La Nakagin Capsule Tower, à Tokyo : un modèle d'architecture durable ?

LA TOUR LEGO - La vision de Kurokawa est en passe d'être démantelée. L'architecte avait pourtant tenté de construire, il y a un peu plus de 50 ans, une tour capable de se renouveler infiniment dans le temps.

Derrière chaque petit hublot se cache un appartement-capsule qui, une fois défraîchie, peut être remplacé individuellement. Les deux tours révolutionnaires interconnectées de la Nakagin Capsule Tower ont été conçues en 1970 par Kisho Kurokawa dans le but d'être modulaires.

Chacune des 140 capsules est “détachable” de l'ensemble. L'architecte japonais avait imaginé qu'elles seraient remplacées individuellement tous les 25 ans au moins. Ce cas d'école, que les étudiants architectes du monde entier étudient et visitent, est pourtant en passe d'être démantelé, un peu plus de 50 ans après sa création.

La rénovation et la reconstruction continuelle souhaitées par l'architecte n'ont pas eu lieu. Aucune capsule n'a jamais été changée et le bâtiment n'est plus en bon état.

© Wikimedia Commons par Kakidai - Travail personnel CC BY-SA 4.0

Des problèmes de canalisations, ventilation, fuites et de présence d'amiante ont eu raison de l'avenir de la Nakagin Capsule Tower, dont certains souhaitent la démolition depuis plusieurs années déjà. Les tentatives d'inscription du bâtiment au patrimoine de l'UNESCO n'ont pas abouti et le terrain, dans le quartier de Ginza, à Tokyo, est évidemment très prisé des promoteurs immobiliers.

Avec cette tour visionnaire, Kisho Kurokawa voulait démontrer que le futur de l'architecture réside dans sa capacité à se renouveler infiniment dans le temps. Sa décrépitude est-elle le signe d'un échec du modèle ?

Théoriquement, ce modèle d'architecture métaboliste (selon laquelle les bâtiments se développent comme croît un organisme) reste dans l'air du temps, à l'heure de la récup' et des tiny houses, qui symbolisent le passage à un nouveau mode de vie plus minimaliste.

Peut-on rendre nos habitations immortelles ?

Kisho Kurokawa, lui, pensait aux cadres célibataires - nombreux au Japon - quand il a dessiné cette tour aux petits espaces. II voulait faire simple et compact pour ces hommes qui passaient plus de temps au bureau et dehors que chez eux. Les capsules mesurent 2,5 mètres sur 4. Elles contiennent le nécessaire dans des meubles intégrés : un lit, un bureau, des armoires, une cuisinière et un réfrigérateur, une salle d'eau et, à l'origine, la technologie intégrée dans un meuble (un téléphone et un enregistreur Sony à bobine).

© Arthur Lecoeur

Kurokawa, et ses collègues métabolistes Kiyonori Kikutake et Fumihiko Maki, ont été influencés par le marxisme, pendant leurs études dans les années 1960, prévoyant une société de masse à laquelle les bâtiments pourraient s'adapter, par extension. Le futur architectural de la société devait passer, selon eux, par la transformation fonctionnelle.

© Arthur Lecoeur

La Nakagin Capsule Tower devait incarner ces idéaux, puisque les modules devaient être échangés comme les cellules d'un organisme qui se renouvelle constamment.

L'utopie en est restée une, mais la société actuelle peut encore, au moins s'inspirer du concept promu par Kurokawa et ses collègues.

L'avenir est-il au musée ?

Des architectes et passionnés d'architecture japonais œuvrent individuellement, depuis plusieurs années, pour sauver les capsules de leur décomposition… Maeda-San, interviewé par un blogueur français installé au Japon, en a acheté 13 qu'il a rénovées au fur et à mesure. Vendues environ 30 000 euros l'unité, au début des années 2010, elles coûteraient maintenant entre 50 et 85 000 euros.

Certains propriétaires ont décidé de louer leurs capsules au mois à des amateurs d'architecture. Mais rien qui n'ait permis de financer des travaux suffisants pour remettre complètement la tour en état. Faute de rénovation, les capsules sont devenues inhabitables, comme le montrait ce reportage de 18h39 il y a quelques années.

Les seaux placés devant les portes pour contrer les nombreuses fuites, en 2016. © Arthur Lecoeur

L'été, l'air est irrespirable à l'intérieur. Et pendant les mois d'hiver, il y a fait tellement humide que les vêtements ont du mal à sécher et qu'ils sont imprégnés d'une odeur de moisissure”, expliquait Massato, l'un des derniers occupants de l'immeuble, pourtant très attaché à sa capsule. Un collectif de propriétaires s'est d'ailleurs consolidé autour du Projet de préservation et rénovation de la Nakagin Capsule Tower.

L'ossature du bâtiment risque de disparaître, alors que les capsules pourraient être éparpillées dans le monde entier au gré des acheteurs et, pour certaines, être exposées dans des musées. Au Japon, le Mori Art Museum dispose déjà d'un exemplaire, alors qu'une autre pourrait être exposée, à l'avenir, au Centre Pompidou, à Paris.

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