Recenser les sans-abri à Paris : une volontaire nous raconte sa Nuit de la solidarité

SOLIDARITÉ - Comme 2000 bénévoles, Seraya a arpenté les rues de la capitale pour évaluer le nombre de personnes qui passent la nuit dehors et adapter l'hébergement d'urgence.

C'est en arrivant à Paris en 2002, que j'ai vu pour la première fois des gens passer la nuit dehors”, nous explique Seraya Maouche. Elle a participé, comme 2000 volontaires, à la Nuit de la solidarité, organisée le jeudi 15 février dans les rues de la capitale.

À Londres ou en Allemagne, où j'ai vécu, je n'ai jamais vu de personnes dormir dehors. La situation ici est alarmante”. Cette habitante du 15ème arrondissement, scientifique et co-fondatrice de l'association “Éthique et Intégrité”, a répondu à l'appel de la mairie de Paris pour recenser les personnes sans-abri.

© Guillaume Bontemps/Mairie de Paris

Identifier les besoins des personnes sans-abri

Cette Nuit de la solidarité s'inspire d'initiatives similaires menées par d'autres grandes villes, à l'instar de New-York ou Athènes. En plus d'avoir une idée plus précise du nombre de personnes qui dorment dans la rue, pour adapter les solutions d'hébergement et de logement, le but était de les interroger sur leurs besoins et leur expérience.

Pour chaque personne, nous avons renseigné le sexe, l'âge, si elle a une famille ou non, si elle a déjà été hébergé”, indique Seraya Maouche.

La volontaire précise qu'une attention toute particulière a été prêtée aux rapports qu'entretiennent les personnes sans-abri avec le 115, le numéro d'urgence du Samu Social. “Les gens n'ont plus confiance, ils n'appellent plus car ils savent que personne ne répond. C'est un gros problème”, souligne-t-elle.

© Guillaume Bontemps/Mairie de Paris

Une organisation éthique et efficace

Encadrée par Marie, la cheffe d'équipe, Seraya et 4 autres volontaires ont arpenté les rues du 15ème arrondissement entre 22 heures et 1 heure du matin. Pour être le plus efficace possible, le petit groupe s'est partagé les tâches. “Marie est responsable associative, elle a l'expérience du terrain. Moi j'étais chargée de nous guider car je suis du quartier”, souligne-t-elle.

Globalement les personnes qu'elle a rencontré ont été très réceptives à sa démarche et celle de ses camarades. “Il n'y avait aucune agressivité de leur part. Quand ils ne souhaitaient pas nous parler, nous n'insistions pas”, précise-t-elle.

Les volontaires ont reçu pour consigne de ne jamais réveiller une personne sans-abri endormie ou encore ne jamais ouvrir une tente sans y avoir été invités.

Nous avions des règles à suivre si nous tombions sur une femme enceinte, une personne malade ou un mineur. Dans ces cas là, nous devions impérativement prévenir le centre d'écoute de la mairie”, indique Seraya.

Déconstruire plusieurs préjugés

Au-delà de l'impression de se sentir utile et d'oeuvrer pour une cause qu'elle estime primordiale, la volontaire a pu observer la réalité sur le terrain, loin des préjugés.

On a l'habitude d'entendre que les personnes sans-abri refusent l'aide qu'on leurs propose, c'est complètement faux !”, s'exclame-t-elle. Sur les 11 personnes que le groupe de Seraya a rencontré ce soir là, plusieurs se sont confiés sur leur état de santé et leurs besoins.

Bilan positif donc ! Seraya Maouche dit avoir été impressionnée par la mobilisation suscitée par cette initiative solidaire et apprécie l'engagement de la mairie de son arrondissement, dont les couleurs politiques diffèrent de celle d'Anne Hidalgo, la maire de Paris.

C'est rassurant de voir que les politiques peuvent dépasser leurs différences pour s'investir sans clivage auprès d'une cause importante”, commente-t-elle.

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