"Les Minimalistes" : comment deux riches Américains ont abandonné leurs possessions pour être heureux

DEVELOPPEMENT PERSONNEL - La bible américaine du minimalisme est traduite en français chez J'ai Lu et les deux auteurs sortent un documentaire sur Netflix : l'occasion de revenir sur leurs parcours.

Le rêve américain incarné. Puis sa désillusion. Mais ouf, un happy ending. Aïe, on vient de vous spoiler l'histoire de Joshua Millburn et Ryan Nicodemus, deux quadragénaires partis de rien puis devenus riches en bossant comme des dingues dans une compagnie de télécommunications, et finalement convertis au minimalisme car ils se sont rendus compte qu'ils n'étaient pas heureux.

Le scénario est un peu cliché ? C'est vrai, et pourtant, il est 100% authentique, raconté en long, en large et en travers dans leur livre Minimalisme (Editions J'ai Lu, 2021) et dans le documentaire Netflix The Minimalists : Less Is Now". Ultra bavard et assez redondant, le film martèle surtout une idée forte, que les lecteurs de 18h39 ont déjà entendu dans la bouche de Marie Kondo : les objets, les possessions matérielles, ne nous rendent pas plus heureux.

Les ménages américains auraient 300 000 objets en moyenne

Attention malgré tout : l'ambiance feutrée du minimalisme zen à la Marie Kondo laisse ici place à un storytelling très américain. Ce n'est pas un hasard si ce mode de vie a explosé d'abord aux Etats-Unis, un pays où la réussite sociale passe beaucoup par l'accumulation de capital, donc par la consommation et les signes extérieurs de richesse. Là où en Europe, l'accumulation d'objets semble prendre un air d'archivage historique et patrimonial, sous le poids des siècles qui passent, chez nos amis d'outre-Atlantique, il ressemblerait plutôt à une fringale compulsive et soudaine.

"Une partie de l'Amérique est dépendante aux choses, déclare même dans le documentaire l'écrivain Dave Ramsay, On adore les choses !". En anglais, l'emploi du terme "stuff" revêt d'ailleurs une signification plus proche du mot "truc" ou "machin", preuve d'une forme de mépris que la traduction en "chose", un mot plus neutre, n'exprime pas vraiment. Et les objets en prennent pour leur grade durant le documentaire, où ils sont considérés comme le résultat de pulsions d'achats commandées par la société et la publicité.

A cet égard, une grande entreprise, concurrente de Netflix, qui commence par Ama et finit par Zon en prend plein la gueule pendant 53 minutes ! En rendant les objets plus accessibles, Amazon est donc accusée d'avoir encombré la vie des Américains, qui possèdent en moyenne 300 000 objets ("item" en anglais) par foyer ! Bref, il y a de quoi faire du ménage, et c'est presque toujours via le désencombrement de leur maison que les gens entrent dans la "tribu" minimaliste.

Mettre sa vie dans des cartons, mais sans déménager !

Joshua et Ryan commencent donc leur aventure minimaliste par cette phase de tri, chacun à sa manière. Suite au décès de sa mère, le premier s'oblige à se débarrasser d'un certain nombre d'objets tous les mois, alors que le second veut aller plus vite, selon une méthode assez originale : Avec l'aide de son comparse, il met sa vie entière dans des cartons, comme s'il allait déménager, sauf qu'il reste chez lui. Ainsi au fil du temps, il peut constater quels objets restent au fond des cartons et dont il pourrait se débarrasser.

Grâce à cette prise de conscience, ces deux riches Américains, qui possédaient de "grandes maisons", des "voitures de luxe", des "vêtements hors de prix" et des "salaires à six chiffres" (ils adorent nous dire toutes les deux minutes à quel point ils étaient riches), ont adopté une forme de sobriété dans leur vie. Mais ils ne vivent pas dans le dénuement pour autant. Leurs intérieurs sont épurés, mais pas vides. Leurs appartements sont simples, mais high tech, avec des frigos bien fournis. Bref, nous sommes loin du minimalisme ascétique à la manière du militant écolo Rob Greenfield, vivant avec 44 objets dans une tiny house !

Alors que nous racontent-ils dans leur livre ? Eh bien pour eux, le minimalisme se définit comme "éliminer l'excès de la vie, se concentrer sur l'essentiel, et trouver le bonheur, l'épanouissement et la liberté", c'est une façon de briser les chaînes qui nous empêchent d'avancer : travail ennuyeux, relations toxiques, accumulation d'objets, crédits à rembourser... Surtout les crédits ! Une problématique très américaine qui semble obséder nos deux amis. Pour atteindre le bonheur, les deux auteurs s'appuient sur 5 valeurs essentielles :

  • La santé
  • Les relations
  • Les passions
  • Le développement personnel
  • La contribution
  • La convergence (bonus)
Le minimaliste Rob Greenfield, dans sa tiny house © SierraFordPhotography

Le minimalisme réactive les préceptes du stoïcisme antique

Comme tous les livres de développement personnel, Minimalisme ressemble plutôt à un journal "bullet point" (à puces) qu'à un essai : on y compte peu de pages, mais d'innombrables chapitres (181 pages et 112 sous-chapitres !), chacun posant les bases d'une vie d'honnête homme, éloigné des excès (sauf peut-être ceux des passions, et encore), une vie heureuse à la Sénèque, qui sait renoncer à des plaisir éphémères et aux possessions matérielles pour embrasser le goût du "juste milieu" cher à Aristote.

Il faut dire qu'il y a beaucoup de stoïcisme, cette philosophie antique développée par Sénèque, mais aussi Epictète (cité en incipit dans le livre), dans l'éthique minimaliste. L'idée selon laquelle notre bonheur ne dépend que de nous, qu'il faut se libérer de certains jougs que la société nous lègue ou bien faire avec quand on ne peut pas les éliminer, c'est exactement ce que les penseurs stoïciens préconisaient il y a 2300 ans.

On est en droit de se demander ce que peut apporter d'original la pensée minimaliste aujourd'hui, au-delà de petites astuces de rangements, souvent sous la forme de défis, et dans quelle mesure elle pourrait modifier la société dans son ensemble. Joshua et Ryan n'en ont-ils pas fait eux-mêmes un business juteux, à grands coups de documentaires Netflix, de séances de coaching et de conférences grassement rémunérées ? Le minimalisme n'est-il qu'un relooking du bon vieux développement personnel d'antan ?

Une chose est certaine : cette question de l'utilité sociétale du minimalisme sera à l'avenir un enjeu fondamental pour les écologistes du monde entier.

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