon.

Une consécration encore partielle

Deux ans après le début des opérations, victoire ! La ville sera entièrement fermée aux véhicules à moteur et y compris les deux roues (sauf les taxis, véhicules d'urgence et les transports en commun). La consécration ?

Pas vraiment selon les fondatrices du collectif. “En terme de périmètre nous sommes satisfaites, mais nous n'avons pas obtenu la gratuité des transports en commun que nous réclamons également”, précise Mariella.

© Capture d'écran de la carte interactive de l'événement Mairie de Paris

“Impossible”, répond Nathalie Daclon. “La mairie de Paris n'est pas décisionnaire sur ce sujet, ça n'est pas sa compétence, c'est celle d'Île-de-France Mobilités, l'établissement public qui gère les transports en Île de France. Et puis l'objectif c'est de vivre une journée normale sans voiture, que les gens s'habituent à utiliser d'autres moyens de transports.” Comprendre : payer pour les transports en commun.

La capitale de l'Estonie, Tallinn, est la première capitale d'Europe à proposer des transports en commun gratuits pour ses résidents. Et si Paris s'en inspirait ?

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