Du béton à l'écologie à Évry-Courcouronnes : voyage dans le temps d'une ville nouvelle

URBANISME - À l'occasion des Journées Nationales de l'Architecture, nous avons participé à une promenade urbaine à Évry-Courcouronnes.

Dis Jamy, qu'est-ce que c'est une “ville nouvelle” ? Pour comprendre les différentes époques qui ont façonné Evry-Courcouronnes, il suffit de déambuler de quartiers en quartiers. Cette ville nouvelle, créée de toutes pièces en 1965 illustre les évolutions de l'urbanisme, ses idées révolutionnaires qui n'ont parfois pas réussi à s'inscrire dans la durée.

Pourquoi Evry s'est passionnée successivement pour les dalles en béton dans les années 70, les bâtiments en brique dans les années 90 puis les édifices écolo de nos jours ? Le 18 octobre 2020, alors que certains profitent du repos dominical pour gambader à la campagne ou déjeuner en famille, j'ai sauté dans le RER D jusqu'à Evry-Courcouronnes, dans l'Essonne. Au programme : une promenade urbaine organisée par le Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement (CAUE) du 91 à l'occasion des Journées nationales de l'Architecture.

Une sorte de Retour vers le futur, mais sans Delorean pour remonter le temps, juste nos pieds et un guide… papier. Car au départ, cette visite devait se faire avec un architecte du CAUE mais, épidémie oblige, la visite se fera en autonomie. Muni d'un plan sur lequel est dessiné mon itinéraire, et de la documentation, je pars arpenter le pavé evryen.

La Cité administrative © 18h39

Entre utopie urbaine et béton, le paradoxe des années 70

La première étape de mon périple me mène devant la Cité administrative d'Evry-Courcouronnes. Je suis propulsé dans les années 70. Face à cet important bâtiment en béton, on a du mal à sentir l'émulation créatrice, les couleurs fleuries et les motifs psychédéliques de cette décennie. Encore plus difficile d'imaginer qu'il y a 60 ans, des champs remplaçaient les immeubles. Car jusque dans les années 60, Evry était un “petit bourg avec de grandes demeures de villégiature”, rappelle le guide du CAUE.

Le charme bucolique d'Evry a pris fin en 1965, lorsque l'État a décidé de créer cinq villes nouvelles afin d'équilibrer l'expansion de Paris et de la petite couronne. C'est ainsi que 5 métropoles ont vu le jour : Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée, Melun-Sénart, Saint-Quentin-en-Yvelines et Évry. La Cité administrative d'Evry est le premier bâtiment à voir le jour et à chasser les prairies. Inaugurée par le Président de la République de l'époque, Georges Pompidou, elle regroupe aujourd'hui le Conseil départemental, le Palais de justice et la Préfecture.

Le quartier des Pyramides © 18h39

La visite des années 70 se poursuit dans le quartier des Pyramides,emblématique d'Evry. “Evry ne sera pas un grand ensemble” annonçaient les journaux télévisés de 1973. En effet, lors de notre promenade nous ne rencontrons aucune tour, aucune barre HLM et ce n'est pas dû au hasard. Pour en finir avec ces logements propres aux années 60, la ville nouvelle d'Evry fait le choix de la modernité en confiant au groupe UCY d'imaginer un programme de 7000 logements à destination des classes moyennes. C'est ainsi que naît le quartier des Pyramides. “Chaque logement bénéficie de tout le confort moderne de l'époque et d'un balcon ou d'une terrasse”, nous apprend le guide. Par conséquent les immeubles sont organisés en gradin, d'où leur forme pyramidale.

Mieux qu'un grand ensemble certes, mais cela manque terriblement de verdure malgré les quelques plantes qui arborent les terrasses des immeubles. Le confort est peut-être au rendez-vous, pour ma part je trouve l'architecture un peu étouffante. Pourtant, l'utopie des années 70, c'est de séparer les piétons de la circulation automobile, que l'on cherche à prioriser en ville. Les piétons héritent de dalles en béton sans nature. “Les voitures, les bus et les piétons sont à des niveaux différents et ne se croisent pas”, indique le CAUE. Seulement voilà, bien que l'idée de départ ne soit pas mauvaise, les dalles coupent les piétons du sol et évoluent dans un espace sans arbre, ni plantation puisque rien ne peut pousser.

En continuant ma promenade au-dessus du sol, je me confronte à une autre expression de l'utopie des années 70, celle de l'Agora. Reprenant le concept de la Grèce Antique où l'agora désigne la place publique, l'Agora d'Evry construite en 1975 regroupe au même endroit un centre commercial, un théâtre, des locaux associatifs, une piscine et même une patinoire. Permettre aux habitants d'une ville d'avoir accès à de nombreux services à proximité de chez eux, cela me rappelle le concept contemporain de” ville du quart d'heure”. Seulement, l'immense centre commercial d'Evry prend plus de place que les lieux consacrés à la culture, faisant d'Evry 2, le centre névralgique de ce quartier des années 70. Cela en dit long sur l'idée que l'on se fait du bonheur à l'époque : consommer.

L'Agora © 18h39

Plus d'espace et plus de brique, les années 1990 repensent la ville

Il faut descendre l'allée Jacquard et traverser la gare RER d'Evry-Courcouronnes pour quitter les années 70 et se retrouver dans les années 90. Il faut dire qu'on s'y croirait presque : la grande place des Droits de l'Homme et du Citoyen avec ses marches et ses différents niveaux est le rendez-vous privilégié des skateurs de la commune. Contrairement au quartier que je viens de quitter, ici on respire car la densité est moins importante, il y a de l'espace.

Les bâtiments qui nous entourent sont tous en brique. Parmi eux, on trouve l'Hôtel de ville, la Chambre de Commerce et plus étonnant, une grande cathédrale en haut de laquelle sont plantés des tilleuls. Le CAUE précise que ce projet urbain “adopte les caractéristiques d'un centre ancien classique (...) qui relie trois entités marquantes : le religieux, l'économique et le pouvoir local.

La Cathédrale d'Evry © 18h39

J'apprends que la place des Droits de l'Homme et du Citoyen a été imaginée par une architecte paysagiste américaine du nom de Kathryn Gustafson en 1991. C'est cette même personne qui a conçu le monument commémoratif de la Princesse Diane à Hyde Park à Londres et s'occupe aujourd'hui du réaménagement des jardins du Trocadéro et de la Tour Eiffel à Paris. Pas mal, non ?

Une prise de conscience écologique dans les travaux urbains : vive le XXIe siècle !

Le temps fait bien les choses et l'arrivée dans les années 2010, le confirme. Alors que les années 90 avaient progressé en termes d'esthétisme et d'espace, les projets d'urbanisme de ce nouveau millénaire se concentrent sur l'écologie ! Il était temps. Et c'est en pénétrant dans la Zone d'Aménagement Concertée (ZAC) centre-urbain que l'on peut s'en rendre compte. Avec la construction de ces logements, bibliothèque universitaire ou espaces d'activité, “l'ambition est de réduire la consommation d'énergie des bâtiments, d'économiser du foncier”, nous indique le CAUE.

© 18h39

Ce qui explique la hauteur des bâtiments, plus ils sont hauts, moins la ville est dense ! Et pour réduire la consommation énergétique de ces nouveaux immeubles au style très épuré, il a fallu travailler sur “l'isolation, l'orientation des bâtiments, la ventilation et l'origine des matériaux”, précise le Centre d'Architecture. Je comprends qu'une réflexion globale sur la ville et le logement a été menée, quand je me trouve au pied de la résidence Marguerite Yourcenar.

Résidence Marguerite Yourcenar © 18h39

Ce grand immeuble blanc de 15 étages a été réalisé en 2011 par l'architecte Suzel Brout. Avec ses 109 logements étudiants, le bâtiment se distingue par ses qualités environnementales mais aussi par l'importance qu'il accorde au vivre-ensemble grâce à la création d'espaces communs comme la cour, le jardin, la laverie ou même la loggia. À l'heure où l'habitat participatif fait de plus en plus parler de lui, la résidence universitaire fait figure de précurseur.

La visite prend fin au 28 boulevard François Mitterrand face à un bâtiment ultra moderne, le Luménia. Au programme, balcons filants et même petites maisons sur le toit. On sent que les architectes s'adaptent aux désirs de ville d'une population urbaine qui aspire à plus de confort. Les travaux à son pied pour construire une ligne de tramway sont la promesse d'une meilleure connexion de la préfecture avec le reste de l'Essonne et de l'Île de France. D'ailleurs, depuis 2019, Evry la ville nouvelle des années 70 a fusionné avec Courcouronnes, devenant ainsi Evry-Courcouronnes, entamant un nouveau chapitre de cette commune en mutation permanente.

En regagnant mon RER, j'ai le sentiment d'avoir un peu mieux compris cette ville dont le nom n'évoquait en moi pas grand chose, si ce n'est des bâtiments gris dont le sens m'échappait un peu. Alors un conseil : si vous habitez la région et que vous ne savez pas quoi faire de votre dimanche, téléchargez le guide du CAUE et rendez-vous à Evry !

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