Permaculture : la rotation des cultures au potager enfin expliquée

PERMACULTURE - Nos journalistes ont suivi un stage pour créer leur potager. Et grâce à leur formateur, ils ont (presque) tout compris de la rotation des légumes.

Construire son potager en carré, ok. Produire son propre compost, c'est bon aussi, on arrive à suivre. Mais la rotation des cultures ? Le concept nous est plutôt étranger à ma collègue Joanne et moi, qui suivons une formation au Centre écologique Terre Vivante, dans les Alpes, pour apprendre à cultiver un jardin de la façon la plus naturelle possible.

Là, Pascal Aspe, notre formateur, a dû sortir les grands moyens. Un jeu de cartes avec les dessins de toutes sortes de légumes, leurs familles et leurs besoins en compost. À partir de ces informations, voici sa consigne : "Dites-moi comment alterner les cultures d'année en année sur chaque parcelle cultivée dans votre jardin."

À quoi sert la rotation des cultures ?

Reprenons les bases. À quoi ça sert, au juste, la rotation des cultures ?

Les agriculteurs ont observé qu'en cultivant plusieurs années de suite les mêmes légumes dans un champ, il y avait plus de maladies et plus de ravageurs. En alternant les cultures, ils limitent les risques. Et on va faire de même à l'échelle de notre jardin.

La rotation permet aussi de ne pas ne pas épuiser le sol et donc de limiter les fertilisations.

Comment fait-on concrètement ?

Non seulement on évite de planter des poireaux derrière des poireaux, mais on évite aussi d'enchaîner des légumes qui appartiennent à la même famille.

Pour rappel, il y a deux façons de classer les légumes. D'abord, selon la partie du légume que l'on consomme : légumes-feuilles, légumes-fruits, légumes-racines, légumes-fleurs... Par exemple, les légumes-feuilles vont avoir de forts besoins en azote, au contraire des légumes-racines. En plantant des carottes (légumes-racines) derrière des poireaux (légumes-feuilles), on n'épuise pas le sol en azote.

On fait aussi attention à la famille botanique, déterminée en fonction de l'aspect de la fleur : solanacées, cucurbitacées, apiacées... Là encore, on alterne.

À noter que les fabacées, plus connues sous le nom de légumineuses, ont le grand avantage d'enrichir le sol en azote. En planter permet donc de reconstituer notre stock !

Un exemple de rotation réussie

Un exemple pour illustrer ? Avec l'aide de Pascal Aspe, notre petit groupe a élaboré une rotation "parfaite" sur quatre ans, pour une parcelle de potager.

  • Imaginons que la première année, on cultive des tomates. C'est un légume-fruit, de la famille des solanacées, avec de forts besoins en compost.
  • La 2e année, on choisit de planter des oignons. Ce sont des alliacées et des légumes-racines, donc pas la même famille. Ils n'ont pratiquement pas besoin de compost, c'est parfait.
  • La 3e année, on enchaîne sur de la laitue, une astéracée et un légume-feuille. Elle a des besoins en compost moyens.
  • Et on termine, la 4e année par des petits pois. Ce sont des légumineuses, qui certes, ont de forts besoins en compost, mais vont enrichir la terre en azote ! "On prévoit toujours des légumineuses dans une rotation", conseille Pascal Aspe.

Pas mal, non ? Il ne reste plus qu'à refaire le même exercice pour toutes les parcelles de son potager... Ce qui est plus facile quand on a un potager en carré, que l'on a lui-même divisé en plusieurs petits carrés.

Et dans la vraie vie, on fait comment ?

Très bien tout ça, mais Pascal Aspe convient lui-même de la complexité de la mise en œuvre, surtout en tenant compte des autres contraintes de son terrain.

Par exemple, peut-être n'avez-vous qu'une petite partie de votre jardin bien ensoleillée. Vous voudrez alors replanter des tomates chaque année sur cette parcelle. Est-ce si grave ? "On peut cultiver tomates sur tomates sans problème. Il suffit de bien recharger en compost chaque année. Mais si un ravageur s'installe, on va mettre cinq ans à s'en débarrasser. La rotation prévient ce risque", explique Pascal Aspe.

Alors, que faire ? Déjà, pour simplifier la rotation, vous pouvez ne tenir compte que de la famille de légumes, pas des besoins en compost, que vous pourrez toujours ajouter en quantité. Ensuite, au lieu de faire une rotation sur quatre ans, vous pouvez choisir d'alterner seulement tous les deux ans.

Autre problème soulevé par notre groupe en formation : "Comment fait-on si on cultive plusieurs légumes dans l'année, une culture au printemps, une autre en été, et encore une autre en hiver ?"

"Dans ce cas, prenez en compte le légume qui est resté le plus longtemps dans une parcelle donnée", recommande Pascal Aspe. Si vos tomates sont restées en place 6 mois, et vos oignons seulement 3 mois, considérez que c'est une parcelle de tomates, et au printemps suivant réfléchissez à votre rotation par rapport aux tomates.

Pour découvrir le reste de notre stage de jardinage, regardez cette vidéo :

Ce site utilise Google Analytics.