Nous avons passé une nuit dans le fameux micro-appartement suspendu entre deux immeubles

MICRO-LOGEMENT - Niché au-dessus d'une ruelle du centre-ville de Nantes, Micr'home est un exemple d'optimisation de l'espace face à la crise du logement.

Micr'home se dresse au-dessus d'une ruelle exiguë, majestueuse sur ses pilotis, à 5 mètres de haut. La structure en impose, vue depuis le sol. La façade noire, la dentelle métallique qui masque à demi les fenêtres, la sculpture façon origami accrochée sous le porche, tout est fait pour capter le regard des passants de la très fréquentée rue de la Fosse, à Nantes. Un appartement se cache à l'intérieur de ces blocs suspendus entre deux immeubles.

Il est apparu là en 2017, résultat d'un projet de fin d'étude de Myrtille Drouet, alors élève à l'école du Design de la ville. Le Voyage à Nantes, un parcours d'œuvres d'arts ludico-pratique, qui fait venir les touristes et alimente les conversations des locaux chaque été, a financé le projet pour le faire exister. Depuis, le logement est proposé à la location à la nuitée par l'office du tourisme de Nantes.

© Le Voyage à Nantes

Nous avons découvert Micr'home comme d'autres, au hasard d'une visite de la ville. Intrigués par cet appartement niché dans un minuscule interstice, nous avons voulu y entrer. Rendez-vous était pris, deux semaines plus tard, pour tester le temps d'une nuit ce logement insolite à l'aune de la vie quotidienne.

Des livreurs déboussolés

Rejoindre le logement attire l'attention dans cette rue du centre-ville. Car les quelques mètres qui le séparent du sol se grimpent par une échelle, sans qu'un autre accès existe, laissant à un système de poulie la possibilité d'acheminer bagages et courses. Les gens s'arrêtent et vous regardent. Au quotidien, l'impression de se donner en spectacle pourrait jurer avec l'anonymat chéri par les citadins.

En haut, l'impression d'être dans une cabane, un cocon bien à soi, est agréable. Ce sont 26 m² répartis sur trois niveaux. Trois blocs lumineux de deux mètres de large, dont chacun délimite une pièce : la cuisine, le salon et la chambre. La petite surface a demandé à Myrtille Drouet, l'architecte et designeuse à l'origine du projet, une gestion minutieuse de l'espace.

L'auteur de ces lignes perché dans les escaliers, entre la cuisine et le salon. © Florent Servia

Nous avons invité, le temps de quelques minutes, des proches à nous rejoindre pour découvrir ce logement insolite. La visite est spéciale quand il ne suffit plus à vos invités de toquer à la porte, mais qu'il vous faut soit leur jeter la clef pour ouvrir l'échelle, soit descendre et ouvrir le mécanisme vous-même - une "porte" à faire pivoter sur le côté empêche l'accès aux barreaux.

Les livreurs, eux, sont déboussolés. Le logement ne possède pas d'adresse proprement dite et il faut penser à lever la tête en arrivant. Deux commandes différentes de repas ont provoqué quelques rires chez les passants, quand il nous a fallu guider les livreurs par la fenêtre, pour qu'ils placent la commande dans un sac descendu par la poulie. Mais la surprise passée, le système leur évite de monter les étages et la transaction ne prend pas plus de quelques secondes.

La livraison du repas en haut de la tour. © Florent Servia

Les 26 m² permettent de recevoir deux ou trois personnes, sans être trop à l'étroit. Mais on sent vite la structure bouger si plusieurs personnes se déplacent en même temps. Sensation étrange qui ne traduit cependant aucun danger (même s'il est recommandé de ne pas être à plus de quatre), comme les remous d'un bateau ne disent pas qu'il s'apprête à chavirer.

Un logement adapté au quotidien ?

Que manque-t-il à Micr'home ? "Pas grand-chose, selon Myrtille Drouet, si ce n'est du rangement. Mais la cuisine est fonctionnelle et a notamment un frigo d'une taille classique pour des étudiants. C'est plutôt une question de praticité, notamment pour l'accès, avec l'échelle. Au-delà de ça, à l'intérieur, le mobilier est standard. Je voulais montrer que malgré l'étroitesse, c'était habitable et qu'il ne fallait pas forcément des tonnes d'ingéniosité en terme de mobilier pour arriver à faire quelque chose."

© Le Voyage à Nantes

Qu'en est-il au quotidien ? Le logement est-il adapté aux besoins de la vie ordinaire ? L'architecte nantaise précise que l'habitat a été pensé "au départ, pour des profils spécifiques, par exemple ceux qui travaillent en ville la semaine et qui rentrent dans leur famille le week-end. Pour les étudiants aussi. Ça convient pour des périodes courtes."

© Le Voyage à Nantes

`Myrtille Drouet n'est pas loin de ce qu'avait professé l'architecte Kisho Kurokawa avec ses micro-logements empilés les uns sur les autres dans la Nakagin capsule tower. L'idée est d'occuper individuellement le minimum d'espace en ville, puisque l'on passe davantage de temps dehors que chez soi.

S'ajoute ici le défi de se greffer entre deux immeubles déjà existants et d'occuper un interstice que l'on n'aurait pas cru constructible.

Ce modèle est-il réplicable ?

L'optimisation de l'espace a, dans le cas de Micr'home, entraîné un coût que ne connaissent pas tous les logements : celui de la structure. Pour le reste, Myrtille Drouet déclare que la dépense correspond à celle d'un habitat classique.

"La structure sur pilotis permet de ne pas affecter les bâtiments entre lesquels se trouve le passage. Mais financièrement, il eut été moins coûteux de directement fixer l'habitat au mur." Cette structure a aussi facilité l'installation qui n'a demandé "qu'une demie-journée", assure Myrtille Drouet.

Sans le Voyage à Nantes, le permis de construire n'aurait pas été accordé, car le bâtiment occupe un espace public, au-dessus d'une rue. Mais, même sur un terrain privé, prévient Myrtille Drouet, cela supposerait une "vraie volonté des pouvoirs publics d'accepter une telle densification".

© Le Voyage à Nantes

Grâce au Voyage à Nantes, Micr'home peut servir d'exemple : en plus d'optimiser l'espace, elle est originale et se révèle confortable. Sa répartition en trois niveaux compense sa petite taille.

On pressent que l'accès par l'échelle peut vite compliquer la vie au quotidien, mais Myrtille Drouet assure qu'un escalier eut été envisageable. La solution n'a pas été retenue cette fois-ci pour des questions de sécurité, le logement donnant sur une voie publique. Avec un accès plus facile au quotidien, Micr'home est sans conteste un modèle à reproduire.

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