Nous avons demandé à une spécialiste du bonheur les secrets pour être heureux à la maison

ENTRETIEN - Pas besoin d'acheter une grande maison pour se sentir mieux. Le bonheur pourrait bien se trouver dans les petits plaisirs du quotidien, comme le prône le concept danois du hygge.

Au classement des pays les plus heureux, le Danemark frôle le sommet. Il arrive deuxième, juste après la Finlande. Le Musée du Bonheur, inauguré en août 2020, a donc toute sa place à Copenhague, la capitale danoise.

On y trouve des infos aussi que la façon dont les différents gouvernements mesurent le bien-être de leur population, la façon dont la joie se manifeste dans le cerveau humain, la compréhension du bonheur à travers l'histoire... Le tout alimenté par les données compilées par l'Institut de Recherche sur le Bonheur. Une expertise précieuse, dans cette période d'incertitude !

Nous avons donc sollicité l'une de ses analystes, Onor Hanreck Wilkinson, spécialiste du langage, pour augmenter notre potentiel de bon temps à la maison !

18h39 : Est-ce égoïste de rechercher le bonheur dans ce monde en crise ? Et est-ce seulement possible ?

Onor Hanreck Wilkinson : Je ne dirais pas que c'est égoïste, non. Quelque soit l'expérience que vit une personne au niveau individuel, cela influencera son entourage, que ce soit sa famille, sa communauté, ou même la société. Donc, je ne dirais jamais que c'est égoïste.

Évidemment, une épidémie n'est pas l'idéal pour le bien-être et nous avons récemment mesuré une baisse globale du bien-être (voir la satisfaction moyenne, mesurée dans les pays européens entre 2003 et 2020, p.11 de ce rapport, ndlr). Mais je pense qu'il est toujours possible d'être heureux, même si l'on doit faire avec des facteurs qui ne dépendent pas de nous, et que l'épidémie amène de nombreux défis à relever chaque jour.

L'Institut de Recherche sur le Bonheur a conduit une étude avec Kingfisher, auprès de presque 13500 personnes, dans 10 pays européens. Celle-ci a révélé que 73 % des personnes qui sont satisfaites de leur maison sont aussi heureuses dans la vie. Quelles sont les petites pistes pour se sentir mieux chez soi ?

Nous avons mis en évidence le fait que les choses que nous pensons indispensables à notre bonheur ne le sont pas en réalité. Nous n'avons par exemple pas mesuré de différence selon que l'on soit propriétaire ou locataire. Le bonheur n'a pas non plus à voir avec le fait d'emménager dans une plus grande maison, mais avec le fait d'être satisfait de l'espace dont vous disposez et de la façon dont vous l'optimisez. C'est plus une question de sensation d'espace, subjective, que de mètres carrés. Être fier de son logement est aussi un des facteurs clés.

Le Danemark est connu pour le concept du hygge. Pouvez-vous expliquer ce que c'est exactement et comment cela peut nous rendre plus heureux ?

Le hygge est devenu célèbre en dehors du Danemark peut-être aussi grâce à un petit coup de marketing. Il a suivi la même trajectoire que le yoga ou la pleine-conscience. Mais son essence n'est absolument pas associée à quoi que ce soit de matériel. C'est une atmosphère que l'on crée chez soi, pour vivre des moments au quotidien qui nous rendent heureux.

C'est en quelque sorte la poursuite des petits bonheurs jour après jour. C'est le fait de trouver chaque jour des petits moments de plaisir, de présence, de gratitude, de partage. Le hygge, pour les Danois-es, c'est un prétexte pour se connecter les uns aux autres, être ensemble.

Dans une interview au média canadien La Presse, Meik Wiking, directeur de l'Institut de Recherche sur le bonheur de Copenhague, a qualifié le hygge de “stratégie de survie”, est-ce vraiment un outil si puissant ?

Dans le sens de stratégie pour survivre à l'hiver ! C'est comme ça que les Danois-es utilisent le hygge. Pas dans le sens où cela sauve leurs vies. Mais cela les aide à traverser les mois sombres. Au Danemark, pendant une grande partie de l'année, il ne fait jour qu'à 8 ou 9 heures du matin et il fait nuit à 16h. Donc, avec le hygge, on reste à l'intérieur et on prend soin de notre bien-être.

L'un des conseils souvent donné pour aménager un intérieur hygge, c'est d'allumer des bougies. Est-ce un cliché ou sont-elles vraiment incontournables ?

Les bougies sont une source de lumière naturelle, elles nous connectent à nous-mêmes et nous font réaliser que nous n'avons besoin de rien de compliqué ni d'extravagant pour créer une atmosphère confortable et relaxante. La simple flamme d'une bougie suffit.

Le hygge est parfois décrit comme “la soirée parfaite”. On se détend, on prépare un plat réconfortant... Profiter d'être avec les gens qu'on aime dans une atmosphère agréable est tout ce dont on a besoin pour expérimenter le hygge. Et bien sûr, plus on passe de temps en intérieur, plus on a d'opportunités pour créer cette ambiance !

Mais pendant le confinement, beaucoup de gens sont seuls chez eux ou ne peuvent voir les gens qu'ils aiment. Comment pratiquer le hygge dans ce cas ?

Pour les gens qui sont seuls chez eux, je pense que ce serait mettre l'accent sur le fait de prendre soin de soi. Pour certains, cela peut être de faire de l'exercice, pour d'autres de méditer, de regarder des films ou encore de faire du coloriage, installé sous une couverture douce avec une boisson chaude… Tout ce qui vous fera sentir que vous prenez soin de vous.

Au Danemark, les gens apprécient aussi d'être seuls. Nous avons tellement de sollicitations extérieures, tellement de responsabilités, le hygge est aussi un moyen de se recentrer.

Et nous les Français-es, sommes-nous doué-es pour le bonheur ?

Les Français-es ne sont pas au sommet du classement des nations les plus heureuses, mais vous n'êtes pas non plus dans les derniers (la France est 23e sur 153 dans le classement du bonheur 2017-2019, ndlr). C'est un cas intéressant. Meik Wiking a fait des conférences en France et demandé aux Français quel était leur point de vue sur le bonheur. Et l'une des réponses qui revenait est que les Français adorent se plaindre. Mais il a aussi eu cette réponse dans d'autres pays européens. Peut-être que nous aimons tous nous plaindre, ce n'est pas forcément un problème français !

La raison pour laquelle les pays nordiques, le Danemark, la Finlande, la Norvège, l'Islande, s'en sortent bien et sont toujours en haut du classement, c'est l'Etat providence. Ces pays ont mis en place des structures sociales pour prendre soin de leurs citoyens.

Et cet Etat Providence n'est pas remis en cause dans ces pays ?

Non, au Danemark, plus de 80 % des gens déclarent être heureux de payer des impôts, parce qu'ils investissent dans leur qualité de vie, que ce soit l'éducation et la santé gratuites, les congés maternité et paternité, la prise en charge des personnes âgées…

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