Elle a descendu la Loire en kayak et en solitaire sur 1200 km pour ramasser les déchets

AMOUR, LOIRE ET BEAUTE - Le Projet Azur rassemble des aventurières qui mêlent défi sportif et lutte contre les déchets dans toute la France.

"Alors qu'elle n'avait jamais fait de kayak de sa vie"... aurait-on pu ajouter au titre de cet article. Comme tous ceux qui ont des convictions et qui militent pour les défendre, Anaëlle Marot a en elle cette force qui lui permet de soulever des montagnes. Ou, en l'occurrence, de descendre et remonter des fleuves en solitaire. Car cette diplômée en gestion de projet en tourisme durable de 28 ans ne se contente pas d'avoir descendu en kayak la Loire, elle est également en train de la remonter à vélo.

Avec Solène Chevreuil, sa comparse éco-aventurière, Anaëlle anime le Projet Azur, dont le but est de collecter les déchets dans la nature lors de grands défis sportifs, durant lesquelles elles organisent des opérations de sensibilisation du public. "Je ne suis pas une grande sportive, nous confie Anaëlle, j'ai juste eu une petite formation sécurité sur le kayak avant de me lancer, mais j'ai appris sur le tas et j'ai fait mon expédition à mon rythme, en deux mois et demi."

Pas mal pour une novice ! Surtout quand on sait qu'à l'arrivée, Anaëlle a ramassé 543 kilos de déchets sauvages et fédéré 206 participants à travers 22 associations locales en 10 collectes. Son périple n'est donc pas terminé, puisque depuis le 1er août, la jeune femme remonte le fleuve à vélo, espérant bien fédérer de nouveau autour d'elle les passionnés de nature de tout bord.

Récit d'un grand défi sportif et écologique

18h39 : Est-ce que vous pouvez nous expliquer en deux mots en quoi consiste le Projet Azur ?
Anaëlle Marot : C'est un collectif d'aventurières qui relèvent divers défis sur la Loire et en Méditerranée, autour du ramassage de déchets dans la nature. Vous pouvez suivre notre itinéraire sur une carte et tous les dimanches on organise les ramassages, 19 environ pour chaque parcours. Tout le monde est convié, c'est la mairie du lieu où on opère qui relaie notre événement et qui invite les gens, clubs kayak, associations environnementales, militants écolo, on est entre 20 et 60 personnes à chaque fois.

Vous êtes où actuellement ?
Entre Orléans et Nevers, à Gien, puis le dimanche 28 août je serai à Roanne. Je termine le voyage le 12 septembre là où je l'ai commencé il y a deux mois, au mont Gerbier de Jonc, source de la Loire, ce fleuve qui représente 1/5e du bassin fluvial français. Sur 5 gouttes de pluie, une va certainement tomber dans la Loire !

En tout, j'aurais passé deux mois à descendre la Loire en Kayak en solitaire, et maintenant je la remonte en vélo pour retourner voir les personnes rencontrées et remonter les infos de l'aval vers l'amont.

Comment vous dormez et vous mangez durant vos expéditions ?
Je bivouaque 50% du temps. Pour ne pas m'exposer et rester discrète, je m'arrête généralement sur une île. Là, je fais attention à ne pas déranger la faune et la nature. C'est ce qu'on appelle un bivouac doux, il n'y a pas de feu, par exemple.

Sur ces bancs de sable, je vois des castors je vois des oiseaux, on se sent privilégié de vivre de tels moments. Et 40% du temps environ, je suis invitée par des militants, notamment via mon sponsor, la MAIF Sport Planète. Il y a tout le temps des gens qui m'attendent, des kayakistes, des écolos, c'est une super aide ! Il y a une belle solidarité autour du projet.

Zéro déchet et petits plats sur la route

Parmi les déchets que vous ramassez, qu'est-ce qui vous frappe le plus ?
Les déchets qui pourraient être évités ! Tous ces emballages qui sont utilisés pour des petits trucs, le plastique à usage unique qui ne sert à rien, il y en a beaucoup ! Tout ça possède un lien avec notre vie à la maison : il faut pratiquer le zéro déchet ! Le tri ne suffit pas, car le système d'évacuation des déchets est pourri partout : ça s'envole, c'est envoyé en Afrique... 80% des déchets dans les océans proviennent de la terre.

La réalité, c'est qu'il faut être aligné entre ce qu'on pense et ce qu'on fait. C'est efficace ! En passant au zéro déchet, on va inciter les autres à le faire aussi, c'est important, si tout le monde le faisait on aurait moins de problèmes. C'est une philosophie qu'on doit partager autour de nous, et un jour nos collègues viendront aussi avec leur tupperware zéro déchet, prendront le temps de cuisiner, etc. Il faut y aller pas à pas !

Comment faites-vous en voyage pour rester zéro déchet ?
Eh bien, il faut une gourde, un bee wrap, du tissu en cire d'abeille pour emballer les aliments, et puis avoir un tupperware pour les plats préparés. Je m'amuse même à plier la pizza pour la mettre dans le tupperware. Je bois mon café avec le bouchon de la gourde qui sert de timbale. Sur la route, je demande à ce qu'on me serve le café dedans, et on m'offre le café une fois sur deux tellement les gens hallucinent de voir quelqu'un leur faire

En kayak, je cuisinais pas mal, et je mettais la nourriture en vrac dans des sachets ! Le menu, c'est surtout lentilles corail avec des oignons et un sachet d'épices. Le matin, des flocons d'avoine avec du miel. Et puis des bouts de fromage, des fruits et des concombres, c'est pratique. En vélo, pour le coup je n'ai pas de réchaud, je voyage light, alors ça va être des sandwiches en boulangerie et des fruits et légumes emportés avec le fromage. Je suis aussi beaucoup invitée, l'idée c'est de partager.

Le reste de l'année, que faites-vous ?
Je prépare les aventures de l'été avec Solène Chevreuil [l'autre aventurière du Projet Azur, ndlr], on essaye de concevoir d'autres manières de militer. Nous sommes basées à Avignon, alors l'hiver on fait des activités et des conférences pour sensibiliser le public. J'ai rédigé une sort de conférence de 30 minutes autour de l'aventure de l'an dernier, qui ressemble à un conte théâtral que je récite sur scène et qui s'appelle "Tout sur ma mer".

Pour soutenir Anaëlle, rendez-vous sur la page Internet du Projet Azur.

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