Le jardin-forêt, “un lieu de partage où l'on va vivre, se nourrir et où les oiseaux et mammifères reviennent”

FORÊT GOURMANDE - Dans son havre nourricier, Fabrice Desjours fait pousser près de 1 000 espèces comestibles. Autonomie alimentaire, régénération des paysages, piège à carbone... les forêts sont-elles les jardins du futur ?

Dans la forêt de Fabrice, on ne trouve pas que des chênes, des fougères et des ronces. Mais aussi des arbres fruitiers, des légumes-racines, des plantes aromatiques ou médicinales, des champignons comestibles, des guirlandes de lianes productives. En tout, plus de 1000 espèces comestibles, qu'il a soigneusement sélectionnées et plantées, pour qu'elles s'épanouissent en symbiose les unes avec les autres.

Bien mieux qu'un potager, un jardin-forêt est un écosystème très dense, organisé sur trois niveaux : l'étage arborescent, les plantes arbustives et les herbacées.

À travers ses nombreux voyages sous les tropiques, Fabrice Desjours, découvre le concept de jardin-forêt. C'est ainsi qu'il y a 10 ans, il acquiert un pré, un terrain très peu entretenu, en Bourgogne, et s'inspire de ses excursions pour créer la “Forêt Gourmande”, un jardin-forêt adapté au climat tempéré.

Fabrice Desjours dans sa forêt gourmande / Une vigne résistante © Fabrice Desjours

Amoureux des plantes, il laisse sa carrière d'infirmier de côté pour semer les graines qu'il a collecté au fil des années. Sa forêt, à mesure qu'elle croît, révèle tout son potentiel : réserve nourricière, lieu de promenade, et piège à carbone. Pour Fabrice, c'est un nouveau paysage à cultiver partout, y compris en ville.

Qu'est-ce qu'un jardin-forêt ?

On parle de jardin-forêt dès lors qu'un système arboré et autonome est créé, dans lequel les plantes sauvages et nourricières vont vivre longtemps. On évite ainsi les plantes annuelles, pour cultiver des plantes robustes et vivaces.

L'avantage de ce jardin un peu particulier est le gain de temps. Une fois que le système est mis en place, au bout de quelques années, il n'y a que très peu d'action à faire quotidiennement pour le jardinier. Les espèces végétales sont en effet mélangées de façon astucieuse, pour éviter les maladies. Il n'y a pas besoin d'arrosage, puisque les arbres protègent le sol de l'évaporation.

Comme l'explique Fabrice dans son livre  Jardins-Forêts, Un nouvel art de vivre et de produire (Editions de Terran, 2019), on peut créer un jardin-forêt dans un but commercial, pour vendre ses fruits et légumes, pour sa consommation personnelle, ou tout simplement pour disposer d'un lieu de calme, où la biodiversité reprend toute sa place.

Il peut également avoir un pouvoir de régénération : “On a une demande thérapeutique, pour les personnes en burn-out par exemple”, témoigne Fabrice.

Réinventer l'agriculture pour faire face aux défis de demain

Le concept de forêt-jardin permet d'avoir un réel impact environnemental, et de transformer l'agriculture moderne, comme l'explique le spécialiste : “Avec l'agriculture, on va privatiser la parcelle pour une seule espèce, la nôtre. Les autres formes de vie, elles, n'ont pas d'espaces pour s'exprimer, donc quand on fait ces paysages qui sont vides, à l'échelle de pays et de continents entiers, forcément, on a des problématiques écologiques qui sont majeurs.” On aménage aussi les jardins-forêts pour se nourrir, mais on partage ces espaces avec pleins d'autres formes de vie, comme les oiseaux, insectes et certains mammifères.

Les récoltes d'automne © Fabrice Desjours

En attendant que les agriculteurs adoptent ce concept, le jardin boisé est accessible aux particuliers qui souhaitent avoir un meilleur impact écologique mais également goûter de nouvelles saveurs. Par exemple, Fabrice cultive l'asimine, un fruit au goût particulier qui rappelle celui de la mangue. Le jardin-forêt permet donc une production locale, pour récolter des fruits aux saveurs exotiques, directement chez soi, au lieu de les exporter de pays lointains. En plus d'éviter les émissions carbones liées au transport, les arbres capturent le CO2 à mesure qu'ils poussent et participent à lutter contre le réchauffement climatique.

Des jardins-forêts dans les écoles et les hôpitaux

En plus de tous les arguments écologiques, avoir une forêt-jardin derrière chez soi permet de créer un espace convivial ! Pour Fabrice, le jardin-forêt devient un lieu de vie dans tous les sens du terme :  “C'est un lieu où l'on va vivre, faire des pique-nique, il y a de la forme, de la couleur, c'est agréable”, énumère le passionné. La balade-cueillette reste une activité privilégiée au sein du jardin-forêt.

L'association de Fabrice Desjours croule sous les demandes de particuliers qui veulent mettre en place un système nourricier et autonome dans leur parcelle. La preuve selon le collectif Forêt Gourmande que ce concept est appelé à se démocratiser de plus en plus face à l'urgence climatique.

Pour encourager le mouvement, une formation pour apprendre à concevoir un jardin-forêt sera proposée dès septembre. L'ouverture d'une école de cuisine où les produits utilisés ne proviennent que du jardin-forêt  est également sur l'agenda, pour l'année 2022.

L'objectif de Fabrice Desjours est clair : transformer le paysage urbain, en implantant des jardins-forêts "dans les espaces bétonnés et bitumés, comme les universités, les hôpitaux, les écoles", en somme partout où c'est possible. “Comme il y a des terrains de basket dans chaque ville, pourquoi pas aussi des jardins-forêts ?”

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