Pourquoi j'ai renoncé à vivre dans une tiny house

TINY, C'EST FINI - Mon rêve m'a emmenée jusqu'à Berlin, à la rencontre d'un architecte prêt à me vendre des plans pas trop chers. J'ai déchanté en comprenant qu'il faudrait garer ma mini-maison sur une place de parking.

Une grande baie vitrée en face du canapé, une fenêtre au-dessus de l'évier et une autre, tout en longueur, dans la chambre. Dans ma tiny house, je voulais un maximum d'ouvertures, pour me sentir immergée dans la nature. Du bois clair sur tous les murs, bien sûr, pour un esprit cabane.

A force d'écrire des articles sur ces habitats nomades nouvelle génération, j'en étais tombée amoureuse. Je me voyais déjà conduire ma mini-maison nomade d'un terrain à l'autre, bien posée sur sa remorque. J'avais dessiné un plan, établi des devis. Tout était prêt.

Et puis j'ai tout laissé tomber. Ce rêve que j'avais laissé mûrir pendant des années s'est dégonflé. Si proche du but, la réalité m'a rattrapé : vivre dans une tiny house, ce n'est pas aussi facile ni idyllique que le laisse croire Instagram.

Une tiny house, ça coûte cher au m²

A cette époque, j'étais impatiente de quitter Paris. Le projet était bien ficelé : d'abord installer la tiny house dans un champ, chez mes parents agriculteurs en Franche-Comté. Puis prendre la route avec elle jusqu'à Berlin, là où mon compagnon venait de trouver du travail.

Premier obstacle : une tiny house, ça coûte cher. Moins qu'une maison classique, certes, mais si on compare le prix au mètre carré, l'addition est salée. Le plus coûteux, c'est la remorque, comptez au moins 6000 euros. Et puis il y a la main d'œuvre. Les constructeurs à qui j'ai rendu visite facturaient 50 000 euros pour une livraison clé en main, 30 000 euros sans l'aménagement intérieur. Un prix justifié, car il y a de nombreuses contraintes à respecter pour que la tiny house soit transportable sur une remorque, mais trop élevé pour moi.

Projet en construction... © Lisa Hör

L'une de mes motivations était de ne pas avoir à faire de prêt pour devenir propriétaire. Il fallait donc réduire le budget… et construire moi-même. Plus facile à dire qu'à faire, quand on n'y connaît rien. La solution se trouvait à Berlin justement.

L'architecte allemand Van Bo Le-Mentzel avait dessiné une tiny house très simple à reproduire, même pour les novices, et en vendait les plans. Il en avait installée une, en démonstration... sur le parking d'un grand centre commercial à Berlin Est.

On n'est plus sur Instagram

Abstraction faite de l'ambiance zone industrielle, une fois la porte poussée, je me sentais instantanément mieux que chez moi. La tiny ne faisait que 15 m2, mais était agencée plus intelligemment que mon studio parisien.

A un détail près : il manquait une douche.

“Pour quoi faire ?, me demande Van Bo. De toute façon, cette tiny house sera garée sur une place de parking, on ne pourra pas la raccorder à l'eau. Vous prendrez un abonnement dans une salle de sport pour aller vous doucher.”

Comment ça sur une place de parking ? Trop compliqué, d'après l'architecte, d'obtenir une autorisation pour m'installer sur un terrain que je louerais ou même dans le jardin d'un particulier. Son idée : multiplier les tiny houses installées en pleine rue ou sur des places publiques, pour sensibiliser les politiques et les encourager à changer la loi. Pour Van Bo Le-Mentzel, ces micro-habitats sont une solution à la hausse vertigineuse des loyers en centre-ville.

Vue sur un lac... ou plutôt vue sur l'immeuble d'en face. © Van Bo Le-Mentzel

J'étais prête à sacrifier un peu de confort à la cause, mais pas à ce point. Surtout si je devais troquer la vue sur les champs par le visage des passants curieux qui ne manqueraient pas de toquer à ma fenêtre.

Les punks berlinois ne veulent pas de moi

Heureusement, l'amie chez qui je logeais à Berlin avait une alternative à me proposer. Elle connaissait une communauté de caravanes, roulottes et cabanes de bric et de broc, dans un bois à l'est de Berlin. Improbable mais parfait pour poser ma tiny house ! Nous voilà parties en expédition.

Le “village” est charmant… si l'on ne fait pas attention aux gravats entassés devant certaines caravanes et si l'on aime la musique que les voisins écoutent à plein volume. Le site de la communauté Wagendorf Wulheide disait vrai : “Diversité colorée et bruyante, sale et qui donne à réfléchir.”

Pas sûr que cela séduise mon compagnon, qui doit me rejoindre dans l'aventure. Il aime l'idée de vivre en tiny house le temps de faire des économies, moins celle de vivre dans un squat. Un squat devenu légal certes - les habitants payent un loyer symbolique à la ville de Berlin pour le terrain, mais dont l'ambiance reste très “underground”.

De toute façon, renseignements pris au bar associatif, il n'y a plus de place. A moins de se faire recommander. Et je ne connais pas les bonnes personnes dans le milieu punk.

Alors, la vie en tiny house est-elle un rêve inaccessible ?

Je me suis fait une raison, je reste en appartement pour le moment. Mais toutes ces recherches n'ont pas été vaines. J'ai appris deux choses qui pourraient bien vous être utiles à vous aussi, si vous rêvez devant les photos de cabanes au fond des bois.

Cette tiny house promettait d'être douillette. © Van Bo Le-Mentzel

Le plus important, pour réussir son projet d'habitat alternatif, c'est de trouver un terrain et d'obtenir l'autorisation de la mairie pour s'installer durablement (en France comme en Allemagne). La législation sur “l'habitat léger” est loin d'être légère justement, alors on vous a tout résumé dans cet article.

Bonne nouvelle, il existe une association pour vous accompagner dans vos démarches : Hameaux Légers. Elle a même créé une carte participative avec tous les terrains prêts à accueillir une tiny house en France.

L'autre leçon à retenir : ce n'est pas grave si le chemin vers la vie en tiny est plus long que prévu. Peut-être que je pourrai construire une mini-maison plus tard. Elle ne sera certainement pas posée sur une remorque finalement (ça coûte cher, une remorque, si l'on n'est pas sûr-e de bouger avec, autant y renoncer).

En attendant, il est possible d'adopter une vie plus minimaliste et plus “nature” dans un logement classique. C'est même plus écologique, si l'on reste en ville, de vivre en appartement ! Cela permet de rentabiliser l'espace au sol et de mutualiser le chauffage.

Ce qui me console vraiment, c'est la vue sur l'arbre juste devant les fenêtres de mon nouvel appartement berlinois. Il emplit tellement l'espace que j'ai l'impression d'avoir emménagé dans une cabane en pleine forêt.

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